Le Front National, une piqûre de rappel nécessaire à ce soutien (involontaire ?) de l'islamisme

 

Le Front National, une piqûre de rappel nécessaire à ce soutien (involontaire ?) de l'islamisme (par Naëm Bestandji)
Oui, la France est une terre aux racines chrétiennes, de droit romain et de philosophie grecque ! (1)
Si le Front National (FN) ne cesse jamais de nous rappeler les "racines chrétiennes de la France", il oublie toujours de rappeler les racines antisémites, racistes et xénophobes de son parti. Depuis quelques années, dans son désir d’atteindre un degré de respectabilité suffisant, il tente par tous les moyens de mettre son histoire et ses bases idéologiques sous le tapis de notre mémoire. Cela passe par le gommage de son histoire, un lifting marketing, mais aussi par de multiples diversions en renvoyant par exemple l’antisémitisme et le sexisme vers les islamistes.
 
Or, depuis ses origines, toutes les tendances de l’extrême droite française sont représentées au FN. Le Front National est dans la lignée des mouvements totalitaires d’extrême droite. En juin 1972, un groupuscule néofasciste appelé "Ordre nouveau" décida d’entrer dans le jeu politique. C’est la naissance du Front National dont Jean-Marie Le Pen prendra la présidence en octobre de la même année. Le parti avait su intégrer la fine fleur de l’extrême droite française : des anciens de Vichy, d’anciens collabos, des vétérans de la Waffen SS, des anciens de l’OAS, des nazillons, des royalistes, des intégristes catholiques, de "simples" nationalistes, etc. Tous n’avaient pas une convergence de vue absolue. Mais ils étaient unis par une certaine idée, une nostalgie de la France qui serait en train de perdre son âme, son identité, ses racines et son indépendance. L’antisémitisme, le racisme et la xénophobie font partie de l'ADN du FN. Jean-Marie Le Pen a eu maintes occasions de nous le rappeler par ses expressions chocs. Certains membres du FN, encore aujourd’hui, ne cachent pas leur sympathie pour le nazisme (exclus du FN dans le cadre de la "dédiabolisation"). Le proche entourage actuel de Marine Le Pen au sein du parti n’échappe pas à cet héritage. Certains sont d’anciens membres du GUD (Groupe Union Défense), un syndicat étudiant néofasciste et violent admirateur de la Waffen SS et autres "sympathiques" références au nazisme.
 
D'Édouard Drumont à Jean-Marie Le Pen en passant par Pétain, du fantasme d’un complot juif mondial au négationnisme d’aujourd’hui, l’antisémitisme de l’extrême droite française est pavé de références qui se retrouvent toutes au sein du FN.
François Duprat en est un exemple. Cadre dirigeant du FN dans les années 1970, il était antisémite et négationniste. Il avait diffusé des ouvrages à la gloire du nazisme et des SS, ainsi que la traduction de diverses brochures telles que "Le Mensonge d'Auschwitz" ou "Six Millions de morts, le sont-ils réellement ?".
Il y a également l’ancien militant des jeunesses hitlériennes et combattant SS, Franz Schönhuber, qui a été un proche des Le Pen. Il avait "siégé à l’Assemblée européenne dans le même groupe que l’actuel président d’honneur du parti et a même écrit sa biographie." (2)
Sans oublier les diverses déclarations de Jean-Marie Le Pen ces 40 dernières années, qui illustrent cet héritage antisémite de l’extrême droite traditionnelle.
 
Ses dérives sont-elles révolues ? Absolument pas. Marine Le Pen a démissionné de la présidence du FN il y a quelques jours afin, dit-elle, de ne plus être la candidate d'un parti mais la candidate des français (sic). Qui l'a remplacée à la tête du FN ? Jean-François Jalkh. Révisionniste de la Shoah, il soutien des négationnistes notoires tels que Robert Faurisson, multi condamné pour "contestation de crimes contre l’humanité" (3). Il est dans le même révisionnisme que François Duprat et d'autres. Il est aussi un nostalgique de Pétain. En 1991 par exemple, il avait participé à la célébration du quarantième anniversaire de la mort du Maréchal (4). L'histoire du Front National n'est donc pas un passé révolu dont on retrouve uniquement la trace dans un livre posé sur une étagère poussiéreuse. Son histoire explique le FN d'aujourd'hui car il y a un lien, une continuité, entre les personnes qui le composent et les idées qu'il défend.
Enfin, le fonctionnement familial du FN dévoile un autre aspect de l'extrême droite : le culte du chef, si cher aux mouvements totalitaires. Le FN n'est pas un parti banal. C'est une entreprise familiale dynastique. A sa tête, on retrouve la famille Le Pen. Gravite ensuite à des postes clés les beaux-frères, nièce, belles-sœurs, gendres, etc. De la création du parti en 1972 à aujourd'hui, en 45 ans, seuls le père puis la fille Le Pen ont présidé le FN d'une main de fer. On ne peut voir cela ailleurs qu'en Corée du Nord, des dictatures africaines, ou quelques autres vestiges des totalitarismes du 20ème siècle. Le fonctionnement d'un parti en dit long sur sa vision du fonctionnement d'un État qu'il désire présider et gouverner…
 
A la lumière de son pédigrée, nous pouvons comprendre qu'il ait une forme d’allergie à la démocratie et à nos valeurs républicaines. Sa vision du monde et du fonctionnement de la société en est l’exact opposé. Ainsi, la démocratie et certains de nos principes comme la laïcité sont rejetés autant qu’instrumentalisés.
 
En 2015, Jean-Marie Le Pen avait eu l’occasion de donner son opinion sur la démocratie, tout en expliquant qu’il est contraint de faire avec : Je comprends tout à fait qu’on mette en cause la démocratie, qu’on la combatte. (…) Nous nous battons sur un terrain donné, qu’on ne choisit pas (5). Il est dans la logique historique et idéologique de son courant. La seule période de notre histoire où l’extrême droite obtint le pouvoir, ce fut en 1940. Philippe Pétain, une fois arrivé à la tête de l’État, supprima la démocratie pour la remplacer par un régime autoritaire. Le régime de Vichy, période émouvante et regrettée par un grand nombre de mouvements d’extrême droite aujourd'hui encore, a montré ce que pouvait donner une telle idéologie quand elle a le destin de la nation entre ses mains, même si les circonstances étaient particulières. Mussolini, chef du parti fasciste italien qui inspirera plus tard le Front National, n’a pas plus brillé par son amour de la démocratie.
 
Mais pour arriver au pouvoir, comme l'a déclaré Jean-Marie Le Pen, le FN n'a pas d'autre choix que de respecter un minimum les règles de cette démocratie et de la République, ce "terrain donné, qu’on ne choisit pas"... jusqu'à ce qu'il atteigne le pouvoir.
Sans remonter à Hitler, qui avait aussi accepté le jeu de la démocratie pour arriver au pouvoir pour mieux la supprimer ensuite, il n'y a qu'à voir la stratégie de Recep Tayyip Erdogan en Turquie, lui aussi d'extrême droite par son parti frériste de l'AKP. Comme Jean-Marie Le Pen, il a toujours considéré la démocratie comme un moyen pour arriver au pouvoir sans cacher son désir de la supprimer ensuite. Mais il l'exprime de façon plus poétique. Dans un discours en 1996, il considère que la démocratie n’est pas un but mais un moyen. Elle est comme un tramway duquel on descend une fois arrivé au terminus (6). C’est une image très parlante. Erdogan a gagné le pouvoir par les urnes. Depuis, petit à petit, il installe une dictature. Nous pouvons aussi voir ce que donne l'extrême droite au pouvoir dans des pays d'Europe de l'est, tout comme en Turquie mais avec des spécificités propres à chacun (étant membre de l’Union Européenne, ils ne peuvent pas faire totalement ce qu’ils veulent concernant les valeurs fondamentales de l’UE) : musellement d'une grande partie de la presse, suppression progressive des acquis pour les droits des femmes, répression plus ou moins soft de toute opposition, etc. Tous, sans exception, ont tenu les mêmes discours populistes que le Front National. Tous se déclarent démocrates, défendre la démocratie, et être capables de sauver leur pays de tous les malheurs du monde et de "l'immigration massive".
 
Alors, devons-nous croire le marketing populiste du FN ou observer son histoire, ses liens encore vivaces avec celle-ci, et la mise en pratique de ses méthodes par les extrêmes droites au pouvoir dans les autres pays ?
Le FN entretient d'ailleurs des relations plus ou moins étroites avec les autres partis de l'extrême droite européenne. Un des moments symboliques fut un soir de janvier 2012. Invitée en Autriche pour un bal viennois, Marine Le Pen s’était affichée avec le gratin de l’extrême droite politique européenne. Comble du cynisme, ce bal avait eu lieu le jour du 67ème anniversaire de la libération du camp de concentration d’Auschwitz, choisie comme date par l’ONU pour être la journée de la mémoire de l'Holocauste et de la prévention des crimes contre l'Humanité. Mais pour elle, cela ne fut qu’un hasard et nous étions tous dans le procès d’intention. Tout comme Marwan Muhammad (directeur du CCIF) qui explique qu'il lui arrive aussi d'intervenir dans des conférences où il n’y a pas d’intégristes, Marine Le Pen déclara pour se justifier qu’elle se rend également à des soirées où il n’y a pas de fachos. Ils ont raison, pourquoi regarder le verre à moitié vide ? Dis-moi qui sont tes partenaires, je te dirai qui tu es.
 
Mais pour connaitre le vrai visage du FN, il faut connaitre sa base militante. Ses discours sont assez éloignés du politiquement correct des cadres du parti. Je ne parle pas des électeurs lambda mais bien des militants. Cette base dévoile le vrai visage du FN, sa vision des musulmans et des étrangers. Les militants ont validé l'islam des Frères musulmans comme étant le véritable islam. Pour eux, l'UOIF et le CCIF, tout comme les salafistes, c'est l'islam. Les musulmans modérés seraient de faux musulmans qui n'assumeraient pas les écrits du coran et les hadiths. En cela, ils sont d'accord avec les islamistes. En s'appuyant alors sur l'intégrisme musulman, et en y ajoutant les amalgames avec les djihadistes facilité par l'attitude du CCIF et de l'UOIF, ils ont trouvé une cible parfaite. Et leurs propos sont bien moins mesurés que ceux des figures médiatiques du parti. Il y a la vitrine officielle du FN qui dissimule l'arrière-cour, ce qui se passe réellement dans la maison. Exactement comme les Frères musulmans…
L'un entretient l'autre. On est d'extrême droite ou on ne l'est pas.
 
Les valeurs sociétales du FN ne nous déçoivent pas non plus. Est-il si moderne qu'il le prétend ? Évidemment non. C'est l'extrême droite. Le FN est ultra-conservateur et rejette l'égalité des sexes, comme l'ensemble de l'extrême droite dont il est le chef de file. Cette extrême droite est représentée par des mouvements tels que les Lefebvristes (branche intégriste catholique qui n’est plus reconnue par l’Église), Civitas (association catholique intégriste) ou la Manif pour tous. Dès que l’occasion se présente, ces mouvements manifestent leur hostilité à la liberté d’expression, au droit à l’IVG ou bien au mariage pour tous. Ils sont ainsi contre l’égalité des sexes et l’égalité des droits, et pour un rôle traditionnel de la femme qui serait “complémentaire” à l’homme. La laïcité est vécue comme une persécution et la démocratie comme une anomalie à l’ordre voulu par Dieu. Tous ces mouvements se croisent. Certaines personnes militent dans plusieurs à la fois. Par exemple, si les Lefebvristes n’ont plus de tribune au Front national comme auparavant, ils peuvent se retrouver individuellement dans ses idées et y militer (7). Lefebvristes qui ont pour lieu de référence l'église Saint-Nicolas du Chardonnet à Paris, occupée illégalement depuis 1977 par ces intégristes catholiques non reconnus par le Vatican. Haut lieu du catholicisme d'extrême droite depuis cette époque, et très proche du Front National, on ne peut pas dire que cela respire l'amour de la laïcité, de l'égalité des sexes et des valeurs républicaines au sens large. Et qui a-t-on pu y croiser ? François Jalkh. C'est là qu'il avait participé à la célébration de l'anniversaire de la mort du Maréchal Pétain (8).
 
Le combat de l'extrême droite est aussi incarné par Civitas qui se retrouve pleinement dans la lutte de la Manif pour tous (9), et qui aujourd’hui a même créé son propre parti politique. La Manif pour tous a d'ailleurs rallié le FN pour le second tour de la présidentielle, tout comme Christine Boutin.
 
Marine Le Pen, qui n'hésite pas à citer Simone de Beauvoir, est donc loin d'être féministe. Pour une fois, le FN assume : Le féminisme ce sont ces mouvements extrémistes et outranciers des années 70 qui avaient leur raison d'être compte tenu du contexte de l'époque et du peu de droits des femmes, mais maintenant ces mouvements-là ne peuvent pas continuer à réclamer des choses déjà accordées (10).
La plupart des féministes ne s'y sont pas trompées. Le Collectif National pour les Droits des Femmes et la Coordination des Associations pour le Droit à l’Avortement et la Contraception ont par exemple appelé à "faire barrage à l’extrême droite" (11). Ces féministes déclarent, et je suis du même avis, qu'il est dans l’ADN du FN de considérer les femmes comme inférieures aux hommes. (…) L’extrême droite se pare aujourd’hui d’habits républicains mais elle porte en fait des "valeurs" anti démocratiques, anti sociales, sexistes, lesbophobes, homophobes, xénophobes, antisémites et racistes.
NOUS NE POUVONS LAISSER FAIRE.
 
Et pour cause. Marine Le Pen estime par exemple qu'il y a des femmes qui avortent par "confort". De plus, la majeure partie des militants FN sont pour la suppression du droit à l'IVG. Rien de tel avec Macron. Rien qu'au niveau européen, le Front National s'est opposé à toutes les propositions de lois allant vers plus de droits pour les femmes. En revanche, il milite au parlement européen pour la "liberté des femmes de ne pas travailler", de "s’occuper de leur foyer" et même de leur verser un salaire pour qu'elles restent à la maison (12), comme au bon vieux temps de la politique familiale du régime de Vichy. On peut y voir un mélange de l'influence des intégristes catholiques avec un machisme primaire identifiant nombre de militants FN.
 
Finalement, sa lutte pour les droits des femmes se résume à la lutte contre l'islamisme. Une lutte légitime mais un prétexte pour à la fois cacher son anti-féminisme basé sur une conception chrétienne du rôle de la femme, et en même temps se présenter comme défenseur de la laïcité afin de lutter contre l’ensemble des musulmans.
Car avec un tel pédigrée, comment peut-on croire que le Front National défend la laïcité ? Sa convergence de vue avec l'autre extrême droite, les islamistes, sur le rejet des valeurs républicaines et la place de la religion les amène à se retrouver sur la même longueur d’onde concernant des enjeux sociétaux tels que la laïcité qu'ils n'hésitent pas à instrumentaliser.
Le FN est historiquement anti-laïque. Ses nombreux membres issus de l’intégrisme catholique et ses positions en faveur de l’enseignement privé catholique en sont quelques exemples. Il n’est donc pas étonnant qu’il ait combattu très tôt le projet de la future loi de mars 2004 qui concerne l’ensemble des signes religieux à l’école, y compris les signes chrétiens. Dans sa lutte contre cette loi, le FN était en adéquation avec l’Église. Car une frange de cette dernière n’a jamais accepté la loi de séparation des Églises et de l’État de 1905. La société étant intellectuellement armée pour se dresser contre toute incursion directe des intégristes catholiques dans l’école, ils ne peuvent plus vraiment agir directement.
Le FN est là pour ça…
 
Mais depuis, le FN ne désire plus être un parti contestataire. Il veut prendre le pouvoir. Sachant que les français sont attachés à la laïcité, il a alors changé son fusil d'épaule et se présente comme défenseur de la laïcité. Exactement comme l'UOIF et le CCIF. Sa “croisade” actuelle pour la défense de la laïcité n’est que le moyen de réaffirmer les “racines chrétiennes de la France” en s’attaquant uniquement aux revendications religieuses des intégristes musulmans. Les revendications chrétiennes ? De simples manifestations culturelles d’après lui...
 
Le dernier élément flagrant de son anti-laïcité figure dans son projet présidentiel. L'engagement 95 dit vouloir "rétablir la laïcité partout, l’étendre à l’ensemble de l’espace public" (13). Florian Philipot, vice-Président du Front National, précise ce point ainsi : Nous allons étendre la loi de 2004 qui s'est appliquée à l'école (…) dans l'ensemble de l'espace public (14). Marine Le Pen l'a également répété à plusieurs reprises. Le FN est ainsi passé d'une forte opposition à cette loi il y a 13 ans à sa défense aujourd'hui, pour l'extrapoler, gage de sa défense de notre laïcité. Un moindre mal pour lui car il souhaite en même temps favoriser les écoles privées, donc catholiques, là où la loi de 2004 ne s'applique pas. Ensuite, parce que cette loi serait un moyen de se protéger de "l'islamisation" que nous subirions. Mais cette proposition est un contre-sens. La loi de 2004 est légitime et reflète pleinement la loi de 1905. En restreignant les libertés religieuses dans l'espace publique, telles que définies par la loi de 1905, par l'extension de la loi de 2004 en dehors de l'école, cette mesure serait justement l'inverse de tout ce que représente la laïcité. Mais le but est évidemment d'interdire le voile. Il faut effectivement lutter contre le voile et tout ce qu'il représente. Mais c'est moins un signe religieux qu'un uniforme, un outil sexiste et politique. L'interdire partout n'aurait donc rien à voir avec la laïcité. Enfin, nul doute que le FN inclura des exceptions à ces interdits, pour les crèches de Noël dans les mairies ou certaines manifestations chrétiennes par exemple. Le prétexte est tout trouvé : cela fait partie de notre patrimoine culturel.
 
Alors en invoquant la neutralité de l’école laïque tout en défendant une vision chrétienne et cléricale de la nation, le Front National est à l’opposé de l’idée républicaine, égalitaire et fraternelle de la laïcité (15). Ainsi, le FN dénonce avec force les écoles musulmanes intégristes et les revendications communautaristes musulmanes au nom de la laïcité, mais ferme les yeux ou cautionne les écoles catholiques intégristes et les manifestations catholiques portant atteinte à cette même laïcité. La proposition 95 de son programme n'est donc qu'un leurre.
 
Le FN est ainsi dans le rejet de la laïcité tout en l'instrumentalisant. Il déclare officiellement la défendre à la fois pour mieux lutter contre, mais aussi pour lutter contre l'ensemble des musulmans et imposer une "France de culture chrétienne". Il est vrai que la conception laïque d'Emmanuel Macron est floue et ambigüe à force de vouloir ménager la chèvre et le chou. Mais d'un autre côté, comme le FN n'est pas du tout laïque, il sera plus facile d'influer sur la politique de Macron en ce domaine que devoir se battre contre le FN et sa christianisation de la laïcité.
La barque du FN est bien chargée. Personne en France ne peut atteindre le sommet du pouvoir avec un tel passif qui est toujours aussi actif. Son héritage antisémite, raciste, xénophobe, totalitaire et ultra-conservateur est une épine dans le pied qui gêne l’accès du FN aux dernières marches de l’Élysée. Alors, comment Marine Le Pen a-t-elle pu séduire certains et relativiser la dangerosité de son parti auprès d'autres ? La réponse tient en un seul mot : "dédiabolisation".
 
Le père Le Pen n’avait jamais réellement souhaité atteindre le sommet du pouvoir. Il voulait être son premier opposant. Le FN était un parti contestataire, pas un parti de gouvernement. D’où une stratégie décomplexée d’attaques frontales tous azimuts contre les Juifs, les "Arabes", les immigrés qui voleraient le pain des Français, la laïcité, etc. Mais depuis que la fille Le Pen désire, elle, atteindre le sommet du pouvoir, la stratégie a changé. Le FN tente à présent de changer son image et se présente comme laïque, démocrate et défenseur des valeurs républicaines. Évidemment, il n’en est rien, comme nous l'avons vu sur la laïcité par exemple.
Dans sa stratégie de dédiabolisation, il a souhaité se débarrasser de ses éléments les plus radicaux dans leur expression (signes nazis, propos racistes et antisémites), tente de faire oublier son passé et ses pères fondateurs. Mais Il lui est difficile d'en arriver à bout tant les scandales surgissent régulièrement. Une dédiabolisation pas toujours aisée. Son passé et son héritage lui collent à la peau et débordent parfois sur la place publique. La preuve encore ces derniers jours. L'éphémère président par intérim antisémite et pétainiste Jean-François Jalkh vient d'être remplacé… Marion Maréchal Le Pen, par ses piqûres de rappel, est aussi là pour rappeler le FN à ses fondamentaux.
 
Le parti a également banni de ses éléments de langage des mots comme "race" ou "nationalisme" et a fait évoluer le profil de ses boucs-émissaires. Les ennemis désignés ne sont plus les Juifs (en tout cas, ils ne sont plus la priorité) ni les "arabes". Ce sont les "musulmans", dont l’islamisme sert de prétexte. En cela, les djihadistes tout comme l'islam politique de l'UOIF et du CCIF, ainsi que ses partenaires racistes du Parti des Indigènes de la République, sont les plus grands alliés et les meilleurs outils qui permettraient au FN de casser le plafond de verre qui empêche son accès au pouvoir. De la même façon que l’extrême droite traditionnelle est le meilleur alibi des intégristes musulmans, car cela leur permet d’exister et d’assimiler toute opposition à leur extrémisme comme étant raciste et fasciste. Ils sont les deux faces de la même pièce. L'un entretient l'autre. L'un a besoin de l'autre. C’est pour cela que si on souhaite le développement de l'intégrisme musulman, il suffira de mettre le bulletin Marine Le Pen dans l'urne. Le CCIF et consort jouiront alors comme jamais de leur argument d’une France au “racisme d’État”, au point d’atteindre l’orgasme et de recruter encore plus d’adeptes.
Parmi les éléments de langage que le FN répète sans cesse, il y a le "patriotisme". Comme si les autres partis et les citoyens qui ne le rejoindraient pas n’étaient pas patriotes. Pourtant, le FN est le nationalisme qui se cache derrière le patriotisme. Or, comme disait Romain Gary, le patriotisme est d'abord l'amour des siens, le nationalisme est d'abord la haine des autres. Le FN n'est donc pas l'amour de la France. C'est la nostalgie d'une certaine France mythifiée, conservatrice et réactionnaire, plus proche de Maurras et Pétain que de Voltaire ou Zola.
 
L’évolution du marketing visuel pour faire oublier ses racines historiques et idéologiques est également flagrante. Le FN, sous l’influence de Marine Le Pen, évolue progressivement vers l’abandon du nom du parti au profit de "Marine" : "Rassemblement bleu Marine", "Marine2017".
Certes, le FN n'est pas le nazisme. Mais une partie de sa base et de nombreux proches de Marine Le Pen au sein du parti sont des nostalgiques et admirateurs des Waffen SS. Les skinheads et le GUD n'ont pas non plus disparu des rangs du parti. De plus, si on ne peut totalement comparer le FN au nazisme, on peut plus facilement le comparer au fascisme italien de Benito Mussolini.
Le FN transpire le fascisme jusqu'à son logo, une flamme tricolore brulant sur un socle. Ce qui, en termes de communication pour la "dédiabolisation", pose problème. En effet, à sa création le Front National s’était fortement inspiré politiquement du MSI, le parti fasciste italien, dont il recevait même le soutien financier. Son acronyme signifie "Movimento Sociale Italiano". Mais pour les connaisseurs, il signifie également "Mussolini sempre immortal" (Mussolini toujours immortel). Son logo est une flamme tricolore (couleurs du drapeau italien) dont le socle représente la tombe de Mussolini éternellement renaissant. Le FN se sentait idéologiquement si proche du MSI qu’il avait repris exactement le même logo, en remplaçant seulement le tricolore italien par le tricolore français.
Héritage embarrassant pour un parti qui se dit aujourd’hui "républicain et démocrate". Comment être crédible dans cette affirmation quand son logo dévoile l'exact contraire ? Alors, tout comme le nom, il l’abandonne pour une nouveauté : une rose bleue. L’un des symboles de la gauche avec la couleur de la droite, pour marquer son "ni droite ni gauche" tout en étant de droite et de gauche. Avec le changement de discours, ces changements visuels font partie de la "dédiabolisation" recherchée. Faire oublier le passé, les profils des pères fondateurs du FN, la violence de ses militants, les propos racistes et antisémites du père. Bref, faire oublier ce qu’est ce parti : l’extrême droite. Ceci, afin d’atteindre le statut de respectabilité tant convoité.
 
On peut changer l'emballage, mais le produit nauséabond reste le même.
Alors pourquoi les électeurs frontistes qui accusent Macron d'être un banquier affairiste issu de la banque Rothschild et partisan d'une mondialisation sauvage, etc., n'ont pas la même façon de raisonner avec Le Pen ? Elle qui est la fille héritière de son père Jean-Marie, une bourgeoise ayant presque toujours vécu dans un petit château, et politiquement issue d'un parti à l’idéologie fasciste, raciste et xénophobe. Il faudrait utiliser la même façon de raisonner, le même cheminement de pensée, pour l'un comme l'autre, non ? Ainsi, admettons que les accusations soient justifiées pour l'un et l'autre. Personnellement, je préfèrerais lutter contre le capitalisme et libéralisme de Macron plutôt que de devoir lutter contre le retour des heures les plus sombres de notre histoire dont nous devrions tous avoir honte.
 
Oui, les gouvernements successifs sont responsables de la montée du FN. Oui, en 2002 Jacques Chirac n'a pas tiré la leçon d'avoir eu Jean-Marie Le Pen au second tour, ni tenu compte de cette grande partie des plus de 80% d'électeurs qui avait voté pour lui par responsabilité républicaine et non par adhésion à son programme. Oui, François Hollande a commis de nombreuses erreurs. Oui, Nicolas Sarkozy a flirté avec le FN plutôt que de combattre ses idées. Oui, tous ont été incapables de réduire les inégalités qui font le lit des extrêmes droites. Ils sont tous responsables de la situation. Mais est-ce une raison pour voter FN ou s'abstenir (ce qui revient presque à la même chose), faire payer la France entière pour cela et la rendre encore plus malade qu'elle ne l'est aujourd'hui ? Il est vain de voir dans le FN un remède à nos maux alors qu'il en est un des germes.
 
Si les électeurs du FN sont capables de déceler le double discours des représentants des Frères musulmans en France que sont Tariq Ramadan, l'UOIF et le CCIF, pourquoi ne sont-ils pas capables de faire la même chose avec le FN ? Quand une partie de la gauche mesure le danger du FN et des intégristes catholiques, elle est dans le relativisme le plus total face à l'intégrisme musulman. Elle fait preuve d'une naïveté et d'un aveuglement qu'elle n'a pas avec l'extrême droite traditionnelle. De l'autre côté, les citoyens qui votent Le Pen tout en mesurant le danger que représente l’islamisme politique font, eux, preuve de la même naïveté, du même relativisme et de la même complaisance vis-à-vis du FN. Ainsi, se déclarer laïque, pour l'égalité des sexes et partisan des valeurs républicaines tout en votant pour le FN, relève de la même forfaiture que de se prétendre de ces mêmes valeurs et soutenir ou relativiser les islamistes. Alors comment peut-on dénoncer la complaisance et le soutien d'une partie de la gauche envers l'extrême droite islamiste quand on est prêt à faire preuve de la même complaisance (abstention) et du même soutien (vote) avec le FN ? Comment se prétendre républicain et laïque quand on est prêt à voter FN ou s'abstenir et prendre le risque de la voir élire à la présidence ?
 
On ne peut pas accuser les uns d'être "islamo-gauchistes" tout en ayant la même attitude avec l'autre extrême droite.
N'oublions pas non plus les attentats. Ces actes barbares porteraient donc leur fruit ? Tous ces attentats n'ont qu'un seul but : fracturer la société française et porter l'extrême droite au pouvoir afin de créer le ferment nécessaire à une guerre civile. Faire le jeu du FN c'est réaliser le rêve de DAESH, remplir les objectifs de ses attentats. Voter pour le FN ou s'abstenir serait une insulte à la mémoire de nos morts.
Il y a toutefois une forme de cohérence dans toutes ces confusions. Il semble que les futurs abstentionnistes et votes blanc qui refusent de faire barrage au FN, car pour eux Macron ou Le Pen c'est pareil, soient en grande partie issus de cette gauche pro-islamiste. Quitte à relativiser les extrêmes droites, autant le faire jusqu'au bout. Eux qui prétendent lutter contre le FN à longueur d'année et qui, le jour où il est aux portes du pouvoir, désertent et vont se cacher en laissant les autres se débrouiller et faire le boulot à leur place.
Ces personnes qui iront voter blanc ou s'abstiendront, ainsi qu'une partie de ceux qui voteront pour le FN, avancent comme argument le "risque calculé". Si Marine Le Pen devenait présidente, elle ne pourrait pas gouverner car il y aurait forcément une cohabitation et, d'un autre côté, le peuple l'empêchera de faire tout ce qu'elle veut. C'est en partie vrai, mais en partie seulement. Sans parler de l'autoritarisme dont elle pourra faire preuve avec tous les risques d'affrontements physiques que cela peut engendrer, il y a des prérogatives qui relèvent uniquement de la présidence telles que la politique étrangère. Sommes-nous prêt à laisser notre politique étrangère et l'armée entre les mains de l'extrême droite ? Sans parler de l'image de notre pays à l'étranger. Le pays des Droits de l'Homme qui aurait trahi ses valeurs et son histoire par son choix de l'extrême droite... Enfin, que laisserions-nous comme héritage historique à nos enfants ? Si Le Pen est élue présidente, cela sera une tache indélébile sur notre pays. Un épisode de notre histoire qui sera enseigné dans les écoles aux prochaines générations. Comment justifierons-nous cette honte d'avoir porté l'extrême droite à la tête de l’État en s'étant abstenu ou en ayant voté pour elle ?
 
J'aime mon pays. J'aime mon drapeau. J'aime notre histoire que je prends toute entière, y compris ses côtés les plus sombres qui doivent nous servir de leçon. Je suis un français patriote et fier de l'être. Je suis un enfant de la République. C'est pour cela que je fais tout ce que je peux, à mon niveau, pour lutter contre les deux extrêmes droites que sont le FN et les islamistes tout au long de l'année. Mais aujourd’hui, ce ne sont pas les islamistes qui risquent de présider et gouverner la France le 7 mai 2017. C’est le Front National. C'est pour cela que je me bats aujourd'hui contre son arrivée au pouvoir. Et vous, que faites-vous ?
 
(1) Marion Maréchal Le Pen : La France est une terre aux racines chrétiennes, de droit romain : https://www.youtube.com/watch?v=QwKwgUp8t3k
(4) (Ibid)
(6) Erdogan, l'ivresse du pouvoir, documentaire de Gilles Cayatte et Guillaume Perrier, ARTE GEIE et Alegria Productions, 2016.
(10) Marine Le Pen, «féministe» ? Une escroquerie ! : http://www.slate.fr/story/142985/marine-le-pen-femmes
(11) Faire barrage à l’extrême droite, Communiqué de presse du Collectif National pour les Droits des Femmes et la Coordination des Associations pour le Droit à l’Avortement et la Contraception : http://collectifdroitsdesfemmes.org/spip.php?article474
(12) Intervention en commission de l’emploi et des affaires sociales de Dominique Martin sur l’égalité de traitement et des chances entre hommes et femmes dans le travail (24 mars 2015) : https://www.youtube.com/watch?v=TGVN8FOkb_E
(13) 144 engagements présidentiels, Marine 2017 (engagement 95) : https://www.marine2017.fr/wp-content/uploads/2017/02/projet-presidentiel-marine-le-pen.pdf
(15) Caroline Fourest, Génie de la laïcité, Grasset, Paris, 2016, p. 260.

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