Le mariage, l'autre bataille des religieux pour le contrôle des femmes

Le mariage, l'autre bataille des religieux pour le contrôle des femmes

       Conscient du danger que représente la religion en politique pour les droits des femmes, le féminisme universaliste est un fervent défenseur du principe de laïcité, une des pierres angulaires qui garantit les libertés individuelles quand les religions privilégient les contraintes de la communauté. Les choix individuels n'ont pas leur place lorsque la religion est omniprésente dans la sphère publique. Seules les attitudes définies par la communauté religieuse dont on est issu font loi. Au-delà des sujets faisant les unes de la presse en ces domaines, l'un d'entre eux est plus discret mais touche le destin de plusieurs centaines de milliers de personnes, dont des français(e)s, où encore une fois la femme reste l'enjeu central : le mariage en islam.
 
La quasi-totalité des pays musulmans ont les mêmes lois sur le mariage. On en retrouve aussi les principes dans une bonne part de la communauté musulmane à travers le monde, y compris en France. Ces législations sont en grande partie basées sur la Charia. Ce qui amène à des dispositifs anachroniques et particulièrement choquants. Si les hommes musulmans peuvent se marier avec qui ils le souhaitent (et encore, il faut que ce soit une femme d’une des "religions du Livre"), ce n’est pas le cas des musulmanes. Dans les pays musulmans, les citoyennes n’ont pas le droit de se marier avec l’homme de leur choix. C'est l'État qui décide pour elles : les femmes ont l'obligation de se marier avec un musulman. Pourtant, rien dans le Coran ni la Sunna n’indique une telle discrimination envers les femmes. Les hommes et les femmes ont le même cadre, à savoir se marier avec un homme ou une femme des religions du Livre (musulman, chrétien ou juif). C’est par la suite que des théologiens ont ajouté une discrimination supplémentaire dans le fiqh (jurisprudence islamique) : le sexisme. Youssef Al-Qaradhawi en est par exemple l’un des promoteurs encore aujourd’hui. Préférant l’interprétation de la Charia plutôt que les sources directes du Coran, les codes juridiques de l’ensemble des pays ont intégré cette discrimination sexiste dans leur législation. La raison est que les femmes sont considérées comme particulièrement influençables et auraient ainsi tendance à adopter les croyances de leur époux. Leur grande crainte est qu’elles quittent leur religion si elles épousaient un non musulman. Car dans leur esprit, les enfants suivraient leur mère et cela aboutirait à la perte de l’islam. Cette loi est doublement discriminatoire puisqu’elle distingue et hiérarchise les individus en fonction de leur croyance et de leur sexe. Ces États justifient ainsi les droits plus limités des femmes par le fait qu'elles seraient influençables et moins intelligentes, au point de les priver d’une des libertés fondamentales : le libre choix de leur mari. Nous sommes clairement en présence d'un racisme d’État, doublé d’un sexisme des plus primaires. Bizarrement (mais pas tant que ça), nous n’avons jamais entendu le CCIF, le PIR, et autres prêcheurs islamistes "antiracistes" dénoncer cela. Car cette situation existe aussi chez les français de confession musulmane, et concerne donc également des français non-musulmans qui désirent épouser une musulmane. Les islamistes et indigénistes préfèrent dénoncer un racisme d’État imaginaire plutôt que celui-ci bien réel. Peut-être justement parce qu’ils sont racistes…
 
Nombreux sont les musulmans à déplorer ces lois. Les couples mixtes existent aussi, fort heureusement. Mais la tendance générale est à ce racisme, y compris chez des français de confession musulmane. On ne compte plus les situations malheureuses du choix cornélien imposé à une jeune femme écartelée entre son amour pour un non-musulman et la crainte de perdre sa famille. On ne compte pas non plus le nombre de conversions à l’islam pour qu’un mariage avec une musulmane puisse avoir lieu. Ainsi, il est perçu comme tout à fait normal qu’un homme se convertisse à l’islam, notamment pour un mariage. En revanche, il est impensable qu’un(e) musulman(e) quitte cette religion.
Il y a alors deux solutions possibles pour les femmes concernées. Soit leur fiancé se convertit à l’islam pour pouvoir célébrer le mariage dans le pays de la jeune femme si elle n'est pas française. Soit ils se marient dans un pays "raciste et islamophobe" comme la France laïque qui respecte les libertés individuelles notamment celle de pouvoir se marier avec la personne de son choix, peu importe sa couleur de peau ou sa religion. Quant à celles qui sont françaises et dont la famille n’imagine pas une seule seconde qu’elles puissent se marier avec un kâfir (terme arabe péjoratif pour désigner un non-musulman), le drame amoureux ou la rupture avec la famille sont souvent au bout du chemin.
Qu’individuellement les personnes souhaitent se marier avec un(e) coreligionnaire est évidemment un droit et une liberté tout à fait légitimes. Mais qu’un État ou une communauté religieuse l'impose à l’ensemble de la population ou de leurs coreligionnaires, c’est cela que l'on appelle un "racisme d’État". Si on adhère aux principes des Droits Humains, à la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, alors le choix religieux (et donc de respecter ou non ces obligations religieuses) doit être individuel.
 
Dans l’Allemagne nazie (parallèle béni par les islamistes pour comparer la persécution hier des juifs à la situation que subiraient les musulmans en France aujourd’hui), une loi interdisait le mariage et les relations extraconjugales entre Juifs et citoyens de sang allemand. De nos jours, il y a dans les communautés et pays musulmans ces lois qui interdisent le mariage entre musulmanes et non-musulmans. Encore une fois, peu importe que ce soit pour des raisons ethniques ou religieuses, le racisme reste le racisme.
 
De plus, ce système est non seulement anachronique, mais surtout très hypocrite. Comment déterminer qu'un homme est musulman ou non ? En montrant son pénis à un jury pour voir s'il est circoncis ? Il fallait trouver un critère facile à identifier officiellement : la nationalité. On assigne à l'individu la religion supposée du pays dont il est citoyen. Un français musulman est ainsi considéré comme non-musulman. À l'inverse, un citoyen marocain athée est officiellement musulman.
 
Si un homme de nationalité française, qu'il soit musulman ou pas, désire se marier avec une musulmane dans le pays de la fiancée, il devra se convertir ou apporter la preuve qu'il est bien musulman (en général, de simples témoignages).
Quant au citoyen athée d'un pays musulman désirant se marier avec une musulmane d'un de ces pays, il n'aura rien à prouver ni conversion à effectuer puisqu'il est officiellement considéré comme musulman. Et tout cela, sans même se demander si la future épouse est elle-même musulmane puisqu'elle aussi, en tant que citoyenne d'un pays musulman, est considérée comme étant musulmane. Qu'elle le veuille ou non. Il existe donc des situations ubuesques où le futur époux européen musulman doit se convertir officiellement à l'islam pour pouvoir se marier avec une maghrébine athée.
Au-delà de l'aspect discriminatoire contraire aux droits humains élémentaires, c'est l'illustration de la bêtise humaine dans toute sa splendeur.
 
Ces situations cocasses existent car le monde a changé. Auparavant, on se mariait entre personnes de la même ville, de la même région ou au pire du même pays. Avec les progrès des communications et des transports, les distances géographiques se sont réduites. Les échanges humains et culturels n'ont jamais été aussi développés. Partir à l'étranger pour faire ses études ou pour raisons professionnelles est devenu banal. Tout comme partir en vacances dans le pays d'origine de ses parents ou grands-parents. Mais surtout, depuis une dizaine d'années, l'explosion des réseaux sociaux et des sites de rencontres a participé à cette évolution. Enfin, les femmes d'aujourd'hui, y compris la plupart des femmes musulmanes, désirent un mariage d'amour. Et l'amour peut frapper n'importe où.
 
Le jour où la liberté individuelle primera sur l'Oumma (communauté musulmane transnationale promue par les islamistes), de nombreux drames pourront être évités.
 
C'est le chemin qu'a choisi de prendre la Tunisie. Ce pays pionnier est le plus avancé des pays musulmans en ce qui concerne les droits des femmes. La contestation de ce système ne pouvait donc venir que de là. Des citoyen(ne)s se sont mobilisé(e)s pour changer leur législation (circulaire du ministère de l'intérieur de 1962, renforcée par une circulaire du ministère de la justice en 1973). C'est tout à leur honneur et dans la continuité de leur histoire progressiste.
Le 14 septembre 2017 restera une date historique pour les Tunisiennes, et un exemple pour toutes les femmes des pays musulmans : depuis cette date, les Tunisiennes sont enfin libre de choisir réellement leurs époux. La Tunisie poursuit son chemin vers la modernité, au grand dam des religieux, y compris des religieux non-tunisiens, qui poursuivent leur pression sur cet État.
 


Il faudra encore de nombreuses années, voire plusieurs générations, avant que cela soit accepté par l'ensemble des musulmans. L'universalisme ne se construit pas en un jour. L'obscurantisme et le sexisme de nos chers intégristes de toutes les religions nous le rappellent constamment. Mais l'amour d'un couple mixte plus fort que l'intolérance et le racisme, n'est-ce pas le plus beau des moteurs ?

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

×