Rohingyas

Je constate que d'aucuns semblent découvrir les persécutions d'un peuple dénommé " Rohingyas" et même, son existence qu'ils ignoraient jusqu'il y a peu. Alors, la machine à créer de l'émotion artificielle et de l'indignation à la petite semaine sur le dos des drames humains est de nouveau en marche. Ce rouleau compresseur de la bien pensance est absolument indispensable aux hypocrites contempteurs du " mal" pour effacer leur profonde inconséquence et leur médiocrité.

Ou étaient donc ces vertueux depuis 1962 et l'arrivée de Ne WIN puis de sa politique de birmanisation ou même la reconnaissance des seules minorités présentes avant l'arrivée des britanniques ? Ont-ils découvert que c'est en 1982 que les Rohingyas ont été privés de nationalité et de reconnaissance ?

C'est étrange, je ne les ai pas entendus alors ! Peut-être ces gens peuvent ils nous expliquer ce que sont les Rohingyas ? Ils n'en sont même pas capables et commettent des erreurs grossières. À commencer par dire que la Birmanie pourchasse les Rohingyas parce qu'ils sont Musulmans, ce qui est faux et tend à réduire cette minorité à sa seule croyance. Sans doute ignorent-ils que d'autres communautés musulmanes comme celle des Kaman sont reconnues par la Birmanie et ne connaissent pas le sort des Rohingyas ?

Il y a bien une volonté genocidaire en Birmanie à l'endroit de cette minorité qui se manifeste tant par les armes que la privation de droits fondamentaux. La Birmanie a longtemps régionalisé la chose sur le plan diplomatique. Mais on ne peut jamais résoudre un conflit par le raisonnement binaire et sans comprendre ce qu'il révèle.

La Birmanie est un pays d'Asie du Sud est, ce qui signifie que comme tant d'autres il s'est notamment construit sur une opposition systématique entre le centre et les zones frontalières, dont l'une d'elles a accueilli les Rohingyas. Les rapports entre cette minorité et le pouvoir se sont construits autour d'un clientélisme politique initial auquel a succédé une hostilité de principe, d'une part et la volonté de contrôler une frontière sur le plan militaire mais aussi économique, donc des trafics, d'autre part. Toute l'histoire de l'économie de cette partie de l'Asie intégre cette dimension.

Enfin, c'est totalement méconnaître ce Pays que de prétendre faire reposer sur Aung San Suu Ky la responsabilité de ce qui est avant tout l'affaire de la junte militaire birmane qui laisse bien peu de marge de manœuvre au pouvoir civil récemment mis en place. Certes, il serait possible à ce pouvoir de s'auto dissoudre et à Aung San Suu Ky de redevenir une opposante politique non violente. Elle serait probablement accueillie à bras ouverts par nos démocraties. Mais pour y substituer qui ? Quel serait alors le sort des Rohingyas sans elle et sans ce pouvoir civil dans un pays où le nationalisme et l'extrémisme sont aussi puissants ? Est ce vraiment une bonne idée de tirer à boulets rouges contre ce qui constitue encore sans doute une des meilleures garanties contre l'extension du sort aujourd'hui réservé aux Rohingyas à d'autres minorités, dans un Pays qui jongle constitutionnellement avec plus de 130 d'entre elles ?

Il faut savoir faire preuve d'humilité et une fois de plus, j'observe les mêmes donner des leçons à la terre entière sans même avoir pris l'option de réfléchir. Quelle alternative existe réellement à l'heure actuelle, dans ce pays où le bouddhisme et les valeurs traditionnelles alimentent paradoxalement chez certains la haine ?

Il faut parler ici d'alternative crédible et non de bons sentiments, de moraline ou d'indignation. Le mouvement Ma Ba Tha et son porte voix Wirathu est pour l'instant interdit en Birmanie mais jouit d'une audience considérable. Ce moine qui nous rappelle à l'image du Colonel Walter E. Kurtz du terrible et magnifique Apocalypse Now, que la haine et le mal sont universels. Il dispose hélas d'un terrain politique favorable devant la multiplicité des conflits ethniques que Aung San Suu Ky tente de stopper sans pour le moment, il est vrai, y parvenir.

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