Le CCIF et l'homophobie : un faux silence, une vraie caution (2ème partie)

Le CCIF et l'homophobie : un faux silence, une vraie caution (2ème partie)

Le CCIF et l'homophobie : un faux silence, une vraie caution
(source CCIF et leparisien.fr)


(Lien vers la 1ère partie en fin de celle-ci)

 
       Par sa stratégie politique victimaire et d'inversion des rôles, le CCIF se présente comme "une association de défense des droits de l’homme" (sic). Cet affichage pour la vitrine tente de masquer la réalité de son arrière-cour islamiste. Pour ne pas être mis en porte à faux entre ses convictions réelles et son affichage officiel, le CCIF prend bien garde de ne jamais se prononcer sur certains sujets. L'homosexualité est l'un d'entre eux. Sa vitrine revendiquant la défense des droits humains en général et des musulmans en particulier, il aurait été logique qu'il lutte activement contre l'homophobie puisque cela concerne aussi les musulmans. Lors des débats sur le mariage pour tous, il aurait pu se prononcer pour l'égalité quelle que soit son orientation sexuelle. D'abord parce qu'être contre signifie le désir de discriminer des êtres humains en raison de ce qu'ils sont. Ce qui est du racisme. Les homosexuels musulmans doivent avoir la possibilité de se marier, que leur amour soit reconnu officiellement, comme les couples musulmans hétérosexuels, pour "éviter les injustices" (expression chère au CCIF lorsqu'il s'agit de défendre l'intégrisme).  Ensuite, autoriser l'accès au mariage aux homosexuels assurerait une forme de protection pour les musulmans gays. Si des musulmans, y compris leur famille, les discriminent (parfois violemment), l'État reconnaîtrait leur union et leur accorderait des droits les protégeant mieux.
Alors où sont ses projets de lutte contre l'homophobie entre musulmans ? Quels sont les dossiers traités par le CCIF pour la défense d'homosexuels musulmans ? Où sont ses "statistiques" à ce sujet ? A-t-il déjà manifesté son soutien pour les homosexuels musulmans ? A-t-il ne serait-ce qu'évoqué ce sujet ? Jamais. Comme si les homosexuels musulmans n'existaient pas. Or, l'homophobie est très répandue chez les citoyens de confession musulmane, surtout bien sûr chez les intégristes dont le CCIF fait partie. Passer son temps à dénoncer un "racisme d'État" chimérique n'efface pas les discriminations institutionnalisées intracommunautaires, bien réelles.
 
Si, pour préserver sa vitrine, le CCIF ne se prononce pas directement sur cette question, il laisse les soutiens de sa famille idéologique s'exprimer pour lui. Nabil Ennasri, islamiste homophobe (je sais, c'est un pléonasme) et fervent soutien du CCIF qui en est fier (cf. 1ère partie), est loin d'être le seul.
 
Tariq Ramadan est réputé pour son double discours, parfois difficile à relever quand on n'est pas au fait de sa rhétorique, même si on sent déjà une gêne sans savoir d'où cela vient exactement. Il a perfectionné à l'extrême la rhétorique des Frères Musulmans. Il est devenu un exemple à suivre.
Son double discours se situe à deux niveaux. Le premier et le plus simple à déceler est son adaptation à son auditoire. Il y a ce qu'il dit pour la vitrine, à destination des médias et du grand public, et ce qu'il dit sincèrement dans l'arrière-cour face à ses fidèles. Il peut ainsi sembler ouvert et moderne d'un côté, et montrer son ultra-conservatisme et son intégrisme de l'autre. Le deuxième niveau se situe dans ses propos où le double langage peut-être présent dans un même discours, voire dans une même phrase.
La question de l'homosexualité n'échappe pas à cela. Sur ce sujet, il commence toujours par se réfugier derrière les textes sacrés des autres religions qui sont effectivement homophobes, pour arriver à la conclusion que, l'islam s'inscrivant naturellement dans cette continuité, il n'exprime pas son opinion mais ne fait que rappeler la position des religions. En résumé, il ne serait pas homophobe, il ne fait que citer les textes. Comme les textes sont la parole de Dieu, alors l'homosexualité est contre-nature.
Pour lui, l'orientation sexuelle ne relève pas de l'Être, comme la couleur de peau par exemple. Elle relève d'un choix pervers. Il réduit donc la question à son acceptation ou non. Son "acceptation" relèverait d'une injonction de l'Occident pour l'intégration du musulman, une injonction aux "relents coloniaux voire xénophobes". Il faudrait refuser cette acceptation de l'homosexualité pour préserver son islamité. Houria Bouteldja, figure emblématique des Indigènes de la République et autre soutien du CCIF, est exactement sur la même ligne.

Pour montrer sa tolérance, Tariq Ramadan use d'un de ses artifices habituels. Il dit être particulièrement critiqué par certains groupes musulmans sur cette question. L’homosexualité est interdite en islam mais nous devons éviter la condamnation et le rejet des personnes. Comme à son habitude, il se compare à des islamistes qui veulent tuer les gays pour passer pour un modéré, plutôt que de se comparer à des modernistes face auxquels il passerait pour un extrémiste. Il poursuit : Ainsi, on peut être en désaccord avec le comportement d’une personne (sur le plan public ou privé) mais respecter la personne en  tant qu’être. C’est ce que j’ai toujours affirmé en allant même plus loin : une personne qui prononce l’attestation de foi islamique devient musulmane et si, par ailleurs, elle pratique l’homosexualité, il n’appartient à personne de la sortir de l’islam. Un comportement considéré comme répréhensible par les  règles morales ne suffit pas à excommunier un individu.
Pour lui, l'homosexualité est une simple "pratique", "un comportement" sur lequel on peut être en "désaccord" et considéré comme "répréhensible par les règles morales". Un homosexuel est un pêché à lui tout seul, baignant dans l'immoralité. Il serait dans l'erreur par son "choix", mais il ne faut pas rejeter l'individu. Dans son raisonnement, "l'acceptation" de l'homosexualité serait en faire la "promotion". Nous sommes ici dans l'homophobie basique teintée d'une pseudo tolérance.
Incapable de dépasser la littéralité du coran et tout imprégnée de l'intégrisme des Frères Musulmans, cette posture "d'ouverture" est le maximum qu'il puisse faire pour la vitrine. Nous la retrouvons sur son site internet (1) et il tient les mêmes propos sur les plateaux de télévision, comme lors d'une émission face à un musulman homosexuel (2).
 
Le fond de sa pensée perce un peu plus dans l'un de ses ouvrages où il écrit que l'homosexualité est un "comportement [qui] révèle une perturbation, un dysfonctionnement, un déséquilibre" (3). Face à cela, il déclare, dans une conférence devant ses fidèles, regretter que l'homosexualité soit devenue un "comportement normal" en Occident. Il regrette également qu'il soit impossible d'envoyer tous les enfants musulmans dans des écoles musulmanes pour les protéger car en tant que musulmans "on ne peut pas normaliser" l'homosexualité. Il estime que la lutte contre l'homosexualité n'est qu'une question d'éducation, qu'il faut être "armé, intellectuellement et psychologiquement". Sans cette éducation, l'enfant "cultive le mal". D'après lui, plus il y a de religiosité moins les enfants seront "exposés à ça" (4).
 
Mais Tariq Ramadan sait faire preuve d'une certaine "compréhension" : Il ne s’agit pas de culpabiliser, mais d’accompagner, d’orienter, réformer pour accéder à l’équilibre de la spiritualité (5). La spiritualité d'un(e) musulman(e) gay serait, d'après lui, moins équilibrée que celle des autres musulmans. Pour retrouver l'équilibre, il suffirait de réorienter le "déséquilibré". En plus d'être homophobe, nous sommes en plein discours "islamophobe" selon la définition du CCIF. Nous avons les mêmes discours avec les intégristes chrétiens dirigés contre les chrétiens homosexuels. La différence est que ces intégristes ne sont soutenus par personne à gauche et par aucun militant LGBT…

Le CCIF n'a jamais apporté le moindre bémol aux propos de Tariq Ramadan, quels que soient les sujets, notamment sur l'homosexualité. C'est même le contraire. Il a toujours soutenu le prédicateur islamiste et inversement. T. Ramadan fut notamment l'un des intervenants phares d'un colloque du CCIF sur "l'islamophobie" en novembre 2012. Il exprime même son soutien au collectif dans une vidéo du CCIF.

 
Il a également été  l'invité vedette récurrent de ses "dîners de soutien" annuels. En 2015, il fut physiquement absent mais fortement présent par une vidéo et la mise aux enchères d'un dîner avec lui, animé par un fan des Frères Musulmans : Yassine Bellatar.
 
Les liens entre le CCIF et Tariq Ramadan sont encore plus forts. Marwan Muhammad, qui fut porte-parole puis directeur du collectif, a été officiellement adoubé par le prédicateur comme étant son héritier idéologique.
 
Tariq Ramadan reconnait Marwan Muhammad parmi ses héritiers idéologiques
Hani Ramadan, frère de Tariq, n'est évidemment pas en reste. Comme toujours, il exprime la même chose que son frère mais de façon moins subtile : N’observons-nous pas aujourd’hui encore en effet, que dans nos sociétés modernes, malgré le progrès des sciences et le confort matériel, nous sommes envahis par toutes sortes de maux qui traduisent une dérive constante vers l’adoration du Taghut (terme qui désigne tout ce qui dépasse les limites de la religion) sous tous ses aspects ? Ne serait-ce qu’au niveau d’une sexualité débridée qui s’exprime dans les relations hors mariage, dans la prostitution, l’homosexualité, le harcèlement, le viol, la pédophilie, l’inceste ? (6). Nous retrouvons là encore la comparaison avec la pédophilie et l'inceste, avec en bonus une comparaison avec l'adultère, le harcèlement, la prostitution et le viol. Tout ceci serait causé par une "sexualité débridée". L'homophobie dans toute sa splendeur. Hani Ramadan fut l'un des invités du CCIF pour son "dîner de gala" de 2012. Le prédicateur soutient également le collectif dans une vidéo. Une demande du CCIF qui n'a jamais apporté le moindre bémol non plus aux positions de ce Frère Musulman.
 
 
Hassan Iquioussen est une des "stars" des Frères Musulmans français. Prédicateur cadre de l'UOIF, ses conférences et prêches en vidéo se comptent par dizaines. Il s'était rendu célèbre en 2003 par une conférence antisémite particulièrement violente (7). Son sexisme atteint les mêmes sommets. Serait-il plus ouvert avec l'homosexualité ? : Il est évident qu'en tant que musulman, je condamne l'homosexualité parce que nous la considérons comme un pêché (…) comme je condamne le vol et le viol. (…) Chez nous l'homosexualité n'est pas la bienvenue (8).
Pour certains, l'homosexualité est une maladie, pour certains c'est une faiblesse, pour certains c'est une perversion, pour certains c'est satanique. Mais celui qui te dit "c'est plus fort que moi", je ne le condamne pas (9).
Il est dans la lignée de Tariq Ramadan. Il est homophobe tout en expliquant qu'il ne condamne pas les homosexuels…
 
Comme l'ensemble des islamistes, CCIF inclus, Hassan Iquioussen ne se définit pas comme un intégriste mais comme un simple musulman. Les musulmans modérés seraient des "traîtres" qui ont abandonné leur religion. Il procède alors à la classification habituelle des intégristes, en précisant sa pensée : Il y a les musulmans "civilisés", "modernes", "modérés", "intégrés", "assimilés", athées, homosexuels et pourquoi pas pédophiles. Et puis vous avez les musulmans soucieux d'être fidèles à leur éthique religieuse, à leur spiritualité, mais soucieux de vivre dans leur pays la France, dans le respect des lois. Et bien entendu, ce type de musulmans est dans le collimateur.
 
 
Il cite l'homosexualité, toujours associée à la pédophilie, pour montrer à quel point l'athéisme serait horrible. Cet ensemble "d'horreur" est adjoint aux musulmans "modernes, modérés, intégrés, assimilés" qui ont accepté ces "monstruosités" au détriment de "l'éthique" musulmane. Nous retrouvons encore cette notion d'éthique, arlésienne chez les islamistes. L'homophobie en a toujours fait partie. Il met ainsi en balance les intégristes qui, eux, seraient soucieux d'être de vrais musulmans. C'est cette piété qui serait persécutée en France. Nous sommes au cœur de la stratégie victimaire des islamistes. Leur radicalité, leur totalitarisme, leur sexisme et leur homophobie doivent être respectés au nom de la liberté religieuse. Le contraire serait de… "l'islamophobie". C'est exactement le même discours que le CCIF.
 
Le discours de ce prédicateur extrémiste n'est pas un hasard. Il a été prononcé en soutien au CCIF dans une vidéo intitulée "Comprendre l'islamophobie et la combattre"… (10) Durant plus de 14 minutes, il reprend tous les propos victimaires du CCIF pour en faire un long éloge et montrer son soutien au collectif.
 
 
Le CCIF, là encore, a participé à plusieurs conférences à ses côtés, en l'invitant aussi parfois, accepte ce soutien et n'a jamais condamné ni même pris ses distances avec l'homophobie de ce prêcheur frériste.
 
Voici un dernier exemple, pour le "plaisir". Le prédicateur salafiste Hassan Bounamcha s'est rendu célèbre dans les milieux islamistes pour ses prises de paroles radicales.  Il exprime son "amour" pour les homosexuels ainsi : Vous avez vu le séisme qu’il y a eu dans les années 80 à San Francisco ? C’est la ville dans les années 80, si ma mémoire est bonne, qui représentait 3 millions de gays. 3 millions de gays, d’homosexuels ! 3 millions, c’est un tiers de la Tunisie ! Allah a envoyé un châtiment spécial : tremblement de terre, en quelques secondes des milliers de morts (11).
 
 
Il se fond si bien dans la vision de l’islam version CCIF que ce salafiste soutient lui aussi officiellement l’association. Un soutien que le CCIF est fier d’avoir filmé et affiché sur sa page Youtube, comme pour les autres. Certainement sa manière de "défendre les droits de l’Homme" (il semble que les homosexuels n’entrent pas dans la catégorie "Homme" du CCIF).
 
 
Toutes les personnes citées dans cet article ont plusieurs points communs. Elles défendent le terme "islamophobie" dans leur désir de criminaliser et culpabiliser toute critique de l'islamisme et de l'islam en général. Elles sont toutes homophobes. Elles soutiennent toutes le CCIF qui le leur rend bien. Leur lutte contre "l'islamophobie" s'accompagne de la promotion de l'homophobie.
 
Certes, on ne choisit pas toujours ses soutiens, mais on choisit qui on remercie et quels soutiens on met en avant. De plus, vu le nombre d'homophobes, on a les soutiens qu'on mérite.
 
Toutes ces déclarations et prises de positions, au-delà d'être homophobes, sont aussi "'islamophobes" selon les critères du CCIF qui définit "l'islamophobie" ainsi : "l’ensemble des actes de discrimination ou de violence contre des institutions ou des individus en raison de leur appartenance, réelle ou supposée, à l’islam". La réalité de ce terme n'est pas celle-là. Mais si nous allions dans ce sens, les musulmans homosexuels qui sont victimes de discrimination en raison de leur orientation sexuelle le sont aussi en raison de leur religion par d'autres musulmans, dont ces soutiens du CCIF. Ce qui démontre, pour un collectif "de défense des droits de l’homme" (sic), que la vitrine de la branche juridique des Frères Musulmans en France n'est là que pour cacher une arrière-cour où il pourrait festoyer avec la crème des intégristes de toutes les autres religions.
 
Le CCIF accepte ainsi de faire conférence commune avec des homophobes. Il accepte leur soutien, les assume et les affiche. Mais il n'a jamais participé à des conférences de la lutte LGBT pour exposer "l'islamophobie" et l'homophobie dont sont victimes les musulmans gays. Il n'a jamais soutenu les quelques rares musulmans qui ont eu le courage de faire leur coming out, bannis par leur entourage car considérés comme traîtres à l'islam de la pire des façons qui soit aux yeux de leurs proches.
Le CCIF est ainsi à l'opposé des associations antiracistes dont il tente d'être un équivalent. Est-il déjà arrivé que la LICRA ou SOS Racisme fassent meeting commun avec des homophobes ? Les associations antiracistes ont-elles déjà été soutenues par des homophobes tenant ce type de discours ?
 
Le CCIF n'a jamais condamné tous ces propos et ne s'en est jamais démarqué. Au contraire, à travers les soutiens qu'il met en avant, il les revendique. En effet, les vidéos de ces homophobes ne sont pas spontanées. Ce ne sont pas des déclarations à la volée et ne figurent pas sur les pages personnelles de ces personnes. Ces soutiens ont été préparés, filmés et montés par le CCIF pour leur donner un aspect officiel. Ce collectif est allé les chercher. Certes, il ne l'a pas fait pour leur homophobie spécifiquement, mais pour l'ensemble de leur "œuvre" dont l'homophobie (tout comme le sexisme) fait partie.
 
Des people, personnalités de la télévision, de la chanson et du cinéma ont aussi été approchées par le CCIF dans le cadre de ses campagnes de soutien. Mais les raisons sont différentes. Les Frères Musulmans ont des discours pour la vitrine destinée à séduire le grand public et une arrière-cour pour séduire et convertir les fidèles à sa radicalité. Pour se rendre acceptable, donner l'image d'un collectif luttant contre les discriminations, se mettre au niveau de la Ligue des Droits de l'Homme ou autres associations de ce genre, le CCIF demande à des personnalités rassurantes de le soutenir. Une caution indispensable amenée par des personnalités qui, elles, dénoncent sincèrement l'homophobie comme toutes les discriminations. Elles sont d'ailleurs, malgré elles, la caution pour la mise au même niveau entre homophobie et "islamophobie" afin de faire de cette dernière une discrimination qu'il faudrait aussi combattre.
Ces soutiens permettent également au CCIF de se targuer de ne pas uniquement être soutenu par des intégristes religieux. Dans son impossibilité d'être soutenu par des religieux modérés, le CCIF masque cette lacune par les soutiens des peoples. Aucun islamologue, imam ou intellectuel musulman modéré n'a été filmé pour soutenir le CCIF. Et pour cause, ils sont adversaires.
 
Les soutiens vidéo des islamistes ont donc une autre fonction. Moins médiatisés que les vidéos des peoples destinées au grand public, les soutiens islamistes visent plus spécifiquement les fidèles, les militants, "les musulmans" qu'on souhaite toucher. Il n'est pas question de défendre les musulmans dans leur ensemble mais de devenir le défenseur référent de l'intégrisme pour la "salafisation" des musulmans et son acceptation par la société.
 
Là est sa volonté de démontrer son idéologie, son adhésion à ce courant extrémiste de l'islam, dont l'homophobie est logiquement une évidence. Le CCIF s'identifie à cet islam-là. Toute sa lutte depuis sa création est de le défendre. Toute sa stratégie est de louvoyer pour que cela ne se voie pas.
 
A ce jour, aucun journaliste ni vrai contradicteur (que le CCIF prend bien soin d'éviter) n'a eu l'idée de lui poser une question sur un sujet concret en insistant jusqu'à obtenir une réponse précise… sauf une fois. En octobre 2016, un débat avait été organisé par Science Po Paris entre Marwan Muhammad, à l'époque directeur du CCIF, et Jean-François Copé (12). Ce dernier demanda au directeur du CCIF s'il condamnait la polygamie, ne lâchant rien jusqu'à enfin obtenir une réponse. Évidemment, en bon islamiste, Marwan Muhammad refusa de la condamner. Mais il va encore plus loin en comparant la polygamie à la liberté sexuelle : On vit dans une société où les gens choisissent d’avoir un, deux ou trois partenaires sexuels, ça n’est pas la question du CCIF. Dans ses propos, avoir plusieurs partenaires sexuels n’est évidemment pas un compliment. Il semble réduire la polygamie à des partenaires sexuelles multiples ou à une simple partouze religieusement légalisée pour mieux la relativiser. Mieux encore, il se met spontanément à parler d’homosexualité pour faire un parallèle avec la polygamie : Je ne condamne pas les choix personnels des uns et des autres d’être homosexuel ou d’être polygame ou de se marier à deux ou à trois, ça ne m’intéresse pas. Le fait d’avoir plusieurs partenaires sexuels, ça n’est pas mon sujet.
 
 
L’homosexualité serait un "choix personnel" qu’il compare à son amalgame persistant entre polygamie et liberté sexuelle. Il est exactement sur la même ligne que la totalité des soutiens islamistes du CCIF cités dans cet article.
 
Dans son extrémisme religieux, comment pourrait-il être contre la polygamie et pour l'acceptation de l'homosexualité ? Ce serait pour lui un blasphème, un pêché, un défi lancé à Dieu. Cette confusion teintée d’homophobie qui confond homosexualité, polygamie (qu'il relativise) et liberté sexuelle, résume assez bien la pensée islamiste dans son ensemble.
Marwan Muhammad s’exprimait publiquement et engageait le CCIF. Il s'était donc retrouvé coincé entre la dissimulation de sa véritable pensée pour des raisons stratégiques, et sa crédibilité religieuse face à ses fidèles présents en nombre dans la salle et à regarder cette vidéo sur internet. Ce jour-là, son interlocuteur força suffisamment la vitrine pour nous laisser apercevoir une partie de l'arrière-cour.
 
Tous les intégristes religieux de toutes les religions tiennent ce type de propos. Les religions sont homophobes par essence puisqu'elles sont le reflet des époques où elles ont été créées. Il n'y a pas besoin d'être croyant, d'avoir un livre sacré, pour être homophobe. Mais il est plus facile de lutter contre l'homophobie face aux non-croyants que face à des intégristes religieux qui ont gravé pour l'éternité cette discrimination dans le marbre. D'un côté ce n'est qu'un athée qui parle. De l'autre c'est la parole de Dieu. Qui oserait la remettre en cause quand on est croyant et sensible aux interprétations littéralistes des extrémistes ?
 
Si le CCIF se présentait comme une association religieuse qui défend l'islam des Frères Musulmans contre les valeurs démocratiques et républicaines, ce serait plus honnête mais moins avantageux. En inversant les rôles pour se présenter comme une "association de défense des droits de l'homme", le collectif a tout à gagner. Cet anesthésiant victimaire fonctionne bien. Concernant l'homophobie par exemple, le CCIF est soutenu par des militants de la cause LGBT. Un soutien idéologiquement contre nature mais qui marque l'efficacité du choix stratégique des Frères Musulmans à travers le concept "d'islamophobie". Critiquer cette homophobie serait ainsi de "l'islamophobie" à leurs yeux. Cette incohérence ne pose aucun problème aux soutiens "antiracistes" du collectif. Ainsi, la lutte contre l'homophobie passe également par la lutte contre le terme "islamophobie" car les musulmans gays méritent d'être défendus tout autant que les autres.
 
Les "antiracistes" qui soutiennent le CCIF participent à la promotion de l'homophobie en faisant de cette discrimination une "opinion" acceptable puisque exprimée par les éternelles victimes que seraient les (intégristes) musulmans. Alors on ferme les yeux. On préfère détourner le regard pour promouvoir le délit de blasphème en imaginant que c'est comme cela qu'on lutte contre les discriminations. A ce jeu-là, les homosexuels ne sont pas les seuls perdants. En ayant laissé les islamistes pénétrer les mouvements antiracistes, c'est l'ensemble des luttes contre les discriminations qui en pâtissent.
 
Le faux silence du CCIF sur l'homophobie, en laissant parler ses soutiens à sa place, est sa caution à cette discrimination. Les islamistes soutiennent le CCIF car il leur permet, à travers sa vitrine de "défense des droits de l'homme", de rendre leur homophobie acceptable. Par cette mauvaise image qu'il renvoie de l'islam, par son désir de cliver la société à travers son "vivre (dans son) ensemble", le CCIF est l'allié objectif, l'autre face, de l'extrême droite traditionnelle. Cette dernière s'appuie sur l'intégrisme du CCIF et consorts pour attaquer l'ensemble des musulmans. Lutter contre le CCIF et ses alliés permet de lutter contre les discriminations envers les musulmans en général, et les musulmans homosexuels en particulier.
Mieux encore, les intégristes chrétiens et homophobes en tout genre se frottent les mains. Tout comme la question du sexisme au nom du religieux, les intégristes musulmans réussissent mieux à propager leur homophobie que les premiers. Si on accepte et on banalise cette homophobie des islamistes, pourquoi ne l'accepterions-nous pas des autres ? Couper l'herbe sous les pieds des islamistes permet aussi de lutter contre l'intégrisme des autres religions qui sont en embuscade.
 

C'est pour l'ensemble de ces raisons qu'il faut reconnaître le CCIF pour ce qu'il est : un mouvement politico-religieux d'extrême droite, non une association de défense des droits humains. Il faut faire l'effort d'investir son arrière-cour plutôt que de rester sur le trottoir à "admirer" sa vitrine qui fait de moins en moins illusion. Les musulmans homosexuels s'en porteront mieux, les musulmans en général et l'ensemble de la société aussi.

 
 
 
 
 
 
(3) Tariq Ramadan, Peut-on vivre avec l’islam ?, Tariq Ramadan en entretien avec Jacques Neirynck, Lausanne, Favre, 2004.
 
 
(5) Tariq Ramadan, Peut-on vivre avec l’islam ?, Tariq Ramadan en entretien avec Jacques Neirynck, Lausanne, Favre, 2004.
 
(6) Hani Ramadan, Aspects du monothéisme musulman, Tawhid, Lyon, 1998.
 
 
 
 
 
 

(12) Le Grand Oral : Jean-François Copé face à Marwan Muhammad

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