Le CCIF, fleuron de la nouvelle extrême droite française (4)

 

Le CCIF, fleuron de la nouvelle extrême droite française (4ème partie) (par Naëm Bestandji)
 
Après avoir retracé l’histoire antisémite de son courant idéologique, démontré sa position ultra-identitaire, son racisme et son projet totalitaire, dénoncé preuve à l’appui sa vision sexiste et rétrograde des femmes, établi son rejet de la laïcité, et la totale adéquation des partenaires qui la composent, comment est-il possible que la nouvelle extrême droite française, dont le CCIF est le fleuron, ait l’oreille attentive et si complaisante de la part d’une partie de nos élites, des médias et de la société, notamment issue de la gauche ? Même si les critères racistes sont différents entre les deux extrêmes droites, cela n’en reste pas moins du racisme. Même racisme, oui, mais pas mêmes conséquences. Lorsque Jean-Marie Le Pen déclare qu’il n’est pas antisémite ou raciste, personne ne le croit. Lorsque Marine dit la même chose, ça ne passe pas vraiment non plus. Mais lorsque Marwan Muhammad, ou les personnes citées dans cet article et d’autres du même profil, déclarent qu’ils luttent contre le racisme et pour le "vivre ensemble", là ça passe pour bon nombre de militants de gauche. Plusieurs facteurs peuvent l’expliquer. L’héritage historique, la lutte des islamistes contre "l’impérialisme occidental" et leur positionnement économique à gauche séduisent une grande partie de l’extrême gauche. Ce qui, par une stratégie d’inversion efficace soutenue par le concept "d’islamophobie", permet à la rhétorique victimaire de s’ancrer.
 
La stratégie victimaire choisie par les islamistes depuis plus de 30 ans a fait d’énormes dégâts. Les extrêmes, qu’ils soient politiques ou religieux, se nourrissent de la misère. Les intégristes ont donc trouvé un terreau fertile dans les quartiers populaires, là où justement se situe la population visée, tout comme cela s’est produit dans les pays musulmans. Les problèmes socio-économiques, le chômage, la ghettoïsation, la discrimination et le racisme subis par les populations issues de l’immigration ont été les points d’appui des islamistes. L’échec de la "Marche pour l'égalité et contre le racisme" en 1983, plus connu sous le nom de "Marche des Beurs", est un tournant marquant. Les intégristes pouvaient enfin avoir des oreilles plus attentives à leurs discours. "Si la République ne veut pas de toi, c’est normal. Tu n’es pas français. Tu es musulman. Tout comme nos frères Palestiniens qui subissent aussi une oppression".
La pleine citoyenneté ressentie comme inaccessible se déplaça peu à peu vers l’islamité vécue comme plus accueillante. La religion se transforma en identité, comme s’il y avait un pays appelé "Musulmanie", qui n’est autre que la Oumma. Notre République, n’ayant pas su adopter tous ses enfants, a donc une part de responsabilité dans la création du danger que représentent aujourd’hui l’UOIF, le CCIF et consort. Cela n’excuse en rien cette partie des musulmans qui est séduite par ces sirènes. Elle a choisi la facilité de la victimisation et du refuge religieusement communautaire, se dédouanant elle aussi de sa part de responsabilité, plutôt que de se battre pour affirmer sa pleine appartenance à notre pays en tant que français à part entière. Tous n’ont pas choisi cette facilité. Ceux-là, doivent aujourd’hui se battre bien plus contre les discriminations qu’ils subissent de la part de leurs coreligionnaires communautaristes, que des discriminations potentielles de la société. Ce sont ceux-là qui doivent être soutenus. C’est pourtant ceux-là qu’une partie de la gauche et des féministes ont trahis, au profit de l’extrême droite islamiste.
 
La génération actuelle (CCIF, EMF, PIR et autres) est le fruit du prosélytisme et des discours victimaires, semés par la génération précédente venue de l’étranger. Cela fut possible par le labourage du terrain à travers un prosélytisme direct, la prise de contrôle de lieux de cultes, la création d’associations diverses, mais aussi à travers l’Institut européen des sciences humaines créé au début des années 1990 par l’UOIF (situé à Château-Chinon dans la Nièvre). Institut qui a pour vocation de former des cadres musulmans qui partiront aux 4 coins de France pour diffuser l’idéologie frériste. Nabil Ennasri, intellectuel aujourd’hui spécialiste du Qatar et militant islamiste, en est un des produits les plus réussis. Si leurs ainés étaient dans le calcul, les militants islamistes d’aujourd’hui, endoctrinés, sont convaincus par ce qu’ils disent et ont un discours très structuré.
 
Contrairement aux salafistes qui sont trop directs, les Frères musulmans ont choisi une stratégie simple et efficace : se servir de nos valeurs et concepts pour les redéfinir à leur convenance afin, ensuite, de mieux les retourner contre la République. C’est ce que j’appelle la rhétorique d’inversion. Les pionniers sont l’UOIF et Tariq Ramadan pour les plus célèbres. Le CCIF ne fait que pousser encore plus loin le concept. Son site internet (1) et les déclarations officielles de son directeur sont un indicateur important de sa mise en application de la stratégie frériste. Il se présente comme un mouvement n’appartenant à aucun courant politique, religieux ou idéologique. Il prétend aussi vouloir s’unir contre toutes les formes de racisme. Tout ce que nous aimons entendre pour mieux désamorcer et décrédibiliser toute opposition. Or tout ceci est faux, comme je l'ai démontré dans les parties précédentes. Les valeurs démocratiques donnent des boutons aux islamistes, mais c’est à nous qu’ils passent la pommade à travers ces expressions humanistes qu’ils instrumentalisent. Si le CCIF n’appartient à aucun parti politique, il appartient à un courant politique, l’extrême droite. Ses actes sont entièrement tournés vers ce domaine, par ses prêches politico-religieux et ses actions politiques.
Quant à son appartenance idéologique, je l’ai aisément établie. Et on ne peut pas dire qu’il appartienne à une frange moderne et "peace and love" de l’islam. Quant à sa prétendue lutte contre les racismes, pour une association qui déclare que les musulmans sont un peuple supérieur qui a vocation à diriger le monde (cf. 2ème partie), là aussi on se demande si ce n’est pas de l’humour.
 
En déclarant vouloir défendre le "vivre ensemble" et la laïcité, lutter "contre le racisme" et pour la "tolérance", les islamistes nous proposent ainsi de dialoguer, échanger de façon ouverte et constructive, dans le respect de chacun… pour que nous acceptions l’imposition de leurs valeurs rétrogrades et totalitaires. Le concept qu’ils prétendent défendre n’est pas le "vivre ensemble" mais le "vivre dans notre ensemble". On retrouve cette rhétorique d’inversion déclinée dans différents thèmes tels que le "libre choix" pour le voile, la "liberté d’expression" (ou plutôt le rétablissement du blasphème), ou encore la "laïcité" (cf. partie précédente). Ils ont compris qu’il n’y a rien de plus efficace pour lutter contre le féminisme que de se prétendre "féministe islamique". Qu’il n’y a rien de plus efficace pour lutter contre la laïcité que de s’en prétendre le défenseur. Ainsi, toute personne qui les attaquerait sur ces thèmes sera accusée d’opprimer la liberté des musulmanes voilées, de dévoyer la laïcité, voire accusée de fascisme (un comble pour une idéologie totalitaire). Le CCIF vole ainsi à la rescousse des musulmanes "féministes" qui militent pour porter le voile. Pas à celles, réellement féministes, qui se battent pour l’enlever. Cela n’entre pas dans le cadre de ses fameuses "statistiques".
 
La discrimination sexiste du voile passe ainsi pour une innocente pratique religieuse telle que le port d’une croix ou d’une kippa, pour faire oublier sa raison d’être sexiste et moyenâgeuse. La discrimination, les propos anti-musulmans et le rejet des musulmans modérés par les intégristes passent pour une simple divergence de vue. Le rejet de notre mode de vie (qui concerne surtout la trop grande liberté des femmes) et leur distinction entre "eux" et "nous", ne serait que la légitime réaction d’un peuple persécuté victime d’un "racisme d’État postcolonial".
 
Cette stratégie d’inversion en appelle fatalement une autre, la victimisation. Si le Front National joue de populisme pour se positionner en tant que victime d’un envahissement et de violences de l’étranger, les islamistes le font pour se poser en victimes d’une "France islamophobe" où les "musulmans" seraient victime d’un racisme et d’une persécution dignes de celle des juifs dans l’Allemagne des années 30 (argumentaire que j’ai démonté dans un article précédent (2)). Affirmation tout autant anachronique et anhistorique que certaines comparaisons du FN entre la conquête arabe du Moyen-Age et la présence de l’islam en France aujourd’hui (telle l’expression de Jean-Marie Le Pen suite aux attentats de janvier 2015, "je suis Charles Martel").
 
La plus belle des réussites islamistes à ce jour est celle qui lie l’inversion et la victimisation par un terme qu’ils tentent par tous les moyens de valider : "l’islamophobie". Ce terme a pour vocation officielle de définir les actes et propos anti-musulmans. Or en réalité, "l’islamophobie" est littéralement la peur, la crainte d’une religion, l’islam. Ce qui est différent des actes et propos anti-musulmans qui, eux, doivent être combattus et punis. Cette peur de l’islam est compréhensible. Quand d’un côté il y a des attentats au nom de cette religion, et de l’autre des islamistes politiques tels que l’UOIF ou le CCIF qui déclarent représenter et défendre les "musulmans", comment ne pas avoir une image effrayante de l’islam ?
 
L’affection, la peur, l’indifférence, la critique, la moquerie d’une idéologie, quelle qu’elle soit, sont la liberté d’opinion et d’expression. "L’islamophobie" n’est donc pas un délit. La brandir est même antidémocratique puisqu’elle souhaite limiter la liberté d’expression pour faciliter la promotion d’une idéologie totalitaire, l’islamisme. C’est pour cela que "l’islamophobie" est une arme politique très efficace. Elle a pour objectif d’empêcher toute critique de l’islam et de l’intégrisme musulman sous peine d’être accusé de racisme ou de fascisme. Pour cela, elle englobe à la fois les actes et propos antimusulmans contre lesquels il faut effectivement lutter, mais aussi le refus de la liberté d’expression en laissant planer la menace du blasphème ou de l’atteinte à la religion. Elle inclut aussi toute atteinte aux intégristes, ainsi mélangés aux musulmans modérés. Un intégriste devenant un simple musulman victime de racisme s’il est critiqué. Une victime de racisme qui revendique paradoxalement, comme Marwan Muhammad, la supériorité des musulmans sur le reste du monde.
 
Prenons l’exemple de Yassine Belattar. Animateur télé et humoriste, il a récemment fait son "coming-out" islamiste à la télévision. Le 11 mars 2017, "Salut les terriens" (C8) consacra une partie de l’émission à un débat sur l’islamisme : "Islamisme : avons-nous été trop bisounours ?" (3) Comme toujours chez les islamistes, cela n’a pas du tout plu à Yassine Belattar qui inclut les islamistes dans l’ensemble des musulmans. Il a alors tweeté : Ardisson n’aime pas les musulmans. Bravo #SLT. Débat sordide, j’ai honte. Faire de l’audience en caressant le FN. Il va encore plus loin sur sa page Facebook en accusant Thierry Ardisson d’être une "chemise brune" (couleur d'uniforme de l'organisation paramilitaire du parti nazi). Face à une telle agressivité, l’animateur de l’émission l’invita à s’exprimer sur le plateau la semaine suivante.
Dans l'émission du 18 mars 2017 (4), Yassine Belattar déclare alors qu’il y aurait plus de 7 millions de musulmans en France. Pourquoi pas 12 millions ou même 20 millions ? Soyons fous ! Un chiffre fantaisiste sorti d’on ne sait où, typique des populistes. Il explique également, la mine grave, qu’il n'y a pas de modération dans la religion. On est musulman ou on ne l'est pas. Les modérés seront ravis d’apprendre que les Frères musulmans, les wahhabites et l’islam des Lumières, c’est la même chose. Les intégristes de l'islam politique seraient de simples musulmans incompris. Lutter contre l'intégrisme serait alors une lutte contre les musulmans... Donc de "l'islamophobie". CQFD. Tout comme le CCIF et l’ensemble des islamistes, il accuse toute critique de l’intégrisme musulman ou de l’islam comme étant raciste et fasciste, tout en prétendant qu’il n’a aucun problème avec la critique. Et les jihadistes ? Ils ne sont pas musulmans selon lui.
Circulez, il n’y a rien à voir.
 
Alors il pose une question sous forme de boutade : c’est quoi un musulman modéré ? C’est un mec qui fait pas 5 prières par jour, il en fait 2 et demi ? Et bien non. Je sais que ce n’est pas facile à comprendre, pour un islamiste qui estime que la modération est une sorte de renoncement à sa pratique religieuse. La modération ne se mesure pas au degré de la pratique du culte mais à son approche. Un musulman modéré considère que la religion ne se porte pas sur la tête avec un voile ou des vêtements masculins souhaitant imiter les bédouins salafis, car l’islam n’est pas une mode et relève de l’intime. Un musulman modéré considère que la religion, c'est uniquement à la maison et à la mosquée. Un musulman modéré ne va pas nommer "frère" ou "sœur" un(e) coreligionnaire qui n’est pas biologiquement de sa famille. Un musulman modéré considère son pays et ses lois supérieurs à la Oumma et aux lois religieuses. Un musulman modéré se sentira autant concerné par les drames tibétains et d’ailleurs que par celui des Palestiniens. Un musulman modéré considère le voile comme un manque de respect envers les femmes, mais aussi un manque de respect envers l’islam et son Prophète car il estime que ce sexisme est contraire à sa religion. Un musulman modéré ne mesurera pas la pudeur d’une femme aux centimètres carrés d’un morceau de tissu sur la tête et en se servant, en plus, de la religion comme prétexte ; la pudeur relevant de son langage, de son attitude et concerne garçons et filles exactement de la même façon ; dire "wallah, Haqq Rabbî, la Mecque" toutes les cinq minutes est bien plus impudique que trois mèches de cheveux au vent. Un musulman modéré ne se sent donc pas visé par les lois de 2004 (sur les signes religieux à l’école) et 2010 (sur le voile intégral). Il les considère même comme parfaitement justifiées. Un musulman modéré ne se sent pas insulté par les caricatures d’intégristes ou même du Prophète. Car ce serait de l’idolâtrie, ce qui est un pêché en islam. Seul Dieu peut être adoré et vénéré ; tout en sachant aussi que la liberté d’expression est un bien précieux qui ne doit jamais être remis en question au nom du sacré. Enfin, un musulman modéré regrette la "salafisation" de sa religion et en souhaite ardemment une réforme progressiste. Car, contrairement aux intégristes, il interprète ses textes sacrés dans leur esprit, non pas à la lettre. En résumé, un musulman modéré considère l’idéologie de Yassine Belattar et de ses collègues islamistes comme néfaste pour sa religion, au-delà des problèmes qu’ils causent pour la République.
 
Alors avec un tel discours et une telle vision de l'islam, l’animateur-humoriste favorise encore la peur envers cette religion et pénalisera encore un peu plus les musulmans modérés.
Comble du cynisme, il demande à ce que les animateurs soient "pédagogues". Il se demande aussi comment les animateurs donnent la parole à des gens qui ont capté, renforcé voire démocratisé une parole qui a des conséquences dans la vie de tous les jours. C'est à dire qui fait le jeu du FN. Le pire est qu'en parlant de ces "gens", il ne se rend pas compte qu'il parle de lui...
En faisant son "coming out" islamiste et en tenant ces propos, il a fait exactement ce qu’il reproche aux autres : donner un coup de pouce supplémentaire à Marine Le Pen.
 
Cette façon de voir les choses en inversant les rôles, en accusant toute opposition à l’islamisme d’être un acte d’opposition nazi aux musulmans, cette tendance si naturelle à renforcer le FN en croyant s’en protéger, c’est l’attitude islamiste dans toute sa splendeur.
Y-a-t-il un lien plus direct entre le CCIF et lui ? Oui, évidemment. Sa rhétorique victimaire et culpabilisante ne sort pas de nulle part. Il est un soutien fervent de l’association. Il assura même en 2015 l’animation de la soirée de gala du CCIF. Soutenir et assurer la promotion d’une association d’extrême droite (sexiste, raciste et totalitaire), pour ensuite faire la leçon à autrui sur les risques de la montée du FN. Il n’a pas froid aux yeux. Plus fort encore : qualifier Thierry Ardisson de nazi, même Marwan Muhammad n'aurait pas osé.
 

Diner de gala du CCIF, 29 mai 2015
Il ne laisse planer aucun doute sur son adhésion à l’idéologie des Frères musulmans. Il l’assume. C’est tout à son honneur. Une nouvelle démonstration que les deux extrêmes droites (FN et islamistes) sont les deux faces de la même pièce.
Posons-nous la question suivante : si un animateur télé-humoriste "blanc" (pour reprendre le déterminisme du PIR) et au nom bien franchouillard affirmait son intégrisme catholique et le faisait passer pour le véritable catholicisme, s’il mettait régulièrement en avant ses convictions religieuses et en faisait un outil politique, s’il se définissait constamment comme chrétien plutôt que de le garder dans son intimité, s’il ne voyait aucun problème et même défendait une forme d’asservissement de la femme (par le voile ou autre) en arguant Jésus ou les Épîtres aux Corinthiens de Saint-Paul plutôt que les valeurs républicaines, s’il accusait de blasphémateur ou de raciste toute personne critique envers son idéologie (équivalent de "islamophobe"), comment réagirions-nous ? La réponse qui vous vient à l’esprit doit être appliquée sans faille aux islamistes…
 
Pourtant, cela n’empêche pas certains politiques de faire preuve d’aveuglement (voire de complaisance ?). Le 29 mars 2017, Yassine Belattar a été invité, comme "comédien engagé", à un meeting d’En marche sur le thème du… populisme. Le mouvement d’Emmanuel Macron a invité un populiste islamiste (pardon, un "comédien engagé") pour parler de populisme. Il aurait pu inviter une figure musulmane plus crédible plutôt qu'un islamiste dont la seule légitimité est sa lumière médiatique par ses activités d'animateur télé et d'humoriste. Pourquoi ne pas inviter un intégriste chrétien ? Car il n’est pas "victime d’un racisme d’État postcolonial très méchant". Pour le coup, Emmanuel Macron rejoint Benoit Hamon dans la méconnaissance et l’inconscience d’une complaisance dangereuse.
La bataille contre le terme "islamophobie" n’est donc pas qu’une querelle sémantique mineure pour influencer quelques intellectuels férus de sémiologie. C’est un enjeu fondamental qui se cache derrière ces douze lettres. Une bataille longue et difficile entamée dans les pays musulmans qui oppose depuis des décennies les partisans d’une société sécularisée et moderne face aux intégristes réactionnaires. Les personnes en première ligne sont donc d’abord et avant tout des musulmans (et surtout des musulmanes), mais aussi des athées ou des chrétiens, qui refusent le modèle de société rêvé par les islamistes et le conservatisme grandissant dans leurs pays. D’autres termes sont utilisés, tels que "l’atteinte à la religion", mais la définition et les enjeux sont les mêmes.
Ces douze lettres (ou les termes équivalents) se dressent comme un mur dans ces pays, contre ces citoyens qui luttent pour la liberté de conscience et une plus grande liberté pour les femmes. On encourage les musulmans "éclairés" à s’affirmer face à l’islamisme, parfois au péril de leur vie. Mais comment peut-on le leur demander quand tant d’intellectuels des démocraties occidentales se montrent si complaisants envers les islamistes ? Qui est là pour soutenir ces musulmans courageux ? Les intellectuels paresseux, les féministes différentialistes qui n’ont pas le désir de chercher à comprendre les sources et les enjeux de l’islamisme dont le voile sert de cheval de Troie ? Combien de ces musulmans laïques les plus actifs sont atterrés lorsqu’ils voient le spectacle de nos féministes et des démocrates français soutenant les partisans d’une idéologie qui les opprime, au nom de la lutte contre "l’islamophobie" ? Que répondre à Mona Eltahawy (journaliste, écrivaine et militante féministe égyptienne) lorsqu’elle déclare que les femmes du monde occidental portant un voile contribuent à asservir les femmes ailleurs dans le monde pour lesquelles le port du voile est une contrainte (5) ? Que répondre à Kamel Daoud et tant d’autres ? En validant le terme "islamophobie", on sacrifie ces musulmans, chrétiens, athées et autres.
Car les premiers "islamophobes" seraient eux. Wassyla Tamzali (auteure et féministe algérienne), cette "femme en colère", se bat inlassablement depuis si longtemps contre cela et contre cette fraction importante des féministes européennes qui estime que son combat s’arrête à ses frontières culturelles, que les droits des femmes peuvent être différentialisés pour "respecter" les cultures et religions. Ce respect est considéré, par ces féministes, comme supérieur au respect des femmes. Pourquoi une telle attitude ? Car si ces féministes osaient affirmer l’universalité de leur lutte, elles craignent d’être… "islamophobes".
 
Cette bataille n’est donc pas que sémantique.
Cette stratégie rentre exactement dans celle du FN et lui rend ainsi un service qu’il n’aurait jamais osé espérer. Un tel cocktail, de tels amalgames et cette volonté d’imposer l’islamisme comme étant le véritable islam, par l’utilisation de "l’islamophobie", est une aubaine. Cela permet au FN de mieux lutter contre les musulmans, contre l’islam, puisque le véritable islam serait celui du CCIF et des intégristes en général. Le voile et les discours sexistes et misogynes qui le justifient sont l’étendard politique brandi par les islamistes. Ils sont également un des arguments du FN qui est enchanté de valider ces interprétations extrémistes de l’islam comme étant aussi l’islam véritable. Le FN a besoin de l’UOIF, du CCIF, de Tariq Ramadan, de Nader Abou Anas, de Marwan Muhammad et des autres pour montrer que l’islam et les musulmans ne sont pas compatibles avec la République. Le FN et le CCIF se retrouvent alors en harmonie sur ce qu’est censé être cette religion : misogyne, rétrograde, politique, raciste et totalitaire.
 
Quant au CCIF, nous voyons bien qu’il se doit d’alimenter la psychose et de monter en épingle des affaires qui n’ont rien "d’islamophobes". Cela lui est nécessaire pour justifier son existence, montrer à quel point la France est raciste, cliver la société et faire monter le FN pour prouver ses affirmations. Pourquoi cette stratégie ? Car le CCIF a besoin du racisme pour faire avancer son idéologie totalitaire. Il a besoin de créer des tensions qui amèneront obligatoirement aussi à des débordements de chaque côté. Le discours victimaire a de lourdes conséquences sur la jeunesse des quartiers à forte population de confession musulmane. La volonté de cliver, de dresser les français les uns contre les autres pour faire avancer son idéologie. Cela ne vous rappelle rien ?... Les deux extrêmes droites ont besoin l’une de l’autre.
 
Pourtant, la publication de son dernier "rapport" montre, malgré tous ses efforts d’y inclure tout et n’importe quoi, que les actes "islamophobes" sont en baisse. Alors que faire ? Cela ne suffit plus de transformer en acte "islamophobe" le viol d’une femme le jour de l’Aïd (si, si, il a osé…). Il pourrait également accuser la SPA "d’islamophobie" si un pigeon coulait une fiente sur le balcon d’une femme voilée (j’exagère à peine). Mais ce n’est plus suffisant pour se victimiser à travers des "statistiques" qui lui sont défavorables. Alors on change d’angle. On tente de démontrer que les propos "islamophobes" des politiques, ceux qui dénoncent l’islamisme, sont en hausse...
 
"L’islamophobie" est aujourd’hui au cœur de leur posture victimaire. Leur comparaison entre la situation de ce que "subiraient" les (intégristes) musulmans aujourd’hui en France et l’antisémitisme de l’Allemagne nazie des années 30, en est une belle démonstration. Ils tentent un incroyable renversement des rôles de l’Histoire pour mieux faire passer les valeurs de leur idéologie. Faire oublier l’antisémitisme de bon nombre de musulmans en évoquant l’antisémitisme nazi pour mieux se victimiser, lutter contre le racisme de l’extrême droite traditionnelle pour mieux développer son propre racisme, dénoncer l’État français comme étant raciste et "islamophobe" tout en se servant des moyens que lui offre celui-ci pour étendre son idéologie (liberté d’expression, justice, droit d’association, subventions publiques pour les associations dites "culturelles", etc.), voilà leur stratégie.
Le pire est que cette stratégie a fait ses preuves et trouve un écho sur une partie de la population, au-delà des musulmans visés au départ. Les soutiens de journalistes, d’intellectuels, de féministes et de quelques mouvements de gauche, sont l’illustration de cette réussite. Nous l’avons vu avec le meeting d’En marche, mais également avec Benoit Hamon, Christine Delphy (féministe), Edwy Plenel (journaliste) et d’autres encore.
 
Cela fonctionne si bien que le FN s’en est peut-être inspiré. Le père Le Pen n’a jamais réellement souhaité atteindre le sommet du pouvoir. Il voulait être son premier opposant. Le FN était un parti contestataire, pas un parti de gouvernement. D’où une stratégie décomplexée d’attaques frontales tous azimuts contre les Juifs, les "Arabes", les immigrés qui voleraient le pain des Français, la laïcité, etc. Mais depuis que la fille Le Pen désire, elle, atteindre le sommet du pouvoir, la stratégie a changé. Elle a adopté celle de la rhétorique d’inversion. Le FN tente à présent de changer son image et se présente comme laïque, démocrate et défenseur des valeurs républicaines. Évidemment, il n’en est rien. La rhétorique d’inversion à propos de la laïcité est LE domaine qui illustre le mieux les similitudes de cette stratégie entre les deux extrêmes droites (cf. partie précédente).
 
Si les deux extrêmes droites sont sœurs jumelles sur l’identitaire, le rejet de la démocratie et des valeurs républicaines, les questions de société et l’utilisation de la pommade pour nous endormir, il en va plus ou moins de même sur leur positionnement économique et social. Suite à l’arrivée de Marine Le Pen à la tête du parti, le FN a pris un virage à gauche sur son programme économique. Il s’adresse aux ouvriers, dénonce la mondialisation, etc. Il souhaite s’attirer les bonnes grâces des classes populaires. Au point de tenter de récupérer la figure de Jean Jaurès. Ainsi, le FN est à l’extrême droite dans tous les domaines mais se veut à gauche sur le plan économique… exactement comme les islamistes. Seulement nous ne voyons aucun soutien du NPA ou de Clémentine Autain au FN. En revanche, ces soutiens sont légion pour les islamistes, et en premier lieu pour le CCIF. Cela s’explique par l’Histoire.
Les communistes français ont toujours considéré, du moins dès les années 1950, les peuples "arabes" comme des opprimés exploités par la colonisation, comme l’étaient les ouvriers par les patrons. En référence aux principes de la Révolution Française, ils militaient pour l’émancipation des peuples. Ils avaient ainsi beaucoup soutenu le FLN lors de la guerre d’Algérie. Les premiers concernés, les indépendantistes maghrébins, étaient également motivés par ces mêmes raisons. L’ensemble de leurs luttes affichaient surtout des motivations socialistes.
 
Les luttes contre les régimes autoritaires et la cause Palestinienne dans les années 1960 et 70 avaient gardé les mêmes motivations chez les immigrés arabes et maghrébins. Elles étaient exclusivement politiques sans préoccupations religieuses. Leurs références étaient "arabes", pas "musulmanes", avec des discours politiques de gauche (comme l’émancipation des peuples qui passe par la suppression de toute exploitation de ses richesses par les pays impérialistes). Cela transparaissait surtout dans les milieux étudiants. Les étudiants étrangers venant de pays musulmans créaient des associations politiques du genre "Comité de Liaison des Étudiants Progressistes Arabes". Ces étudiants arabes et magrébins étaient fortement soutenus par des étudiants français d’extrême gauche. Ils voyaient en eux des camarades de lutte défendant les mêmes valeurs pour un même idéal et réciproquement.
 
Des étudiants islamistes étaient bien présents en France dès les années 1960. Mais ils étaient étrangers, comme les autres, et peu nombreux. Une fois leurs années d’études terminées, ils repartaient dans leur pays. De plus, la plupart des étudiants arabes et maghrébins étant préoccupés uniquement par des questions sociales et politiques, les islamistes avaient peu de prise sur eux malgré leur prosélytisme. Mais la sémantique et les orientations de ces étudiants laïques glissèrent peu à peu vers la religion dès les années 1970.
Les régimes autoritaires ont fait tout ce qu’ils pouvaient pour annihiler toute opposition politique démocrate. Pourchassant même leurs opposants jusqu’en Europe. En France, les assassinats politiques des opposants au FLN, à Bourguiba et autres dictateurs étaient une solution plus efficace que l’emprisonnement politique dont les prisons étaient déjà bondées. Leur attitude était différente face aux islamistes. "Opium du peuple", les régimes autoritaires ne voulaient pas laisser l’instrumentalisation de la religion aux intégristes. Ils ont alors joué avec le feu en tentant de les instrumentaliser puis de les persécuter, selon les besoins du moment. La structure organisationnelle civile des islamistes était ainsi plus ou moins intacte et leur permettait de poursuivre leur conquête par le bas. Les démocrates, eux, ont été en grande partie annihilés.
 
Ainsi, sous l’influence des Frères musulmans, puis des pétromonarchies du Golfe, l’islam politique entama encore plus rapidement sa gangrène des esprits. En France, les contenus des tracts étudiants de l’époque venus des pays musulmans sont révélateurs. Les formules religieuses et noms d’associations avec le terme "musulman" ont remplacé progressivement les formules et noms issus du langage de gauche. La révolution islamique iranienne en 1979 n’a fait que galvaniser le phénomène. Mais l’extrême gauche, ne mesurant pas cette évolution dangereuse vers l’extrême droite, n’a pas rompu ses liens avec eux.
Le soutien de l’extrême gauche à la population maghrébine ne se manifestait pas seulement dans le milieu estudiantin, mais aussi dans les usines et les foyers de travailleurs. L’évolution des revendications socialistes vers des revendications teintées de religiosité fut la même que dans le milieu estudiantin.
Cette collusion entre les militants maghrébins, intégrant de plus en plus de religiosité dans leurs valeurs, et l’extrême gauche, explique en grande partie pourquoi aujourd’hui encore cette dernière est si complaisante avec les intégristes musulmans. De plus, la chute du communisme au début des années 1990 renforça ces liens, l’intégrisme musulman se substituant au communisme comme idéologie révolutionnaire opposée à "l’impérialisme occidental".
 
Avec un discours toujours teinté de gauche sur les questions économiques et sociales, et de "lutte contre l’impérialisme", les Frères musulmans ont su garder cette tendresse que l’extrême gauche avait pour les militants laïques arabes et magrébins. Dès la fin des années 1990, Tariq Ramadan avait un succès fou auprès des altermondialistes. La perte des ouvriers, dont une partie s’est tournée vers le FN, a renforcé cette attraction pour les intégristes musulmans, identifiés comme les nouvelles victimes de "l’impérialisme", en imaginant qu’ils représentent l’ensemble des musulmans. C’est cet héritage que nous voyons aujourd’hui. Une partie de la gauche soutient aveuglément les islamistes. Auréolés de leur statut de victimes permanentes des méchants colons blancs racistes et oppresseurs, déclamant des discours sur les problèmes sociaux dans les quartiers populaires, sur la lutte contre "l’impérialisme occidental" ou les questions socio-économiques, cela ne pouvait que séduire une bonne partie de l'extrême gauche (car toute l'extrême gauche ne les soutient pas) en mal d’opprimés à défendre. Mais cette gauche ne veut toujours pas voir que c’est pour les substituer par un autre racisme et un autre impérialisme (cf. 2ème partie).
 
Le plus fou est que l’extrême gauche est non seulement athée par essence, mais farouche opposante de l’extrême droite traditionnelle. Si leur alliance avec l’intégrisme musulman peut s’expliquer historiquement, son maintien et son renforcement aujourd’hui sont contre-nature et relèvent d’une trahison de tous leurs idéaux. Tout cela pour remplacer l’assèchement du vivier prolétaire par le vivier des éternelles victimes de "l’impérialisme occidental" que seraient les "musulmans". Cet essentialisme n’a rien à envier à l’extrême droite. La lune de miel est si romantique que les frontières sont poreuses entre eux. Des islamistes fréristes militent également dans des mouvements de gauche. Leurs discours et leur rhétorique sont un mélange de religion, de racisme et de lutte sociale. Le Parti des Indigènes de la République est la plus belle réussite de cette évolution.
 
Le risque est que, par leur stratégie de conquête par le bas, les religieux se substituent aux militants et associations laïques travaillant dans les quartiers populaires. En noyautant les mouvements de gauche et les actions de terrain, comme le "Printemps des quartiers" par exemple, cette conquête est déjà à l’oeuvre depuis des années.
Quelques figures illustrent bien le mélange "islamisto-gauchiste" des islamistes politiques. Les codes marketing ont leur importance pour une telle stratégie. Le CCIF et le FN l’ont bien compris. C’est ce que j’aborderai dans la dernière partie.
 
 
(2) Le CCIF et sa référence à l’Allemagne des années 30, l’arroseur arrosé,
(3) Salut les terriens, Islamisme : avons-nous été trop bisounours ?,
(4) Salut les terriens, La battle des idées : Yassine Belattar,
(5) Mona Eltahawy : du voile à l'engagement féministe,

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