Le CCIF et l'homophobie : un faux silence, une vraie caution (1ème partie)

Le CCIF et l'homophobie : un faux silence, une vraie caution (1ère partie)

Le CCIF et l'homophobie : un faux silence, une vraie caution
(source : CCIF et leparisien.fr)

(Liens vers la 2ème partie en fin de celle-ci)

       Nous savons depuis longtemps que l'homosexualité relève autant d'un choix que la couleur de la peau. On ne choisit pas d'être homosexuel, hétérosexuel, bisexuel ou transgenre, comme on ne choisit pas d'être blanc, noir, asiatique. La souffrance de nombre d'homosexuels à travers le monde, leur rejet, nous rappelle que si cela pouvait être un choix, la plupart d'entre eux choisirait d'être hétéro pour ne plus avoir à subir ces discriminations qui amènent souvent à des drames. Aucune orientation sexuelle n'est moins naturelle qu'une autre.

Les discriminations, brimades et violences subies par les homosexuels ne le sont pas pour des choix qu'ils auraient faits mais pour ce qu'ils sont en tant qu'êtres humains. Les considérer comme des êtres déséquilibrés, déviants, en faire une catégorie d'êtres humains inférieurs aux autres en liberté, droits et considération, cela s'appelle le racisme. Voilà pourquoi la lutte contre l'homophobie est incluse dans la lutte pour les droits humains en général. C'est pour cela que cet élément est commun à la totalité des associations qui luttent contre le racisme.
 
Ces dernières années, l'islamisme politique se présente comme défenseur des droits humains, par sa rhétorique d'inversion victimaire. De slogan en slogan, toujours de façon vague et générale, les islamistes affirment vouloir lutter contre les discriminations. Une stratégie politique habile et efficace pour inclure leurs revendications intégristes dans l'ensemble des combats antiracistes en se faisant passer pour des victimes. Le CCIF est le modèle le plus abouti de cette stratégie.
 
Le Collectif Contre l’Islamophobie en France (CCIF) se présente comme "une association de défense des droits de l’homme (ADDH) fondée en 2000, dont la mission est de combattre l’islamophobie depuis 2003" (sic). Vous noterez le "h" de "homme" en minuscule…
 
Le CCIF se présente comme "une association de défense des droits de l’homme", homme avec un "h" minuscule.
Le CCIF a effectivement vocation à défendre les droits de l'homme (le mâle), dans sa vision qu'il se fait de l'homme, mais ne l'a jamais eue pour défendre les Droits de l'Homme (l'Humanité dans son ensemble). Cette première maladresse orthographique jamais rectifiée sur son site, ou ambiguïté volontaire symbolique, donne ironiquement des indications sur son orientation. Le CCIF est idéologiquement la branche juridique des Frères Musulmans en France. Il a été fondé par Samy Debah, un ancien militant du Tabligh (1) (mouvement islamiste dont le but est le prosélytisme pour la (ré)islamisation des âmes) et grand fan des Frères Musulmans. Toutes les figures de ce collectif sont islamistes et expriment un racisme certain puisque, pour le CCIF, les musulmans feraient partie d'une ethnie, un peuple supérieur qui a vocation à diriger le monde (2). Sa vision de "la femme musulmane", arme politique principale des Frères Musulmans, est identitaire et rétrograde. En serait-il autrement concernant l'homosexualité ?
 
En tant qu'"association de défense des droits de l’homme", elle devrait considérer que les droits humains surpassent les dogmes religieux lorsque ceux-ci sont en contradiction. Jugés pour leur "pratique" non islamique, considérés comme de mauvais musulmans, les homosexuels musulmans sont victimes d'homophobie mais aussi "d'islamophobie", selon la définition du CCIF, puisqu'ils sont stigmatisés, dénigrés, discriminés et rejetés par une bonne partie de leurs coreligionnaires en usant d'arguments religieux.
La lutte contre "l'islamophobie" ne peut pas relever de la défense des droits humains car "l'islamophobie" est la peur, la libre critique, d'une idéologie religieuse. Le délit de blasphème n'a jamais fait partie de ces droits. En revanche, la lutte contre l'homophobie, si. Quels sont les actions et les projets menés par le CCIF pour lutter contre l'homophobie envers les musulmans gays ? Quelles sont, au moins, les déclarations de ce collectif à ce sujet ?
 
A la différence des intégristes chrétiens et des salafistes, les Frères Musulmans ne combattent pas frontalement la République et ses principes tels que la laïcité, l'égalité des sexes ou la lutte contre toutes les discriminations. Ils ont une approche plus stratégique et objectivement plus efficace : dans un pays sécularisé tel que le nôtre, ils préfèrent s'approprier nos termes, expressions, valeurs pour les redéfinir et les retourner contre la République. C'est le meilleur moyen d'anesthésier une partie de sa composante pour l'amener à les soutenir, et culpabiliser ceux qui hésitent. En se présentant comme "une association de défense des droits de l’homme" (sic), le CCIF a perfectionné ce principe. Contrairement aux autres mouvements intégristes religieux, il n'affiche pas uniquement ses revendications. Il les retourne en les présentant de façon victimaire et les noie dans l'ensemble des luttes contre les discriminations. Son racisme devient ainsi un des éléments de l'antiracisme. Son sexisme se transforme en "féminisme islamique", etc. Cela permet de taxer de racisme toute opposition à sa vision de l'islam. C'est le sens et l'intérêt du terme "islamophobie". De plus, en optant pour une approche juridique, cela lui permet, là aussi, de se servir d'un des piliers de la République, la justice laïque et démocratique, dans sa stratégie religieuse et totalitaire. Cette approche n'est pas ancrée dans la culture des intégristes chrétiens comme Civitas par exemple. Ce qui explique en partie le succès de l'un et la quasi inexistence politique et médiatique de l'autre.
 
Mais cette stratégie d'entrisme pour mieux saper la lutte contre les discriminations de l'intérieur a ses limites, comme je l'avais démontré pour sa vision de la femme (3). Le sujet de l'homosexualité en est un autre exemple. Face à des situations concrètes, le CCIF serait découvert. Sa vitrine, qu'il tente de rendre acceptable, serait ternie et laisserait apparaître son arrière-cour. Voilà pourquoi il fait tout pour éviter d'en parler. En tant qu'association islamiste idéologiquement issue des Frères Musulmans, ses "convictions" affichées de défense des droits humains buttent sur sa vision totalitaire de l'islam par son approche littéraliste des textes religieux. Ces islamistes n'ont aucunement l'intention d'adapter ces textes aux circonstances de lieu, d'époque et de l'avancée des connaissances. Ce n'est pas l'esprit du coran mais la lettre qui prime. Ainsi, les droits humains ne sont pas supérieurs au dogme. Ils lui sont soumis. Dit autrement, le CCIF est une "association de défense des droits de l’homme (ADDH)" tant que ces droits ne contredisent pas sa vision de l'islam. Quand cela arrive, alors ces droits sont considérés comme "islamophobes"…
Tout le dilemme est là : défendre les droits humains en luttant contre l'homophobie ou défendre l'intégrisme religieux en faisant la promotion de "l'islamophobie".
 
Ainsi, le CCIF fait tout son possible pour ne pas être amené sur ce terrain, ne pas être questionné de façon précise sur ces sujets. Le risque d'être dévoilé est beaucoup trop grand. C'est pour cela qu'il n'a jamais parlé de l'homophobie d'une partie des musulmans ni des discriminations homophobes entre musulmans. Et pour cause, le CCIF est un des promoteurs des discriminations entre musulmans. Il préfère défendre les intégristes et fait la distinction entre ces mêmes intégristes (qu'il appelle "musulmans") et les autres (qu'il appelle "néoharkis"). S'il n'hésite jamais à critiquer les musulmans modernistes, il n'a jamais apporté le moindre bémol aux positions de ses collègues islamistes. Mieux encore, il accepte et revendique leurs soutiens. S'il ne peut exprimer ouvertement ses réelles opinions, qui sont en totale opposition avec sa vitrine, il laisse ses soutiens le faire pour lui qui, eux, s'adressent à son arrière-cour.
 
Le théologien de la confrérie le plus célèbre encore en vie est Youssef Al Qaradhawi. Misogyne, antisémite et justifiant souvent la violence, il n'est pas plus tendre avec l'homosexualité. Dans son best-seller, "Le licite et l'illicite en islam" (4), il écrit que l’homosexualité est un acte vicieux, une perversion de la nature, une plongée dans le cloaque de la saleté, une dépravation de la virilité et un crime contre les droits de la féminité. Quand ce péché répugnant se propage dans une société, la vie de ses membres devient mauvaise et il fait d’eux ses esclaves. Il leur fait oublier toute morale, toutes bonnes mœurs et toute bonne manière. Avec une opinion aussi "humaniste, poétique" et remplie "d’amour", comment compte-t-il "punir" les homosexuels ? Il hésite. Il ne se demande pas s’il faut les tuer ou non. C’est si évident pour lui qu’il ne se pose même pas la question. Il se demande seulement lequel des deux partenaires faut-il tuer et quelle serait la manière la plus cruellement appropriée pour le faire : est-ce que l'on tue l'actif et le passif ? Par quel moyen les tuer ? Est-ce avec un sabre ou le feu, ou en les jetant du haut d'un mur ? Il a conscience que son avis pourrait choquer des musulmans. Alors il se justifie : Cette sévérité qui semblerait inhumaine n'est qu'un moyen pour épurer la société islamique de ces êtres nocifs qui ne conduisent qu'à la perte de l'humanité. Pour lui, cela "semblerait" inhumain. Pour moi, il est l’incarnation de l’inhumanité.
Ce livre, qui est aussi la "bible" misogyne des Frères Musulmans où se trouvent expliquées les raisons du port du voile (5), est connu par la plupart des musulmans. Les modérés s'en détachent et voient en Youssef Al-Qaradhawi un extrémiste qui cause du tort à leur religion. Les islamistes, au contraire, voient en lui un théologien de référence dont "le licite et l'illicite en islam" a fortement contribué à leur construction religieuse individuelle.
Youssef Al-Qaradhawi s'exprime depuis un pays musulman (l'Egypte puis le Qatar) où ce type d'expression est permis. Dans un pays qui a vu naître les Droits de l'Homme, sécularisé et démocratique, il aurait eu des problèmes. Une telle franchise serait contreproductive. D'ailleurs, il a été interdit de territoire en France pour l'ensemble de son "œuvre", au grand regret des islamistes français, dont l'UOIF.
Les islamistes français, justement, ne peuvent pas s'exprimer ainsi. En dehors du risque d'être judiciairement condamnés, ils braqueraient la société plus qu'ils ne la séduiraient. Les Frères Musulmans n'adaptent pas leurs pensées mais leurs discours selon où ils se trouvent, comme expliqué plus haut. Toutefois, lorsqu'ils sont confrontés à des cas précis, nous voyons poindre leur nature idéologique.

L'UOIF, branche française de la confrérie, admire Youssef Al-Qardhawi qu'elle décrit comme "le plus grand des savants" musulmans. Mais elle ne peut pas s'exprimer comme lui. Lors des débats sur le mariage pour tous, une telle expression aurait annihilé l'UOIF. Elle a alors publié, en novembre 2012, un texte en tentant de présenter des propos argumentés. Mais elle n'a pu s'empêcher un dérapage : Qui pourra délégitimer la zoophilie, la polyandrie, au nom du sacro-saint amour ? Ne sommes-nous pas en train de suivre une voie où le principe d’égalité ne serait plus défini par des limites et des normes communes, mais par des perceptions personnelles, aussi égoïstes et affectives puissent-elles être ? (6)
Notons que l'UOIF ne parle pas de la polygamie (mariage d'un homme avec plusieurs femmes) mais de la polyandrie (mariage d'une femme avec plusieurs hommes). La première est normale pour les islamistes et ne peut être comparée à une "perversion" telle que l'homosexualité. La seconde, en revanche, est perçue comme une dépravation comparable à la zoophilie et à… l'homosexualité. Pour l'UOIF, la demande d'égalité pour l'accès au mariage serait une "perception personnelle et égoïste". En dehors de cela, l'UOIF explique ailleurs qu'elle respecte les homosexuels, bien-sûr…
Que pense Nabil Ennasri de tout ceci ?
 
Nabil Ennasri est un pur produit des Frères Musulmans. Dans les années 2000, il a été formé à l’Institut Européen des Sciences Humaines créé par l’UOIF (situé à Château-Chinon dans la Nièvre). Cet institut a pour vocation de former des cadres musulmans qui partiront aux quatre coins de France pour diffuser l’idéologie frériste. En 1992, Youssef Al-Qaradhawi avait logiquement présidé la première cérémonie de remise de diplômes. Poussé par son admiration envers Al-Qaradhawi, Nabil Ennasri a mené sa thèse de recherche en Sciences Politiques sur le théologien.
Répondant au désir prosélyte de l'institut où il a été formé, il est entre autre président du Collectif des Musulmans de France. Un collectif qui a pour objet la diffusion de l'islam version Frères Musulmans auprès des musulmans français avec "pour axes prioritaires de réflexion et d'action l’éducation, la spiritualité et l’action sociale, citoyenne et politique".
 
Populiste et d'extrême droite, il semble faire preuve d'une certaine cohérence avec Al-Qaradhawi et l'UOIF lorsqu'il s'exprime sur différents sujets ici ou là. Parmi ses faits d'arme, il y a un texte dont il est l'un des initiateurs : l'appel "un débat pour tous". C'est un texte homophobe écrit en janvier 2013 lors des débats sur le mariage pour tous. Comme tout bon homophobe qui se respecte, il y compare l'homosexualité à l'inceste et à la pédophilie (7).
 
La loi votée, Nabil Ennasri a eu du mal à avaler la pilule. Voici ce qu'il publia sur sa page Facebook en avril 2013 : Je profite du vote de la loi dite du "mariage pr tous" pr exposer cette réflexion. Voici ce vers quoi on somme la communauté musulmane de se diriger : une acceptation de l'homosexualité et une validation du discours de légitimation d'Israel et de son occupation des territoires palestiniens (sic) (8).
Il trouve choquant que les musulmans acceptent l'homosexualité. La discrimination des musulmans envers des êtres humains pour ce qu'ils sont doit rester la norme. Cela fait partie de la fameuse "éthique musulmane" des intégristes. Mieux encore, il trouve le moyen de relier l'acceptation du mariage pour tous à la question du conflit israélo-palestinien…
 
Avec une telle opinion, il lui est logiquement inconcevable que l'école participe à la lutte contre l'homophobie.
Dans deux vidéos datant de 2014 (9) (10), Nabil Ennasri prétend démontrer, comme les intégristes catholiques, que la théorie du genre existe et qu'elle aurait été introduite dans les programmes scolaires. Parmi les ouvrages qu'il dénonce, il y a ceux destinés à lutter contre l'homophobie. Il dénonce alors une forme de complot par sa "démonstration" de la présence d'un lobby gay au sein du gouvernement : il n'y a qu'à voir la place de Caroline Fourest. Comment malgré tous ses mensonges et ses manipulations elle truste l'ensemble du paysage audiovisuel français. On se rend compte que le lobby gay a effectivement pas mal d'influence au sein du gouvernement. Pourquoi parle-t-il de Caroline Fourest ? Elle n'a jamais eu d'influence sur aucun gouvernement et elle est bien moins présente que d'autres dans les médias. Il l'évoque parce qu'elle a deux "horribles défauts" : elle dénonce l'intégrisme musulman et elle est lesbienne. Ce qui est un vrai cauchemar pour les islamistes tels que Nabil Ennasri.
 
Il pointe également du doigt un "lobby homosexuel au sein du parti socialiste" ainsi que deux livres : "Jean a deux mamans" et "Camille veut une nouvelle famille". Il s'attarde sur ce dernier qui, à un moment, parle d'un petit qui a deux papas. Plus choquant encore pour lui est la morale de l'histoire : Camille sait qu'il n'y a pas de famille idéale. Quand on s'aime, toutes les familles sont idéales. Choqué par cette morale d'amour et de tolérance, Nabil Ennasri dit ceci : Camille a vu une famille où il y avait deux papas, et cette famille vaut autant que les autres. Donc on est bien dans une banalisation, dans une normalisation voire parfois dans une "valorisation", pour reprendre les propos de Michel Teychené, de la pratique homosexuelle.
Il se demande alors pourquoi il y a une tendance à favoriser, sous couvert d'égalité, la promotion, le prosélytisme de théories qui prennent en otage à la fois les enfants et l'école publique (…) pour masquer les différences de genre entre filles et garçons.
Par un sophisme dont il est coutumier, il dépeint un État qui voudrait effacer les différences entre filles et garçons, et agirait contre l'enfant et contre l'école publique, face aux islamistes qui seraient les défenseurs du bien-être de l'enfant et de cette école publique.
Il conclut sa "démonstration" ainsi : sous couvert d'égalité, de lutte contre les discriminations liée à l'homosexualité, ce n'est en fait qu'un prosélytisme au service du lobby LGBT. Tout ceci pour "valoriser" leurs "pratiques" à travers "une démarche de prosélytisme dangereux". Comme s'il suffisait d'en parler pour devenir gay. Il confond son prosélytisme religieux qui, lui, a pour but de convaincre pour enrôler, avec la prévention sur des discriminations qui n'a pour but que d'informer. Comme tous les homophobes, il réduit l'homosexualité à une simple "pratique" sexuelle qui serait ignoble. Au-delà de son jugement de valeur sur la sexualité, il lui est impossible de comprendre qu'on peut autant "promouvoir les pratiques homosexuelles" qu'on peut promouvoir la "pratique" d'avoir la peau noire. Il y a autant de possibilités pour un blanc de devenir noir en assistant à une séance de lutte contre les discriminations racistes, que de possibilités pour un hétéro de devenir homo suite à une séance du même type sur ce sujet.
Il n'invente rien. Il ressort les mêmes poncifs homophobes que l'extrême droite catholique. Il avait d'ailleurs participé à leurs côtés à au moins une des manifestations contre le mariage pour tous.
 
Selon lui, ce n'est pas le rôle de l'école de participer à la lutte contre les discriminations. L'école devrait se cantonner à apprendre aux élèves à lire, écrire et compter. En revanche, sa lutte contre ce qu'il appelle "l'islamophobie" serait légitime, ne serait pas du prosélytisme ni une "valorisation" de l'intégrisme musulman. Là, cette lutte aurait toute sa place à l'école. Il dénonce d'un côté la lutte contre les discriminations envers des individus pour ce qu'ils sont en tant qu'êtres humains. Il défend d'un autre côté la lutte contre le blasphème envers une idéologie religieuse choisie. L'ironie est que lui-même, par l'ensemble de ses actions et de tels propos, contribue à la peur de l'islam à travers l'image qu'il en donne.
 
Pour résoudre le problème, il propose aux musulmans de créer leurs propres écoles privées, afin de pouvoir voiler les fillettes sans entrave dès leur plus jeune âge et de protéger les petits musulmans des "pratiques homosexuelles" dans le respect de leur "éthique". C'est exactement la même proposition faite récemment par l'ex directeur du CCIF, Marwan Muhammad, qui avance également l'argument de "l'éthique"… (11) Tout comme Tariq Ramadan qui regrette que tous les musulmans ne placent pas leurs enfants dans des écoles privées musulmanes pour les mêmes raisons homophobes (cf. deuxième partie).
Mais Nabil Ennasri déclare en même temps ne pas être homophobe. Son argument ? Son rejet de toute violence contre les homosexuels (12). Le simple fait de se détacher de la violence physique, comme celle prônée par son référent théologique Youssef Al-Qaradhawi, ferait de lui un modéré qu'on ne pourrait pas qualifier d'homophobe.
Mais il lui est impossible de dépasser un certain seuil de "tolérance" limité par son approche des textes religieux : on assumera nos principes intangibles, nos valeurs spirituelles et on rappelera constamment la norme et le cadre islamique. Comme toutes les traditions monothéistes, l'islam condamne l'homosexualité. De même que le bouddhisme (…). Ma dignité ne dépend pas du regard des autres. Elle s'évalue dans la fidélité que je porte à ma croyance. (sic)
Tout est là. Tout d'abord, il reconnaît ne pas s'appuyer sur les connaissances scientifiques mais sur des croyances auxquelles il souhaite rester fidèle coûte que coûte, même si la réalité est tout autre. Ensuite, il ne dit pas "je" mais "on". Il prétend parler au nom de tous les musulmans. Enfin et surtout, il reconnaît buter volontairement sur les textes religieux, comme tous les Frères Musulmans. Il est dans l'incapacité intellectuelle et philosophique de dépasser la littéralité du coran qu'il faudrait respecter quel qu'en soit le prix, plutôt que de le prendre dans son esprit afin de s'adapter aux réalités de notre monde. Il préfère discriminer des êtres humains, affirmer son racisme, plutôt que de remettre en question son approche théologique. C'est ce qu'on appelle le fondamentalisme. Le fait de vouloir faire plier l'ensemble de la société à son fondamentalisme, ses coreligionnaires en premier lieu, c'est ce qu'on appelle l'intégrisme. Il met en avant son refus de la violence pour atténuer sa radicalité.
Cette attitude ressemble totalement à celle de Tariq Ramadan dont il est en passe de ravir la place que le prédicateur suisse a laissée vacante.
 
En s'exprimant au nom des musulmans, en exhortant les musulmans à agir comme ceci ou comme cela, l'OPA islamiste sur les musulmans français s'appuie aussi sur la question de l'homosexualité. En effet, tous ces islamistes n'exposent pas un point de vue qui serait parmi d'autres. Ils prétendent exprimer le véritable islam, disqualifiant toute autre interprétation qui serait faite. A travers cette "éthique" mainte fois évoquée et qu'ils prétendent incarner, ce n'est pas l'islam version Frères Musulmans qui s'exprimerait mais l'islam tout court.
 

Le CCIF, ce collectif extrémiste religieux qui se présente comme "une association de défense des droits de l’homme (ADDH)", est parfaitement informé des positions homophobes de Nabil Ennasri. Ce qui ne l'empêche pas d'accepter son soutien fervent, et même de le remercier chaleureusement en l'invitant à son "dîner du CCIF" (13). Partageant les mêmes idées, le collectif n'a jamais pris la moindre distance avec les propos de ce Frère Musulman.
 

Nabil Ennasri soutient le CCIF
Nabil Ennasri est loin d'être un cas isolé dans les soutiens fréristes apportés au CCIF. A travers Hassan Iquioussen, l'UOIF et son homophobie sont bien présents. Tariq et Hani Ramadan, homophobes affirmés, apportent également leur soutien au collectif. Le CCIF sait toutefois se montrer ouvert. Il n'accepte pas seulement les soutiens de sa famille idéologique directe. Il revendique également ceux de ses cousins salafistes, comme le prédicateur Hassan Bounamcha, lui aussi "grand amoureux" des homosexuels. Mais le CCIF a-t-il vraiment réussi à ne jamais se prononcer sur l'homosexualité, laissant uniquement ses soutiens s'exprimer pour lui ? Nous verrons tout ceci dans la seconde partie de cet article.


Le CCIF et l'homophobie : un faux silence, une vraie caution (2ème partie)
 
 
 
 
 
(4) Qaradhawi Youssef, Le licite et l'illicite en islam, traduction de Salaheddine Kechrid, Paris, Éditions Al Qalam, 1992, réed. 2005.
 
 
 
 
 
 
 

(11) https://www.facebook.com/MarwanMuhammadOfficiel/posts/967897450016159

(12) https://www.facebook.com/EnnasriNabil/posts/382431331873392

(13) MERCI À TOUS POUR VOTRE PRÉSENCE AU DÎNER DU CCIF 2014

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