La laïcité "maîtrisée" par les "outils" de l’islamisme

 

J’ai regardé l’émission «Horizons d’Islam 27» du 6 mai 2015 animée par Asir Asif, portant sur «La place de la femme dans l’islam». (1) Deux participants répondaient aux questions proposées par M. Arif qui ponctuait ces échanges de ses réflexions et conclusions.

Pourquoi s’intéresser particulièrement aux positions de M. Asif Arif? Parce que cet avocat français musulman de 30 ans, né en France de parents pakistanais, directeur du site Cultures & Croyances, a écrit un livre intitulé «Outils pour maîtriser la laïcité», préfacé par Jean-Louis Bianco et Nicolas Cadène, livre dont Charles Arambourou a fait une analyse critique (2). M. Arif est un interlocuteur et partenaire privilégié de l’Observatoire de la laïcité, avec lequel il se déplace régulièrement en France pour animer des réunions au sujet de la laïcité, qu’il propose de «maîtriser » à l’aide d’«outils».

Dans cette émission, trois hommes ont donc disserté sur «la femme», devenue un pur objet de discours en l’absence de toute femme. Pendant tout le temps de leurs échanges, ces trois doctes savants ont répondu aux critiques qui, selon eux, étaient injustement adressées à l’islam au sujet des femmes.

  • Ils ont d’abord réfuté l’allégation selon laquelle dans l’islam la femme serait une chose déconsidérée, en prenant l’exemple du verset 283 où il est dit que le témoignage d’une femme vaut deux fois moins que celui de l’homme. D’après les trois savants, ce verset sur le témoignage concerne uniquement les cas de transaction financière, où il faut deux femmes car «ce n’est pas le domaine des femmes». Si le témoignage requiert deux femmes,cela vient du fait que l’homme est responsable financier de la famille, c’est lui qui gagne le pain. De ce fait, les femmes ne sont pas au fait des transactions financières. Comme en plus elles se retrouvent dans un milieu masculin au moment de témoigner s’il n’y a pas d’hommes pour le faire, il vaut mieux qu’elles soient deux, l’une étant «aide de camp» et «aide mémoire» de l’autre.
  • Ces messieurs ajoutent que l’épouse musulmane peut certes travailler, mais que ses gains ne sont pas consacrés obligatoirement à sa famille, car elle peut les dépenser pour elle-même: elle a donc le choix alors que l’homme ne l’a pas.

En Islam, donc, non seulement la femme n’est pas déconsidérée ou infériorisée, mais «l’homme reçoit des droits inférieurs à la femme». M. Arif de commenter alors sur le «caractère avancé du Coran», car d’une part il a privilégié l’écrit avant tout le monde, et d’autre part il permet à la femme de travailler et de «se faire des petits plaisirs pour elle» comme c’est « dans la nature des femmes ».

  • Qu’en est-il de l’héritage? Plusieurs versets du coran parlent en effet de la part deux fois plus grande du garçon. Ah mais, disent ces messieurs, il faut remettre ça en contexte. D’abord, avant le temps du prophète, les femmes n’avaient pas du tout d’héritage: ce fut donc un progrès. Ensuite, c’est à l’homme que revient le devoir de subvenir aux besoins de la famille: c’est pourquoi il a davantage d’héritage.

M. Arif de commenter alors «Les femmes oublient que s’il y a une religion qui favorise les femmes, c’est l’islam. Le vrai féminisme part de l’islam. La femme est plus gagnante que l’homme qui a plus de responsabilités».

  • Qu’en est-il du verset 35 du chapitre 4 sur le droit de battre sa femme ? Les trois savants affirment que ce verset est mal compris des gens qui utilisent l’islam pour régler leurs problèmes personnels. Le mot-clé de ce verset est en fait «désobéissance». Et qu’est-ce que la désobéissance? C’est la violence physique de la femme contre son mari. Dans le Coran, Allah dit que devant la désobéissance de la femme, le mari doit d’abord lui expliquer son inconduite, puis se séparer d’elle dans la maison en privé et, si elle continue à désobéir, l’homme peut «se défendre physiquement» en battant la femme «sans dégager son aisselle lorsqu’il lève le bras», sans laisser de marques, sans toucher le visage ou les parties tendres du corps. Bref, la battre de façon quasi symbolique. Car si la femme, comme un enfant, voit la réaction du mari, elle va comprendre et s’arrêter. «L’islam veut l’harmonie dans le couple. Il pose donc des garde-fou pour que la femme ne fasse pas violence à l’homme».

M. Arif de commenter alors les travers de «la société où on vit». Comme il n’y a pas les règles de l’islam, on en arrive tout de suite aux coups. Les sociétés occidentales croient être des modèles, alors qu’elles ont plein de problèmes d’alcool, de violences conjugales. «On laisse les gens à eux mêmes et on voit les résultats».

  • Et qu’en est-il de la polygamie? Eh bien, tout le «pataquès» à ce sujet vient d’explications qui ont été extrapolées, à partir du contexte de l’islam originel dont on voit les traces dans le verset 4. Avant le Coran, les Arabes avaient un nombre illimité de femmes. Pendant les périodes de guerre, les hommes partent et beaucoup de femmes se retrouvent seules. Il faut donc que les hommes épousent plusieurs femmes afin de les soutenir. Et puis dans le monde il y a plus de femmes que d’hommes. Depuis le Saint Coran, l’homme peut avoir plusieurs épouses, mais la polygamie n’est pas la règle car elle est inéquitable: l’homme ne peut apporter la même chose à toutes les femmes

Et ces messieurs de commenter: on critique l’islam qui admet jusqu’à quatre épouses. Mais que dire de l’hypocrisie de l’occident, où les hommes ont épouse et maîtresses? Ils ont des enfants qui n’ont pas de père, et des femmes sont malheureuses car «Les femmes ça reste par nature sensible». «On a fait sauter le verrou de la responsabilité dans ces sociétés». En revanche, dans l’islam, il y a des droits garantis, un engagement.

  • Mais l’islam admet-il un homme au foyer ou, comme le dit élégamment M. Arif, est-ce que l’homme peut être «au paillasson»? Cela peut exceptionnellement arriver si l’homme perd son travail. Mais c’est un cas d’exception car c’est à l’homme que revient la responsabilité. Quand la femme travaille et subvient aux besoins de la famille, c’est elle qui a le dernier mot. Ce n’est pas recommandé ni préconisé par l’islam.

Et M. Arif de commenter: Dans ces pays (occidentaux, non musulmans) les femmes ont des idées carriéristes, elles ont un caractère masculin, ça leur gâche la vie. «On ne valorise pas la famille avec ces idées d’égalité homme femme». «Les enfants ont besoin de leur mère, moins de leur père. C’est un besoin biologique, physiologique, psychologique. C’est très bien une femme qui s’occupe de ses enfant». Et l’un des interlocuteurs de commenter en souriant: «Je croirai à l’égalité quand hommes et femmes courront à la même vitesse ». «Attention, je ne dis pas que la femme est inférieure, mais différente». Bien sûr.

  • Et les trois messieurs arrivent alors à la question cruciale: comment convaincre les filles de porter le voile? Eh bien, il faut les habituer aux bienfaits de l’islam. Porter le voile est quelque chose d’important pour une femme. Il faut l’encourager à aller à la mosquée pour, très tôt, lui faire porter le voile. C’est une question d’éducation à un très jeune âge. Le voile n’est pas un signe ostensible mais une protection pour ne pas être «molestée» (mot employé dans le Coran).

Et M. Arif de rapporter une expérience réalisée aux États Unis par un homme. Une jeune fille avait réalisé le même parcours dans la ville avec un voile puis sans voile. Quand elle était voilée, elle n’était jamais sollicitée. Et elle l’était quand elle ne portait pas le voile. Le voile, c’est une façon de signifier «Je ne m’intéresse pas à ça».

La conception islamique qui ressort de ces échanges, concernant la femme, l’homme, les rapports entre les femmes et les hommes, la place de la religion, est d’une mauvaise foi renversée et renversante. Le problème principal des couples est, comme chacun le sait, la violence physique des femmes contre leur mari; l’islam, comme chacun le sait, a inventé le féminisme; et les femmes, comme chacun le sait, sont des éternelles enfants, ne sont pas faites pour avoir des responsabilités, mais pour s’occuper du paillasson et des enfants.

Que cette conception prévale dans les théocraties musulmanes, je le conçois, même si je suis solidaire de tous ceux qui dans ces pays se battent pour sortir du carcan.

Mais qu’elle s’affirme tranquillement dans un pays laïque et républicain, pour définir la vie de citoyens français, avec l’aval de responsables politiques, me semble inadmissible.

Cette conception est, en effet, radicalement antinomique de celle que nous avons élaborée au cours du temps. Non seulement la laïcité nous a permis de desserrer l’étreinte de l’intégrisme religieux sur tous les sujets cruciaux de société, de mettre en avant la liberté de conscience, l’émancipation, mais l’avènement des combats antisexistes nous a incités à relativiser et à contester l’idéologie de genre qui a longtemps prévalu.

Comment un homme qui défend une telle idéologie normative, rétrograde et obscurantiste, qui est porteur d’une vision aussi prosélyte de la supériorité de l’islam, peut-il avoir été choisi comme interlocuteur privilégié par l’Observatoire de la laïcité pour dispenser des formations sur le sujet?

En fait d’outils, M. Arif utilise le marteau et l’enclume. Il s’agit en effet de bien aplatir et écraser la laïcité, honnie par les islamistes, afin de 1) substituer à la liberté de conscience la liberté totale de religion, 2) dévoyer le dispositif d’émancipation des citoyens à l’égard de tout dogme religieux en permettant tout simplement aux diktats cultuels et culturels islamistes d’être «légalement» appliqués en France.

Le statut de la femme, et singulièrement l’occultation totale de ses cheveux, sont des éléments centraux et nodaux de l’idéologie islamiste, comme l’ont très bien analysé depuis longtemps des auteurs aussi férus de culture musulmane que Abdelwahab Meddeb, Wassyla Tamzali, Faouzia Zouari, Leila Babès, Kamel Daoud, Amine Zaoui, Boualem Sansal, Adonis ou Mohamed Louizi, entre autres. Le voile islamique est l’un des premiers préceptes de la charia, le marqueur princeps d’islamité des femmes, le porte-drapeau de l’islamisme conquérant, le premier pas dans l’acceptation de toute l’idéologie de genre sexiste islamiste, et évidemment le signe tangible de séparation radicale entre les femmes musulmanes et les femmes non musulmanes, empêchant entre elles toute forme de solidarité universaliste et produisant même entre elles un clivage délétère. On arrive à une situation scandaleuse où les femmes non voilées sont censées exprimer leur disponibilité sexuelle à tout va.

Ceux qui prônent cette idéologie ou encouragent son développement en France, sous couvert de liberté religieuse et de défense de la laïcité, sont des ennemis de la démocratie, de la liberté de conscience, et des adversaires résolus de l’égalité des hommes et des femmes.

(1) http://www.islam-television.com/horizons-dislam/horizons-dislam-27

(2) http://www.ufal.org/laicite/revelation-sur-asif-arif-letrange-filleul-de-jean-louis-bianco-qui-prone-les-petites-filles-voilees-des-7-ans/

Date de dernière mise à jour : 07/03/2018

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