Réenchanter le féminisme

                               Réenchanter le féminisme

«Que sont mes amis devenus


Que j'avais de si près tenus
Et tant aimés

Ils ont été trop clairsemés

Je crois (..)»

Chantait Rutebeuf

 

Que sont les féministes devenues ?

Où sont les soutiens-gorge volant joyeusement au vent, où sont les «salopes», où sont les Simone, où sont les femmes courageuses envahissant les rues pour conquérir pas à pas, avec ténacité et enthousiasme NOTRE liberté ?

Où sont les râleuses, les libres, les fières, les joyeuses ?

Oh bien sûr, pas de malentendus, il n'est pas question de nier l'existence d'associations, de nier le dévouement et la solidarité discrète mais forte et persistante de terrain.

Mais où est la voix puissante, vibrante, euphorisante des femmes, de toutes les femmes dans le grand combat qui se joue contre l'obscurantisme renaissant ?

 

Que s'est-il passé pour que l'on laisse ainsi le champ libre aux dévots dans leur inlassable haine contre le féminin.
Pourquoi, pendant que certains jugeaient bon de débattre féminisation du langage, «quotas» en politique etc a-t-on laissé simultanément une offensive politico-religieuse nous ramener des décennies en arrière ?
Qu'est-ce qui nous a échappé, retenus ? Est-ce que la «pudeur» et tout le fatras idéologique patriarcal en kit pour veiller au contrôle de la femme, de son corps, on n'en connaissait pas déjà tous les recoins pervers et hypocrites, on n'avait pas déjà donné ?

Quel état des lieux aujourd'hui ?
De petites dindes sans mémoire et sans instinct qui sortent leur carte «féministe» uniquement sur autorisation du mâle «racisé», qui utilisent la liberté si chèrement acquise pour restreindre celle des autres, qui portent plainte uniquement quand le violeur est blanc, qui portent en étendard une «pudeur» dont elles ne perçoivent pas, pauvres sottes, qu'elle est  le degré suprême de l'enfermement, la réussite parfaite du bourreau, son graal, l'aliénation volontaire revendiquée par la victime qui en est fière....Ah ça doit rigoler sous le qami chez les Frères..

 

A côté de cela, d'autres qui tout aussi essentialistes considèrent qu'un homme est déjà criminel d'être un homme, qu'il est forcément oppresseur, violeur, qu'il est l'ennemi à abattre tant qu'il n'a pas remis les clés ultimes de son pouvoir, bourgeois de Calais moderne en chemise et la corde au cou, et qu'il n'a pas sa place dans ce combat sauf à accepter d'être relégué à l'arrière arrière plan, de se taire et d'obtempérer.

Je le dis tout net je ne suis ni de celles-ci ni de celles-là, je m'assoie sur les étiquettes, je conchie les injonctions.

Je porte un regard lucide, je pense, sur notre société, j'entends qu'elle n'est pas parfaite, je comprends évidemment que les violences, les injustices et les discriminations existent encore et doivent être combattues.
Mais je mesure aussi le chemin parcouru et il me semble qu'il suffit de voyager un peu pour le voir. Que de fois suis-je rentrée avec soulagement en France malgré la beauté indéniable de tant de pays, mais heureuse d'y retrouver la liberté et l'insouciance, et ce malgré l'insoutenable oppression du monsieur qui me tenait galamment la porte, de l'ami qui m'invitait avec délicatesse à dîner, de l'amant que les talons hauts et les jupes courtes ravissait.....

 

Il faut avoir vu le mépris ou la condamnation dans le regard (malgré une tenue très «correcte»), avoir vu les paysannes turques courbées dans les champs sous le soleil pendant qu'un homme oisif surveille à l'ombre, avoir entendu les africaines expliquer leur recherche désespérée de l'homme blanc qui «les respecte» etc pour comprendre ce que c'est, profondément, que la misogynie dans toute sa splendeur, le refus de vous octroyer simplement le statut d'être humain libre, l'esclavagisme accepté sociétalement.
Il n'y a aucune bisounourserie dans mes propos. Nous ne sommes pas au bout du chemin, c'est entendu. Mais qu'on le veuille ou non, malgré tous les excès, la marchandisation du corps féminin qui indique tellement fort encore que nous vivons dans une société d'hommes, le challenge que constitue encore pour les femmes la conciliation professionnelle-famille etc, j'aimerais que parfois nous acceptions de regarder le verre à demi-plein.
Que nous prenions conscience des acquis, de la liberté qui est la nôtre, du modèle que nous représentons, que nous en soyons heureuses et fières.
J'aimerais que nous envoyions un message d'espoir et de fraternité -oui fraternité- aux Iraniennes, aux Saoudiennes, aux Yéménites, aux Arkansiennes...
Car le féminisme ce n'est pas que parler viol, violences ou écriture inclusive.

Le féminisme c'est aussi les robes joyeuses et colorées qui claquent sur les cuisses des femmes d'Iran ou d'Algérie dans les années 70. Leur sourire, leurs cheveux au vent.
Nous avons à porter ce sourire et ces cheveux au vent qui leur sont refusés aujourd'hui.
Le féminisme c'est la liberté, la joie, l'épanouissement, l'humanisme.

Le féminisme c'est aussi nos pères qui nous ont élevées dans le respect et l'amour de nous-mêmes, qui ont eu à cœur de nous rendre indépendantes et libres. Nos pères, oui, j'insiste.
Le féminisme, ce sont nos amis, nos compagnons, nos époux qui nous accompagnent sur ce chemin, nous encouragent, sont heureux de notre bonheur, trouvent leur compte dans cet abandon du rapport de force primaire et obsolète.
Le féminisme c'est un humanisme et c'est BEAU !

Il est temps je pense, si nous ne voulons pas voir le «féminisme religieux» occuper le terrain que nous avons abandonné, de retrouver cet élan joyeux, ce souffle universel. Il est temps de redevenir nous aussi «inspirantes», souriantes, joyeuses, universelles, solidaires.
Il est temps de faire revoler nos jupes, d'envoyer nos cheveux à la face des barbus et autres tristes misogynes, de rire plus fort au nez d'Erdogan, d'aimer la vie, de faire envie.....

Le féminisme, ça doit faire envie. Et c'est maintenant ou jamais.
Réenchantons.


 

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