La grande séparation

 

Les ennemis de laïcité n’ont de cesse de se perdre en circonvolutions irrationnelles et pathétiques. La dernière stratégie choisie consiste ainsi à expliquer que la « laïcité ne serait qu’un principe juridique ». Etrange façon de relativiser un principe fondateur que de dire, au final, « non mais ce n’est que du Droit ». Et ils n’ont pourtant de cesse de nous parler de démocratie, d’Etat de Droit, de notions qui visiblement les dépassent et desquelles ils sont indignes ! Bref !


Un principe fondamental, constitutif d’une Nation, d’une société, est toujours a priori un principe philosophique ! Principe philosophique au service d’un idéal, d’un projet politique et qui, pour être effectif, est décliné en Droit.
Une fois n’est pas coutume, entrons sur ce terrain sur lequel nous invitent les obscurantistes et leurs élites collaborationnistes.

« La Loi de 1905, que la Loi de 1905 » nous disait le candidat qui visiblement la connaissait le moins. Quarante-quatre articles sans la moindre ambiguïté ; des termes on ne peut plus clairs, une législation de combat ! Oui de combat, car la question qui se pose n’est pas « La Laïcité est-elle contre les religions ? » mais bien « Les religions ne sont-elles pas un obstacle à toute forme de progrès social, sociétal et de pensée libre ?! ». Dans cet ordre d’idées, on comprendra bien que la Loi de 1905 ne se cantonne pas à une posture rempart, de bouclier. Les comptes rendus des débats parlementaires que vous (re)découvrirez dans ce texte seront-là pour vous rappeler que cette grande idée, la Laïcité, portée par la Gauche radicale – qui n’existe plus aujourd’hui -, ne s’est pas privée de donner au coeur de l’action des coups de glaive quand ce fût nécessaire ; les républicains d’alors ne confondant pas Laïcité et Concordat ni Laïcité et athéisme d’Etat – c’est en cela que la loi est équilibrée.


Nous nous arrêterons sur quelques articles clés, sur ceux que l’extrême-droite islamique, ses acteurs collaborationnistes et l’ultra-droite catholique, feignent d’ignorer, ou auxquels ils font dire précisément le contraire de ce qu’ils disent. Je cèderai donc la parole à Aristide Briand lui-même, rapporteur de la Loi, bien éloigné de l’image ‘’d’acteur du consensus mou‘’ qu’on lui accole régulièrement.


Les termes choisis par le législateur
C’est bien entendu sur les termes du sujet qu’il faut s’arrêter au préalable, car ce sont eux qui le définissent ! Sans la moindre ambiguïté… « Loi de Séparation des Eglises et de l’Etat ». Séparation ! Alors que certains escrocs de la pensée nous parlent encore de « laïcité concordataire », les concepteurs de la Loi ne ménageaient pas la chèvre et le chou. Le Concordat est un mariage, arrangé, intéressé, mais un mariage. La Laïcité est un divorce, à l’amiable, mais un divorce. Chacun chez soi. Parler de « laïcité concordataire » est aussi absurde que de parler « d’égalité servile » : cela n’a aucun sens !
De surcroît, les dispositions prévues par la Loi ne s’adressent pas à l’Eglise catholique, mais aux Eglises. Il ne faut pas oublier que le protestantisme et le judaïsme étaient aussi pratiqués en France alors, ce que feignent d’ignorer – ou l’ignorent-t-ils vraiment ? – les pseudo-intellectuels de la Web presse collabo.


Des articles précis et de bon sens
Déjà à l’époque, la question de la Laïcité est brûlante. Là où les musulmans parlent
aujourd’hui de stigmatisation, les catholiques parlaient alors de persécution. Vous en doutez ?
Aristide Briand répond au député Henri Groussau, de la Droite catholique, au sujet de l’article
25 qui interdit les processions religieuses sur la Voie publique (si ! si !).
« Comme mon collègue et ami Monsieur Fournier, je n’ai pas vu sans étonnement, mais aussi
sans quelque plaisir, l’honorable Monsieur Groussau faire brûler sur l’autel de la liberté tant
d’encens que la Chambre en est encore toute parfumée – la Gauche alors sourit, vilaine
cathophobe.


De la part du catholique fervent et même passionné qu’est l’honorable Monsieur
Groussau, cette manifestation de tolérance, pour intéressante qu’elle fût, n’en est pas moins
assez imprévue. »
Notre catholique stigmatisé demanda alors la parole, mais Briand poursuivit :
« Je ne me fais, du reste, pas l’illusion de supposer que, même si sur le point en discussion la
Commission avait donné à notre honorable collègue toutes les satisfactions qu’il réclame,
notre projet aurait trouvé grâce devant les exigences de son libéralisme. »
Briand assène le coup de grâce – avec un bouclier ? - :
« L’esprit critique de Monsieur Groussau a des ressources inépuisables. Quel que puisse être
notre projet, même libéral à l’excès, nous sommes d’avance bien certains que, par quelque
côté que ce soit, l’honorable Monsieur Groussau le trouvera encore intolérant et
persécuteur. »
Méchant laïciste cathophobe… Cet exemple nous rappelle que cette situation de crispation et
de délires de persécution vécus par des croyants prosélytes face à une posture de bon sens n’a
rien de nouveau.
Mettons un coup de projecteurs sur les articles phares de la Loi de 1905.


Article 1 : La République assure la Liberté de conscience.

Elle garantit la libre expression des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l’intérêt de l’ordre public.
La liberté de conscience n’est pas, par définition, une liberté collective. Il s’agit bien d’une liberté individuelle qui,
dans le cadre du culte – donc dans les lieux de culte -, peut s’exercer collectivement.
Il faut rappeler ici que les socialistes et les radicaux, grands architectes de cette Loi, se
définissaient comme libres penseurs, par opposition aux croyants. Ils estimaient que les
croyants ne pouvaient exercer librement leur pensée car celle-ci était inféodée à des dogmes, à
des institutions ecclésiastiques et à leurs représentants. Les citoyens d’aujourd’hui ont oublié
le poids moral de la religion alors, ils ne savent plus quel pouvoir politique elle avait. Mettre
en avant, dès le premier article, la liberté de conscience, c’est institutionnaliser le combat des
Lumières : penser librement, par la raison, se libérer des croyances et des superstitions !
Ainsi, le texte prive les institutions religieuses de leur légitimité politique – nous y
reviendrons dans l’article 2 – et leur dit « Vous n’avez plus le droit d’exercer votre pouvoir
sur nos consciences ». J’entends et je vois les hypocrites malhonnêtes frétiller : « c’est ton
interprétation », « c’est une lecture laïciste », bla bla bla. Je laisse Aristide Briand leur
répondre. Il revient alors sur la question de la liberté de conscience lors de la discussion de
l’article 34 – la loi se prend dans le détail et dans son ensemble -, sur lequel nous reviendrons.


Briand répond alors à un député de Droite, Léonce de Curières de Castelnau :
« Vous ne pouvez pas assimiler le cas d’un orateur parlant en réunion publique devant des
citoyens avertis, c’est-à-dire habitués à ramener les paroles entendues à de justes
proportions, avec le cas du ministre du culte parlant dans l’église, du haut de sa chaire, sous
une protection spéciale devant un public de fidèles, courbés sous sa parole, qu’ils n’ont
jamais discutée. »
Certes, je pense que Briand est un peu candide lorsqu’il évoque, concernant les citoyens
avertis, le fait « de ramener les paroles entendues à de justes proportions », mais peut-être estce
parce que ma lecture est influencée par les comportements des militants que je vois et
j’entends ; mais là n’est pas l’essentiel. Pour sûr, la Gauche ne versait pas dans le
politiquement correct et, comment disent-ils aujourd’hui, ah oui, la peur « de stigmatiser » –
ceux qui se stigmatisent tout seuls !


Dans la mesure où les problématiques soulevées à l’époque sont aussi contemporaines, il nous
faut rappeler que la République est une et indivisible ! La République française ne reconnaît
pas de Communautés, mais des citoyens qui, individuellement, sont libres de leurs options
spirituelles, humanisme, agnosticisme et athéisme compris.


Le libre exercice des cultes est aussi garanti par la Loi. Les cultes, comme le nom
l’indique, se pratiquent et se vivent dans les lieux de culte, et j’attire votre attention sur les
derniers mots de l’article premier : « sous les seules restrictions édictées ci-après dans l’intérêt
de l’ordre public. » N’en déplaise à Marwan Muhammad, qui confond des notions subtiles,
nous vivons dans un Etat de Droit, pas dans Etat des droits. Le Droit implique les droits
certes, et aussi les devoirs. La liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres. J’ai
pensé, à une époque, que la loi était une restriction à la liberté… quand j’avais quinze ans !
Puis je suis devenu adulte et j’ai compris que les restrictions étaient bien les garanties de la
liberté. Et constater que la liberté est revendiquée par un leader de l’extrême-droite islamique
pour se soumettre et soumettre les autres confine à la mascarade, voire au ridicule, ou plus
simplement encore à un projet plus pervers, faire de la liberté un principe dévoyé.
Article 28 : Il est interdit, à l’avenir, d’élever ou d’apposer aucun signe ou emblème religieux
sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit, à l’exception des
édifices servant au culte, des terrains de sépulture dans les cimetières, des monuments
funéraires ainsi que des musées ou expositions.


La question des crèches dans les mairies et conseils départementaux a été tranchée en 1905 :
c’est interdit ! N’en déplaise à Nadine Morano. Il est affligeant de voir le Président de
l’Association des Maires de France, François Baroin, solliciter le bon vouloir des élus locaux
sur la question. Un simple rappel à la Loi devrait suffire, avec les sanctions qui s’imposeraient
le cas échéant ! Alors évidemment, la question soulevée par cet article ne crispe pas que les
catholiques intégristes – nous allons revenir vers eux sous peu -, mais bel et bien aussi les
musulmans intégristes et leurs collabos, faussement dénommés ‘’idiots utiles‘’. De Joffrin à
Plenel, en passant par Autain et sans oublier Bianco. « C’est l’Etat qui est laïque et pas les
citoyens » nous disent-ils, semblant confondre les notions de « laïques » et « d’athées »,
admettant pour autant sans l’admettre que la neutralité – qui n’est que la résultante du principe
de séparation, premier – est bien constitutive de la Laïcité. Je vais leur épargner aujourd’hui
l’idée que l’Etat, la forme instituée, est l’organisation politique de la Nation, émanation des
Citoyens, Communauté de destin… Aussi, sur cette question de la neutralité des espaces
publics, Aristide Briand, déjà, expliquait qu’elle ne se cantonnait pas aux seuls bâtiments de la
République ; face à lui, déjà, des croyants prosélytes… de bien mauvaise foi !


« Il convient de s’entendre tout d’abord sur la signification exacte et la portée réelle de
l’article 28. Je n’aurais pas cru nécessaire de fournir les explications que demandait tout à
l’heure l’honorable Monsieur Aynard, parce que j’avais pensé que la seule lecture de cet
article suffirait à en dégager tout le sens. Mais puisqu’on m’appelle à des explications précises,
  je ne les refuserai pas à la Chambre.
Il s’agit ici d’emblèmes, de signes extérieurs ayant un caractère spécial, destinés à
honorer et à symboliser une religion. – il ne dit pas le catholicisme... »


Briand poursuit et c’est croustillant :
« Par les termes ‘’emplacements publics‘’ nous visons les rues, les places publiques ou les
édifices autres que les églises ou les musées.»
Voilà qui nous rappelle l’actualité de la croix de Ploërmel au-dessus de la statue de Jean-Paul II. Il y a peu, André Bercoff glissait sur Sud Radio que l’action menée par la « Libre pensée »
- pour Bercoff, la « libre pansée », fin de citation, il s’est bien reconnu -, était une incompréhension du principe de Laïcité.

En réponse à l’article 28 de la Loi de 1905, celui qui
se prétend alors à l’antenne « agnostique voire athée », dégaine l’argument massue : « cela n’a
rien de religieux, c’est culturel ! ». Ben voyons, comme les crèches. La religion elle-même, à
en croire certains, ne serait que culturelle. Monsieur Bercoff s’enfonçant dans la « mauvaise foi », à l’instar de tous les catholiques qui plaident la Laïcité contre l’islam mais hurlent au laïcisme quand il s’agit de renvoyer chez elle l’Eglise catholique, qui ne serait que culturelle, déclare une ineptie de plus : la croix et par extension ce qui relève du catholicisme sont « culturels et non cultuels, il ne faut pas confondre ! ».

Si l’historien Paul Veyne rappelle que bien que ce qui relève du culte est un élément de la culture, la culture ne se résume jamais au
culte, les catholiques intégristes et les musulmans extrémistes n’ont de cesse d’entretenir cette
confusion des genres : le culte c’est la culture et ne voyez pas ici du culte, c’est simplement
culturel. Monsieur Bercoff relaie donc ici l’argument massue des bigots prosélytes et des
fondamentalistes de toutes obédiences. Mais le pire est à venir, car notre Monsieur Laïcité du
jour s’empresse d’expliquer que nous n’avons rien compris, « ce n’est pas ça la laïcité ».
Après avoir démontré sans le vouloir qu’il ne connaissait pas la Loi ni même au minimum
l’article invoqué par le Conseil d’Etat, faisant fi de la décence qui eût imposé plus de mesures,
Bercoff ose tout et donne raison à Audiard ; il lâche quelque chose de l’ordre de : « Et tantqu’à faire rasons les églises. »

Mince alors, Aristide au secours :
« Par les termes ‘’emplacements publics‘’ nous visons les rues, les places publiques ou les
édifices autres que les églises ou les musées.» ce que dit explicitement l’article 28…
En 1905, il y avait déjà des Bercoff qui auraient aussi mérité de gagner leur place sur
orbite… Par exemple, le député de la Droite catholique Edouard Aynard, qui demandait la
suppression de l’article 28.

Aristide Briand, une fois encore, ne versa pas dans le consensus mou :
« Il n’est nullement question d’empêcher un particulier, si c’est son goût, de faire décorer sa
maison de la manière qui lui plaira, même si cette maison a façade sur une place ou une rue.
L’idée ne nous est même pas venue de formuler une semblable interdiction. »
A l’époque la Gauche applaudissait… Aynard ayant rétorqué que cela n’aurait pas été
faisable, Briand lui coupa l’herbe sous le pied :
« Si telle avait été notre intention nous aurions appliqué l’interdiction de l’article 28 à tous
les emblèmes religieux ‘’offerts à la vue du public‘’. Dans ce cas, les maisons n’eussent pas
seules été visées, mais encore tous les terrains privés qui, par leur situation, pouvaient être
vus de la rue.

Il eût été interdit d’y ériger, par exemple, un calvaire. Le simple bon sens devait
nous suffire à nous préserver d’une telle exagération.
L’article 28 ne s’applique qu’aux emplacements publics, c’est-à-dire qui sont la propriété soit
de l’Etat, soit du Département, soit de la Commune. Ce domaine est à tous, aux catholiques
comme aux libres penseurs. » – tiens, une opposition des deux.
Monsieur Bercoff évoquant la dimension soi-disant culturelle, osons le mot, artistique, de la
croix de Ploërmel, nous rappelle qu’il a un peu plus d’un siècle de retard. Il mène un combat
d’arrière-garde a priori tranché en 1905.

Monsieur Briand s’il vous plaît ?
« Croyez-le bien, nous ne sommes pas, à Gauche, absolument dépourvus de cette sorte de
préoccupation. »


Sous les encouragements de la Gauche – et oui, décidément -, Briand rappelle les précautions
prises contre le vandalisme qui menaçait les objets d’art sacré, puis poursuit :
« Dans notre société moderne – nous sommes alors en 1905 je le rappelle – l’art peut
heureusement se manifester sous d’autres formes que la forme religieuse. La foi n’est pas
l’unique source d’inspiration pour les artistes, qui ne manquent pas d’autres moyens
d’exprimer leur idéal et de réaliser la beauté. »
Si je versais dans l’anachronisme, je dirais qu’il répondait ensuite à Bercoff :
« Au surplus, si les catholiques ont une préférence persistante pour cette forme de l’art, libre
à eux de la satisfaire chez eux, dans leurs propriétés particulières ; mais qu’ils n’émettent pas
la prétention exorbitante d’accommoder à leur goût exclusif les rues et les places publiques
qui sont à tous les citoyens français sans exception. »


La conclusion d’Aristide Briand n’a rien d’un air de compromis :
« Nous disons qu’à l’avenir, si vous voulez élever des édifices ayant un caractère artistique,
avec tous ces symboles religieux, faites-les chez vous, sur vos maisons ; mais ne nous obligez
pas à subir ces manifestations sur des édifices ou sur des terrains qui ne sont pas seulement à
vous, catholiques, mais qui sont à tous les citoyens français. »

- tonnerre d’applaudissements
à Gauche…


Une loi de compromis qu’on vous dit… Légalement, adieu la croix de Ploërmel ! Ah pardon,
on envisagerait de vendre le terrain…
Enfin, de façon à conclure cette question des emblèmes religieux dont les hypocrites
voudraient nous faire croire qu’ils n’ont rien de prosélytes, je vous invite à (re)prendre
connaissance de ce que disait, déjà, Aristide Briand.
« Vous me demandez quels autres signes distinctifs de la religion ne devront pas être érigés
dans l’avenir. Je vous indique que par ces mots ‘’emblèmes, signes religieux‘’, nous
entendons désigner des objets qui ont un caractère hautement symbolique, qui ont été érigés
moins pour rappeler des actions d’éclat accomplies par les personnages qu’ils représentent
que dans un but de manifestation religieuse. »


Ainsi donc, on constate la distance très nette prise par les autorités de l’Etat, par la
République, avec le fait religieux ; c’est-à-dire avec les institutions ecclésiastiques mais avec
la religion elle-même, avec sa mystique. Le Droit au service d’un principe philosophique, là
est le sens de l’action politique. Et cette prise de distance philosophique, politique et juridique
est affirmée dès l’article 2 de la Loi de séparation des Eglises et de l’Etat.


Article 2 : La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte.

En conséquence, à partir du 1er janvier qui suivra la promulgation de la présente loi, seront
supprimées des budgets de l'Etat, des départements et des communes, toutes dépenses
relatives à l'exercice des cultes.
Pourront toutefois être inscrites auxdits budgets les dépenses relatives à des services
d'aumônerie et destinées à assurer le libre exercice des cultes dans les établissements publics
tels que lycées, collèges, écoles, hospices, asiles et prisons.
Les établissements publics du culte sont supprimés, sous réserve des dispositions énoncées à
l'article 3.
Non, l’association Lallab n’a pas à recevoir un quelconque soutien de l’Agence du service
civique.
Non, la République n’a pas à respecter toutes les croyances – il faudrait s’entendre sur le
terme de ‘’respect‘’, utilisé généralement, en la matière, comme « immunité contre la
critique » - ni à en attaquer une en particulier. Non la République ne reconnaît pas toutes les
religions, c’est précisément le contraire, elle n’en reconnaît aucune. « La République ne
reconnaît, ne salarie, ni ne subventionne aucun culte. »


Certes, quelques voix opportunistes tentent des explications ‘’capilotractées‘’, telles le
magicien Yann Moix, qui parvient à changer en un tour de langue le sens même d’un mot,
face à une Nathalie Kosciusko-Morizet dont la voix s’était éteinte bien avant de quitter
l’Assemblée Nationale ! Notre enchanteur ronchon, le sourcil crispé, assenait une explication
absurde à laquelle même lui ne semblait pas comprendre grand-chose tant… elle n’avait pas
de sens.

Quelque chose de l’ordre de « L’Etat ne sait pas ce que sait qu’une religion, d’ailleurs
il le dit dans le texte » – il cite l’article 2.


Souffrez Monsieur Moix que « ne reconnaît pas », en Droit, signifie « n’admet pas la
légitimité de », « n’admet pas l’autorité de ». Quand l’ONU ne reconnaît pas le droit à
l’autodétermination de la Catalogne, il ne dit pas « Mais nous ne savons pas ce qu’est le droit
à l’autodétermination » Monsieur Moix. En voilà un de plus qui n’a pas fini de tourner…
La République ne reconnaît aucun culte, mais la voilà qui sollicite, devant les parlementaires,
l’avis des bergers de bigots, des trois troupeaux confondus, lors de l’élaboration de la Loi sur
le mariage pour tous…

Ce n’est pas à la République de demander aux Eglises ce qui est juste
ou non, c’est à elle de donner le cadre et de le faire respecter, y compris dans l’espace de
culte, si ! si ! Nous abordons-là une ‘’légende urbaine‘’ qui dérange les authentiques
anarchistes que j’ai pu rencontrer, celles et ceux qui disent : « La loi de 1905 ne va pas assez
loin, elle ne permet pas de lutter contre ce qui se passe – de nocif - à l’intérieur des lieux de
cultes. » C’est faux !


Article 34 :

Tout ministre d'un culte qui, dans les lieux où s'exerce ce culte, aura
publiquement par des discours prononcés, des lectures faites, des écrits distribués ou des
affiches apposées, outragé ou diffamé un citoyen chargé d'un service public, sera puni d'une
amende de 3 750 euros – adaptation de la valeur en euro par ordonnance n°2000-916 du 19
septembre 2000 - et d'un emprisonnement d'un an, ou de l'une de ces deux peines seulement.
La vérité du fait diffamatoire, mais seulement s'il est relatif aux fonctions, pourra être établi
devant le tribunal correctionnel dans les formes prévues par l'article 52 de la loi du 29 juillet
1881. Les prescriptions édictées par l'article 65 de la même loi s'appliquent aux délits du
présent article et de l'article qui suit.


Le député De Castelnau, encore, demanda la suppression de cet article. Aristide Briand en
justifia plus que la pertinence, mais la nécessité, admettant qu’il s’agissait d’une mesure
exceptionnelle – au sens juridique.
« Je reconnais volontiers que l’article 34 est une dérogation au Droit commun ; mais la
situation dont jouiront les ministres du culte, même en régime de séparation, constituera elle même
une dérogation au Droit commun. »


Briand n’avait rien d’un candide et il aurait pu regarder Yann Moix droit dans les yeux pour
lui confirmer que si, l’Etat, la République et la Gauche d’alors – vous savez, celle qui n’a plus
de successeurs – connaissaient parfaitement les tenants et les aboutissants de la religion. Le
Concordat était de plus passé par là…


« Depuis plus de cent ans, dans ce pays, on est habitué à voir dans le prêtre non pas un
simple citoyen, mais une sorte de fonctionnaire particulièrement honoré. La loi de séparation
n’aura pas pour effet de le dépouiller instantanément de cette part d’influence qu’il tenait de
de l’Etat ; pendant une longue période après la promulgation de la loi, la parole du prêtre
gardera cette autorité morale. Il est donc indispensable que des précautions soient prises
contre l’abus qu’il peut en faire. »


La Gauche acquiesçait avec ferveur !
« Convenez-en, messieurs, le prêtre qui, dans l’église, dans la chaire, se laissera entraîner à
outrager, à calomnier des agents de l’autorité publique, sera indigne de la bienveillance de la
loi. Sa culpabilité ne peut pas relever du Droit commun, elle est exceptionnellement grave et,
comme telle, elle appelle aussi logiquement ces sanctions exceptionnelles. »


Briand, un champion du consensus qu’on vous dit, la Loi de séparation, un projet de
compromis qu’on vous assure…
Nous l’aurons compris, lorsqu’aujourd’hui, des imams prêchent avec violence contre la
République, contre des acteurs laïques, on laisse faire, en conscience. Ces imams le font bel et
bien avec la complicité – plus que la complaisance – de responsables politiques. On ne fait
rien non pas parce que l’on ne peut rien faire, mais bel et bien parce qu’on ne veut rien faire !
Et soudainement, comme une envie de rappeler à Madame Guigou l’article 26…


Article 26 :

Il est interdit de tenir des réunions politiques dans les locaux servant
habituellement à l'exercice d'un culte.


La Loi a tout prévu, car la situation que nous connaissons aujourd’hui, celle d’une religion, en
l’occurrence l’islam, qui cherche à imposer ses règles dans les domaines civile et politique –
réveillant ainsi les catholiques fervents qui partagent les mêmes vues - était alors la règle.
Tout a été fait pour que cette séparation soit actée. Les radicaux, qui ont porté cette loi en
1905, et l’ensemble des composantes de la Gauche, qui ont mené ce combat avec eux, avaient
parfaitement conscience des dangers que représentaient les immixtions permanentes du
spirituel dans le temporel.


Certain(e)s ont aujourd’hui l’outrecuidance de dire : « Mais c’était en 1905, les temps
ont changé, il faut revoir la loi ». Je pourrais leur répondre : « Oui, revenons à l’ancienne
formule, car ce que vous proposez est peu ou prou un Concordat, ou un système de liberté religieuse, c’est-à-dire une forme d’Edit de Nantes, bref, une approche d’Ancien régime, plus vieille encore. »

Mais si je répondais cela, ou si je m’en contentais, je conviendrais avec eux qu’il ne s’agit que d’une question juridique – j’insiste, un relativisme écoeurant. Je préfère leur répondre : « 1848, 1789 ».


1848, Victor Schoelcher abolit l’esclavage. 1848, c’est vieux, c’est très vieux. Le capitalisme sauvage et la nécessité d’être compétitif à tout prix ne vaudrait-il pas de revenir sur cette question ? Anti-esclavagiste ?! Abolitionniste ?! Quelle vieille idée, assouplissons un tant soit peu cette démarche. Après tout, l’esclavage, au moins sous des formes dites modernes, est pratiqué en terre d’islam, ou dans des pays où les multinationales s’accommodent parfaitement de l’absence de normes sociales et de santé. Allons, convenons-en.
1789, la Révolution française abolit les privilèges et proclame que tous les Hommes naissent libres et égaux. Elle affiche à la face du monde la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. 228 ans, vous vous rendez-compte, plus de deux siècles, mais c’est vieux !
228 ans, seulement…


Et bien non ! Le progrès est gravé dans le marbre. Partout où les forces de la réaction – politique, religieuse, financière – et de la collaboration nous font revenir, sous couvert d’une prétendue modernité, à des temps et des pratiques rétrogrades, archaïques, obscurantistes, nous, humanistes, laïques, universalistes – ouh le vilain concept -, nous devons proclamer que le Droit, le combat juridique, sont au service du progrès !

Que la loi n’est pas, dans un Etat de Droit, dans une société démocratique, dans une République qui est fille des Lumières et de la Révolution française, le bras armé des tartuffes, de leurs troupes et de leurs collabos ! Le Droit n’existe pas pour le Droit, mais pour servir l’Humanité, la Raison et le Vivant ! Ceci, ceci sera l’objet de ma prochaine contribution. Il nous faut replacer la Laïcité dans son essence fondamentale : un combat sur le temps long, une histoire de luttes, d’affrontements violents, de réveil des consciences, des consciences universalistes !

La Laïcité s’inscrit dans le fil de la Grande Histoire, et ça, c’est bien la même histoire

Date de dernière mise à jour : 08/11/2017

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