Tariq Ramadan et sa "dictature de l'apparence

Billet d'humeur: Tariq Ramadan et sa "dictature de l'apparence".
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Incarcéré après avoir été mis en examen ce soir par la décision d'un collège de trois magistrats, l'islamiste Tariq Ramadan, le petit-fils d'Hassan al-Banna, ne sera pas de la partie demain samedi 3 février 2018, à côtés de ses Frères "Musulmans de France" (ex-UOIF), qui vont se réunir au Centre d’Affaires Baya Axess, au 57 Esplanade du Général de Gaulle, à Paris La Défense, de 10h à 18h.

Celui qui a écrit en 2008 "Islam, la réforme radicale: éthique et libération", ne prendra pas la parole demain pour répondre à cette question que ses frères posent (sans rougir): "L'islam, de quelle réforme s'agit-il ?"[1]. Habitué des rencontres des islamistes en France, tel un atout servant à diffuser l'islamisme auprès d'une jeunesse en quête de repères, il serait désormais considéré comme un boulet ralentissant la marche des marcheurs frérosalafistes. Le temps de Tariq Ramadan, la star, semble s'arrêter nettement, définitivement, même s'il demeure "présumé innocent".

Pour meubler son dit colloque annuel [2], Amar Lasfar peut toujours compter sur un islamiste marocain, M'hammed Talabi de son nom, celui qui considère que "libérer la Palestine exige d'abord la libération des peuples arabes par la diffusion de la démocratie" [3]: un propos qu'il a tenu lors d'un colloque organisé par les Frères musulmans marocains du MUR autour du thème "Jérusalem, entre l'obligation de la résistance [y compris armée] et le refus de la normalisation [avec Israël]". Amar Lasfar peut compter aussi sur un autre islamiste tunisien et sur d'autres islamistes membres du CEFR (Conseil Européen de la Fatwa et des Recherches) que préside Youssef al-Qaradawi, le protégé du Qatar.

Avec cette mise en examen et cette incarcération, survenues quelques jours seulement après que ce prédicateur islamiste ait été prié par le Qatar de ne plus mettre les pieds à Doha [4] -- une simple coïncidence ? -- c'est un nouvel épisode judiciaire qui s'ouvre. Il risque d'être rythmé par de nouvelles plaintes au pénal, par de nouvelles révélations. Une pensée sincère pour toutes ces femmes qui ont osé briser le silence, à Christelle, à Henda Ayari et à toutes les autres qui parleraient, peut-être. Quant à ceux qui auraient été mis au courant de tous ces soupçons -- ils se reconnaîtront même depuis La Défense -- et qui auraient continué à starifier ce prédicateur islamiste et à l'ériger, malgré les soupçons, sans aucune précaution protectrice, comme champion d'une stratégie tamkiniste, comme modèle de réussite sociale et religieuse, devant des jeunes femmes, quelques fois effacées et vulnérables, en quête de sens, l'Histoire les jugera tous, sans doute.

Coupable ou pas, seule l'issue des procès le dira. Toutefois, ces affaires, quel qu'en soit l'issue, devront pousser à réfléchir sur le vrai sens de la réforme de l'objet "islam". Et si cette réforme ne devait commencer que par refuser, d'entrée de jeu, toute autorité prétendument religieuse ? Et si cette réforme n'était possible que lorsque le vide total sera fait, libérant les voies d'accès aux sens métaphysiques sans intermédiaires, sans leadership -- n'en déplaise à Bernadette -- sans stars barbus, sans cheikhs, sans "grand imam" -- comme le préconise Hakim -- sans fatwas et sans mollahs ?

Tariq Ramadan, lui-même, le recommande dans son essai "De l'islam et des musulmans" -- paru en 2014, après les faits présumés de viols de 2009 et 2012 -- sous un paragraphe intitulé: "Retrouver le chemin libérateur", où il dit, en parlant de "l'être féminin" (!): "Nous sommes bien loin de penser avec profondeur à la dimension de l'être féminin devant Dieu, parmi les hommes. Sans doute est-ce le premier domaine sur lequel un travail conséquent est mené: dire la foi, parler de la spiritualité, penser la priorité et l'exigence de l'intime par rapport à la dictature de l'apparence" [5].

Quand je pense qu'une cicatrice, de quelques centimètres, aussi lointaine dans le temps, peut avoir raison d'une vraie dictature de l'apparence, je me dis que la réforme radicale, la vraie, commencera le jour où le citoyen musulman, femme et homme, rejette pacifiquement, librement, toutes ces dictatures qui l'asservissent à volonté. La réforme radicale, la vraie, commencera le jour où le citoyen musulman, femme et homme, s'assume en citoyen libre, dans son rapport à l'Humain, dans son rapport à Dieu, dans l'humilité de son être, dans l'intelligence de son cœur, en ayant toujours à l'esprit qu'une petite cicatrice peut changer le cours de l'Histoire lorsque des êtres sensés refusent de le faire, par peur ou par intérêt. C'est selon.

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Notes :
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[1]- http://www.uoif-online.com/…/colloque-annuel-de-musulmans-…/
[2]- http://www.uoif-online.com/…/2018/02/dossier-colloque-2018v…
[3]- http://www.felesteen.ps/…/mfkr-mghrby-thryr-flstyn-ybda-bns…
[4]- https://mondafrique.com/tariq-ramadan-persona-non-grata-qa…/
[5]- Tariq Ramadan, De l'islam et des musulmans, Presses du Châtelet, 2014, p.84.

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