Polemique à l'UNEF

Revenons sur la polémique à propos de la responsable de l’UNEF qui lors de son devoir de représentation d’une organisation syndicale étudiante face à une caméra de télévision, arbore une tenue vestimentaire religieuse. Il me semble voir encore dans cette séquence le développement des confusions habituelles opérées par de nombreuses personnes participant à ces débats sociétaux français.

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Je ne traiterai ici que trois de ces nombreuses confusions qui me paraissent prioritaires. La première confusion est celle entre le droit et le politique. La deuxième est celle entre une ethnie et un dogme de nature religieuse. La dernière enfin entre l’intégrisme et le progressisme.

↪️ Madame Pougetoux a tout à fait le droit de se vêtir comme bon lui semble dans notre république démocratique dans les limites de l’ordre public et de son travail si elle en a un (dans le secteur public particulièrement et parfois même dans le secteur privé).

↪️ Madame Pougetoux, dans son engagement politique et/ou syndical et/ou associatif n’est tenue juridiquement à aucune neutralité particulière puisque par essence, un engagement n’est pas neutre.

↪️ Madame Pougetoux porte un signe religieux qui a à la fois une signification théologique objective et peut avoir une pluralité de significations laissées à sa seule subjectivité, tant religieuse que culturelle ou encore spirituelle.

↪️ Madame Pougetoux représente ici un syndicat qui s’inscrit dans une histoire objective, notamment de certains combats universalistes et féministes.

↪️ L’UNEF est un syndicat étudiant qui a modifié récemment et substantiellement l’idéologie naguère prônée pour une autre idéologie que je nomme ici sans ambage comme racialiste, raciste, sexiste et issue directement de conceptions sociologiques anti-universalistes d’une partie du mouvement du post-modernisme et d’une partie du mouvement anglo-saxon des gender studies et des théories intersectionnelles.

↪️ L’UNEF a bien le droit de modifier totalement l’ADN qui fut le sien tout comme ce positionnement peut tout à fait être l’objet, comme les militants qui le portent, des critiques les plus virulentes a l’exception évidemment de celles qui peuvent constituer juridiquement une incitation à la haine raciale, des menaces, de la diffamation ou des injures.

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1) Sur la confusion entre droit et politique

Si la distinction est toujours difficile entre ces deux éléments tant l’un et l’autre s’entrelacent, le droit ayant une incidence sur le politique et le politique restant à la base du droit, il reste néanmoins nécessaire de bien distinguer ces deux plans.

Lorsqu’il est reproché par des militants politiques à d’autres militants politiques ou des personnages publics leurs critiques ou leur humour à propos du rite religieux du voilement d’une personne qui souhaite incarner des combats manifestement et objectivement opposés idéologiquement à la pratique et la signification de ce rite, nous sommes dans le débat politique. Dans ce débat personne n’a à interdire à personne de moquer la bigoterie religieuse ou de la défendre. Le droit n’a pas à être confondu avec les combats politiques qui existent heureusement dans une société pluraliste. L’UNEF, dans ses nouveaux combats, défend aujourd’hui un signe de bigoterie religieuse patriarcale, Laurent Bouvet, citoyen engagé, ironise lui sur ce changement de doctrine d’un syndicat étudiant en perte de vitesse. Voilà tout. Par la suite, que des militants d’extrême droite profitent pour s’engouffrer dans la brèche et injurier, menacer et inciter à la haine raciale, c’est autre chose qui mérite que l’intéressée victime porte plainte contre les injures, menaces et incitations à la haine objectivement constatés.

Cette confusion entre le droit et le politique est savamment entretenue par les militants racistes d’extrême droite qui ne comprennent rien à la laïcité et écrivent n’importe quoi à son propos, estimant que l’intéressée n’aurait pas le droit de porter sa tenue religieuse. La confusion est également entretenue par certains militants se revendiquant de la gauche et faisant des thèses énoncées plus haut, le cœur de leur doctrine. Ils confondent leur combat politique (qui a le droit d’exister) et le droit positif qui interdit et permet la condamnation de certains propos et d’autres non. L’ironie de mon collegue Laurent Bouvet n’a évidemment rien de choquant. Elle m’a fait rire et je la partage pour ma part.

2) Sur la confusion entre dogme religieux et ethnie

Un dogme religieux, dans l’État laïque qu’est la France est nécessairement de l’ordre du choix personnel de l’individu. Non pas que dans les faits, ce soit toujours le cas, mais le droit français et le principe de laïcité permet à l’individu d’exercer son culte s’il en a un, d’en choisir un ou plusieurs, d’en créer un, d’en changer, de ne pas en avoir ou encore de douter de celui où ceux dans lesquels il croyait. Dans notre État, bien plus que la seule liberté de religion, si réductrice, la liberté de conscience est consacrée et absolue, ce qui permet normalement, la réalisation de l’idéal posé par l’article 10 de la DDHC que « nul ne soit inquiété pour ses opinions, mêmes religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi ». L’ethnie d’une personne ne relève évidement pas de l’ordre du dogme que l’individu choisi ou ne choisi pas. Elle est de l’ordre du fait qui s’impose à lui, dés sa naissance et qui ne peut être véritablement modifiée.

Cette confusion gravissime entre une ethnie et une religion vient justifier les abus des identitaires d’extrême droite comme d’extrême gauche. À l’extrême droite, le discours classique mélange toujours « les arabes » et « l’islam » et « les français » et « la chrétienté ». Pour le raciste d’extrême droite, le musulman est forcément arabe et vice et versa tandis que le français se doit d’être chrétien et le chrétien européen et/ou français. De la même manière, quand des responsables de l’UNEF ne supportent pas que l’on critique un comportement religieux, un dogme ou une idée qui relève d’une interprétation (parmis tant d’autres) de la religion musulmane (avec laquelle un nombre non négligeable semblent avoir un problème) et utilisent de manière pavlovienne l’accusation de racisme, les responsables de cette association confondent l’ethnie (qui à avoir avec la notion de racisme) et le choix dogmatique d’une personne. Encore une fois, que la responsable en question aie reçu de nombreuses menaces et des injures racistes est tout à fait inacceptable, scandaleux et inadmissible. Elle doit être soutenue sur ce fait, je l’encourage à porter plainte contre ces faits délictueux commis par des militants racistes d’extrême droite avec laquelle les républicains universalistes de gauche ne sauraient être honnêtement confondus. Ces techniques d’assimilation sont bien trop facile et ne sont pas honorables dans ces débats de fond.

3) Sur la confusion entre intégrisme et progressisme

Là est finalement le débat de fond de toute cette polémique. Cette confusion rejoint d’ailleurs le combat qui se mène à gauche entre des identitaires essentialistes et des républicains universalistes. J’ai lu, écouté des amis, il y a peu encore à l’UNEF et je peux entendre que Madame Pougetoux soit sincèrement pour les combats universalistes de l’IVG, du mariage pour tous, du droit de mourir dans la dignité contre lesquels la plupart des cléricaux, y compris musulmans, se battent. Cependant, il faut bien que cette militante comprenne qu’en arborant cette tenue religieuse particulière, qui n’est d’ailleurs pas un simple petit foulard, elle incarne au delà des interprétations personnelles de ce rite qu’elle peut légitimement avoir, un parfait exemple du patriarcat religieux sexiste. Voilà ici toute les limites du relativisme culturel qui permet aux militant indigénistes de justifier parfois l’injustifiable. Ici, il ne s’agit que d’une personne qui porte une tenue religieuse mais la signification objective de cette tenue est parfaitement anti-féministe, anti-universaliste et absolument rétrograde.

En ne combattant pas les frères musulmans et les intégristes de cette religion comme la gauche a pu combattre l’intégrisme identitaire d’autres religion, cette gauche là condamne les progressistes musulmans comme les soufis par exemple. Par ses thèses essentialistes, ces militants font le choix des intégristes face aux progressistes.

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Là encore, et en conclusion, constatons la présence de la tenaille identitaire dans laquelle certains souhaitent à tout pris nous enfermer, soucieux de voir absolument valider les pires thèses aux antipodes de la réalité et de nos valeurs. D’un côté le racisme décomplexé d’une extrême-droite assumée - ou non - qui opère exactement les confusions développées plus haut. De l’autre, des individus se revendiquant de la gauche et/ou de l’extrême gauche qui, soit par pure posture électoraliste crasse et basique, soit par une idéologie raciste et sexiste sous un vernis à demi-intellectualisé auto-déclaré comme science, nourrissent également ces confusions.

Étant en voyage professionnel à Abidjdan, j’ai demandé à mes amis ivoiriens ce qu’ils pensaient de cette polémique et de toutes ces théories qui forment aujourd’hui la colonne vertébrale d’un syndicat qui naguère défendait des valeurs de gauche. Je vous laisse imaginer leurs réactions devant tant de bêtise, issue souvent et plutôt de petits « bourgeois blancs » qu’une de mes amies nomme si justement « les pénitents » dans son ouvrage « le grand détournement ».

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