Lettre ouverte au président Macron

Monsieur Le Président

 

Vous venez d'accepter officiellement le titre de «Chanoine de Latran»......

Dire que nous sommes surpris serait mentir, conclusion logique de plusieurs mois d'attaques orchestrées d'un des éléments clés de notre socle républicain.

 

Certes votre campagne avait déjà donné le ton. Dès l'interview du 1er octobre et son florilège, la «laïcité revancharde», la République «ce lieu magique qui permet à des gens de vivre dans l'intensité de leur religion» etc, il était clair que l'essence même du pays vous échappait et que nous avions un mystique.

Les candidatures de votre mouvement aux Législatives avait également sonné l'alerte, bien peu de rigueur sur les dérives islamistes et/ou antisémites, par contre un curieux barrage à toute candidature résolument laïque....

Cependant, et nous l'avons vu durant les récentes campagnes présidentielles, il subsiste toujours au cœur de l'électeur, bien que désabusé, un espoir, minime, celui de voir l'impétrant «habiter la fonction», prendre de la hauteur de vue, réaliser d'un coup dans un miracle d'essence élyséenne l'attente de la Nation, et dépasser ainsi le candidat.

Hélas.
Hélas, le 21 juin 2017, quelques jours seulement après le dernier scrutin, coup de tonnerre, en vous asseyant, décomplexé, sur une de nos lois fondamentales, vous partagiez sans vergogne et en tant que Président de tous les français un repas religieux en compagnie du ban et de l'arrière-ban de l'UOIF et des Frères Musulmans, le «tout islamisme»....
Un retour aux corps intermédiaires, un mépris affiché pour tous les musulmans laïques et républicains qui n'en pouvaient plus pourtant de voir ces sinistres personnages leur être proposés à titre de représentants et retrouver en France le pouvoir qu'ils avaient ailleurs, dans des pays que précisément eux avaient fui..

Le lendemain, alors que nous avions encore la gueule de bois, vous receviez et confirmiez J-Louis Bianco dans sa ligne dévoyée de la laïcité, véritable hymne à la «liberté religieuse».

Le 26 juillet vous vous livriez à un hommage qui n'avait rien de républicain mais tout de la messe oecuménique, à coup « d'espoir » et de « transcendance » dans la cérémonie en souvenir du Père Amiel.

Nous avions retrouvé notre Sarkozy, et l'instituteur qui ne valait pas le curé .
Formidable
Nous avons respiré un peu pendant l'été, où vous avez préféré changer un peu de cible, fustigeant dans un chamboule-tout méprisant le pays « irréformable », les « fainéants » qui ne vous faisaient pas peur (toujours à l'étranger, la classe) etc, nous distrayant avec des nominations aussi people que méprisantes pour les institutions...

La trêve n'a pas duré longtemps, la cerise sur le gâteau est arrivée peu de temps après pour le 500ème anniversaire de la Réforme.
En salve, on sentait que les derniers remparts lâchaient, vous n'aviez même plus envie de faire semblant, la laïcité nous seulement ne vous intéressait pas, vous ne la compreniez pas mais elle vous gênait.

"La laïcité n'est pas la négation des religions. C'est la capacité de les faire coexister dans un dialogue permanent."

Aux représentants du culte protestant :

"Nous avons (...) besoin que vous restiez la vigie de la République, son avant-garde dans les combats philosophiques, moraux, politiques qui sont ceux de notre temps, et ils sont nombreux"

Quelques semaines plus tard, votre Ministre de L'Intérieur de son côté nous assènera que le protestantisme peut servir «sinon de boussole, du moins de source d’inspiration» et envisagera sereinement la création d'un comité interreligieux.

Enfin, s'adressant cette fois à l'ensemble des responsables des cultes et concernant les questions éthiques, notamment en ce qui concerne l'ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) à toutes les femmes, célibataires ou en couple :

"La manière que j'aurai d'aborder ces débats ne sera en rien de dire que le politique a une prééminence sur vous et qu'une loi pourrait trancher ou fermer un débat qui n'est pas mûr", a-t-il assuré. 
La loi de 1905, et la prééminence justement du politique sur le religieux pour la conduite des affaires de la cité, avait vécu.

Monsieur le Président, il est temps je pense de vous rappeler quelques fondamentaux, dans notre intérêt commun, le nôtre, celui du pays et le vôtre, parce que cinq ans dans ce climat, je crains que cela ne soit pas possible.


La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale.


Article premier de notre constitution.

 

Indivisible.
On ne parle pas d'antisémitisme aux citoyens de confession juive, ils sont au courant, on en parle à tous les citoyens.
On n'oppose pas les salariés aux patrons, les instituteurs aux curés, les mouvements interreligieux aux athées etc

On ne parle pas aux musulmans, même laïques, puis aux catholiques etc etc, en leur disant ce que chacun a envie d'entendre, on parle à la Nation.
 

Laïque.

 

La laïcité n'est pas la «liberté de religion», non. C'est avant tout la liberté de conscience constitutionnelle, qui exclue de fait toute pression, c'est l'égalité en droits de tous quelles que soient les convictions, la libre -si légale- expression de ces convictions, mais c'est aussi le commun privilégié, nourri, protégé, au moyen d'un cadre juridique adapté qui instaure la séparation de l'Eglise et de l'Etat et la neutralité de ce dernier.. Elle ne peut donc être ni «ouverte», ni «revancharde», ni «nouvelle» comme le prétend un de vos députés, elle est, c'est tout.
Par ailleurs, elle a été définitivement instaurée dans un contexte où la religion était en position de force. Historiquement, elle protège donc avant tout la liberté de conscience et d'expression des incroyants, ne vous en déplaise.
 

Alors je vous pose la question, Monsieur Le Président, combien de temps encore allez-vous ignorer la MAJORITE des citoyens de ce pays, incroyants, athées, croyants laïques non pratiquants en leur imposant un goulbi goulba de catéchumène, à longueur de discours et d'interview ?
Devons-nous vraiment vous rappeler que, pendant que vous parlez «respect et dialogue», pendant que vous nous endormez à coup de «aucune religion n'est un problème», on meurt à nouveau en France pour ses idées, oui, Monsieur le Président.
12 morts. Des athées et au nom d'un dieu.

Massacre que certains ignobles, y compris parmi nos personnalités, ont osé cautionner invoquant une «mal-pensance» coupable et supposée.
 

Devons-nous vous rappeler qu'on ne fait pas de la politique dans le mépris et l'ignorance affectée de ses concitoyens dont vous êtes simplement le premier représentant .

Que les non-croyants représentent plus de 50% de la population et qu'ils n'en peuvent plus.

Plus de la bigoterie dégoulinante assénée à longueur maintenant de plateau de télévision.
Plus de la hiérarchisation morale qui nous prône la «transcendance» à titre de modèle.
Plus du laxisme qui laisse s'instaurer prières de rue, religiosité morbide, détournement de subventions.

Plus du «vivre ensemble inter-religieux» présenté comme une solution pour tous, et la bien-pensance qui va avec.

Plus de la pression religieuse qui monte inexorablement sous l'effet de ce laxisme et des obscurantismes qui s'engouffrent dans la brèche.

Je me dois de vous rappeler que pour nombre d'entre nous la liberté de conscience et d'expression est une exigence ABSOLUE, dont nous mesurons le prix à l'aune du sang versé pour elle par le passé.

Que de ce fait cette liberté, si rare et si précieuse, ne nous appartient pas, que nous la devons à nos enfants, que donc nous ne transigerons pas, nous n'abandonnerons pas, jamais.
 

12 morts, assassinés par la folie religieuse.
 

Ni oubli ni pardon

Nous sommes prêts à nous battre s'il le faut, comme par le passé, comme en 1905, si se dresse à nouveau le carcan du dogme .
Nous sommes accommodants, nous n'exigeons pas d'être choyés, ni de figurer à vos côtés dans des shows républicains, nous n'exigeons pas des heures d'émission sur les chaînes publiques.

Nous voulons juste vivre en paix, sans devoir subir quasi quotidiennement et sans droit de réponse possible, dans la rue, les médias et les institutions, des théories et des pratiques qui relèvent pour nous d'une insulte à l'intelligence et heurtent nos convictions.
Un minimum de réserve, qui réponde courtoisement à la nôtre.

Nous voulons simplement pouvoir exercer notre liberté d'expression sans mettre notre vie en danger.

Il vous appartient d'entendre cela, faute de quoi il est à craindre que des millions d'athées, jusqu'ici discrets mais dorénavant à bout, se lèvent pour revendiquer eux aussi et dans un même dévoiement de la loi, la libre expression sans limite et ostentatoire de leurs convictions dans l'espace public.

C'en serait alors terminé de la cohésion nationale, déjà minée par un communautarisme électoralement encouragé, et de la paix civile.
Il est encore temps de devenir Président de TOUS les français, monsieur le Président. Pensez-y
 

Date de dernière mise à jour : 06/11/2017

Commentaires

  • Jacques
    • 1. Jacques Le 07/11/2017
    Tres beau, merci. L' interesse saura t il lire cettte lettre et en retenir l' essentiel?
  • VOISINET Christiane
    • 2. VOISINET Christiane Le 07/11/2017
    Beau plaidoyer pour notre LAÏCITE , notre République INDIVISIBLE ! Merci ! C'est partagé
  • Didier SAVARD
    • 3. Didier SAVARD Le 07/11/2017
    Merci !
  • André Barra
    • 4. André Barra Le 07/11/2017
    Que les religieux balaient devant leur porte, ils ont beaucoup à faire. La République ne tient pas la balayette.
  • Cornille
    • 5. Cornille Le 07/11/2017
    Vite...
  • Cornille
    • 6. Cornille Le 07/11/2017
    Vite....
  • Ael
    • 7. Ael Le 07/11/2017
    Un seul mot : Merci !

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