Pour que le Parti socialiste retrouve sa boussole laïque

Pour que le Parti socialiste retrouve sa boussole laïque

Que reste-t-il du courage, de l’idéal et du réel pour le chantier socialiste de la laïcité ?
 

En commun est un collectif générationnel dont les membres sont largement issus du Parti Socialiste, prônant une émulation sur des idées novatrices à l'approche du prochain congrès refondateur.

« Le courage, c’est d’aller à l’idéal et de comprendre le réel », clamait Jaurès en 1903 s’adressant à la jeunesse du début du 20ème siècle à Albi. Voilà en onze mots, le modus operandi que doit garder en tête celui ou celle qui se revendique du socialisme.

Les outils qui permettent d’aller courageusement à l’idéal tout en comprenant le réel sont toujours à disposition des acteurs politiques. Par négligence, par égarements intellectuels ou encore par électoralisme, le Parti socialiste peine souvent à maintenir la ligne de crête républicaine qui jadis pouvait le caractériser. Il a même parfois organisé le flou sur cette question de la laïcité qui pouvait apparaître comme gênante.

Certains croyaient pouvoir trahir les idéaux de la gauche laïque par leurs propos relativistes, par des silences, notamment sur des dérives religieuses dangereuses. Ils n’étaient semble-t-il, ni à la hauteur du courage, ni de l’idéal qu’ils étaient censés défendre et promouvoir. Souvent guidés par de médiocres ambitions personnelles, ils enfonçaient les socialistes dans les marécages du clientélisme communautaire. D’autres ont souvent fait de la laïcité un argument électoral, en la convoquant de manière hasardeuse, trop régulièrement et parfois même de manière martiale. Cela contribuait à la desservir largement. Ceux qui ont pu œuvrer à la fois à conserver un cap à même de l’idéal et une action courageuse en lien avec le réel, sont restés trop longtemps silencieux.

L’urgence du parti socialiste sur cette question : renouer avec l’universalisme républicain

L’ennemi, c’est l’essentialisme ! Cette conception qui fait découler les droits d’un individu de son ethnie, son sexe, sa culture n’est pas plus légitime à gauche qu’à droite ! Les thèses déterministes les plus extrêmes se développent et le nourrissent. Légitimant tous les cynismes, l’essentialisme assigne, oblige et refuse à la liberté son existence.

Pour la promotion et la défense de la laïcité, regagnons la bataille culturelle face aux racismes décomplexés qui prolifèrent en Europe et contre lesquels nos idéaux se sont toujours affirmés. L’universalisme n’est pas qu’un discours, il est aussi une méthode qui permet à tous les êtres humains qui composent la république de se rassembler, au delà de leurs singularités, autour de leur qualité commune de citoyen. S’il a pu être dévoyé pour servir les erreurs terribles de la colonisation, il est aujourd’hui le seul qui permette de lutter contre la prolifération des discours légitimant les traitements discriminants de toute sorte. L’universalisme n’est pas déconnecté, théorique, abstrait. Quand il s’inscrit dans le réel, il semble être le seul discours fiable qui puisse conduire aux solutions concrètes les plus viables dans le temps pour lutter contre les racismes, les sexismes et pour tendre au plus près de l’idéal républicain que forme notre devise « liberté, égalité, fraternité ». L’anonymisation du curriculum vitae en est un bon exemple. Le Front national et la droite extrême ont récupéré la laïcité, la tordant pour lui faire dire ce qu’elle n’a jamais signifié : la défense de la chrétienté contre les musulmans. Les ultra libéraux en usent comme d‘un outil de développement de nouveaux marchés religieux en la transformant en œcuménisme béat, acceptant toutes les compromissions. Enfin, une partie de la gauche, erre dans des discours identitaires indigénistes dangereux, partant de la lutte des classes pour la lutte des races ou encore allant du droit à la différence jusqu’à la différence des droits.

Puisons dans les réflexions des intellectuels de gauche qui n’oublient ni d’aller vers l’idéal, ni de comprendre le réel, le tout courageusement, face à de la « moraline » ridicule et indigeste et des inquisitions médiatiques inquiétantes. Préférons les penseurs humanistes, les universalistes que ceux dont les propositions sont concordataires, racialistes ou sous emprise de lobbys pro-religieux parfois intégristes. Forgeons notre corpus idéologique avec Catherine Kintzler, avec Henri Peña Ruiz ou encore Gilles Kepel pour (re)prendre une position claire et sans ambiguïté sur cette question. L’impuissance politique provoquée par des discours hésitants en 1989, lors des premières affaires relançant les débats sur la laïcité, n'avait pas lieu d’être dans notre famille politique. Le Parti socialiste n’appartient pas à d’antiques hiérarques, ventilateurs de cartes d’adhésion ethnico-religieuses, récitant des homélies apprises par cœur autour de notions vagues et vides de sens auxquelles ils ne croient même pas. De nombreux militants se sont engagés dans le Parti qui a produit en son sein penseurs et architectes des fondements de la république laïque comme de la république sociale.

Réarmement des idées : recréer du commun autour de la république laïque et sociale

Conscients des enjeux plus grands qui se jouent derrière cette question, nous souhaitons récréer du commun dans ce parti autour de ce sage principe juridique, de cette belle valeur républicaine, de cette forte idée politique ! La jeunesse y œuvrera particulièrement car elle est à même plus que quiconque de comprendre l’intérêt d’une émancipation libre et éclairée, que seule la construction effective et constante de la liberté de conscience permet depuis le plus jeune âge. Il reste encore beaucoup à faire pour parfaire cette œuvre. Le principe de laïcité n’a jamais été autant d’actualité dans le contexte de la pluralité des religions et spiritualités qui traversent notre société. Il devrait pouvoir s’appliquer, sur l’ensemble des territoires de la république, sans régime dérogatoire. Il devrait s’affirmer face aux dérives religieuses et aux demandes répétés d’accommodements. Il devrait empêcher que le Président de la République puisse accepter des titres comme celui de Chanoine de Latran, montrant ainsi une préférence du représentant de la nation à une religion particulière. Il devrait aussi nous questionner sur la croissance des ponctions opérées sur les crédits de l’enseignement public et reversées à l’enseignement privé, encore dernièrement par ce gouvernement.

N‘étant ni un œcuménisme heureux, ni un principe intolérant malheureux, la laïcité est avant tout un principe qui permet et qui autorise en vertu de la liberté. Elle est ensuite un principe qui restreint voire interdit en vertu de l’égalité. Enfin, elle est une éthique à laquelle la république invite : celle de la fraternité. Notre famille politique devrait d’ailleurs veiller à interdire en son sein tout lobbying religieux. Ce dernier vient souvent ralentir le processus de laïcisation du droit sur divers enjeux de société, comme la fin de vie ou encore déterminer des positions de politique étrangère.

Si la laïcité a pu se construire dans l’histoire de la nation française, c’est aussi parce que le mélange vaut plus que la coexistence. Voilà l’idéal de la France républicaine : faire du « vivre ensemble » un mélange sincère et non un « côte-à-côtisme » hypocrite. La laïcité, c’est l’âme de la république française, elle ne doit être ni adjectivée, ni à géométrie variable. Elle doit être demain comme elle est aujourd’hui : un équilibre propre à la loi de 1905 qui doit demeurer comme principe fondateur, tout en trouvant des traductions à l’époque contemporaine. Le socialisme a pour dessein d’œuvrer à la promotion de cet idéal émancipateur lumineux. La république laïque tout comme la république sociale sont les deux colonnes de la république universelle, celle de tous, par tous et pour tous.

 

Pîerre Juston

Date de dernière mise à jour : 18/03/2018

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