Médine au Bataclan

#Reseau1905 s’oppose au concert de Médine au Bataclan
Il y a quelques semaines, nous apprenions avec stupeur que le groupe Lagardère, propriétaire du Bataclan, annonçait à guichet fermé le spectacle du rappeur Médine, originaire du Havre, le 20 octobre 2018. Fort de ce succès commercial mais dénué d’éthique, une seconde date de spectacle est prévue le 19 octobre, quasiment à guichet fermé elle-aussi, si l’on en juge par la consultation du site de vente en ligne de la Fnac à la date où nous écrivons ces lignes.
 
Qui est le rappeur Médine ?
 
Le rappeur s’est fait tristement connaître en 2005 par un album sulfureux aux accents islamistes au titre Dijhad. Sur la pochette de l’album, il posait avec un tee-shirt marqué du mot « Djihad », sabre à la main.
Puis le 1er janvier 2015, avec sa chanson Don’t Laïk, dans les paroles de laquelle il chantait « Crucifions les laïcards comme à Golgotha », « Je mets des fatwas sur la tête des cons » au nom « du Saint Coran », et louait l’application de la charia de sorte que « les voleurs » (les laïques) ne puissent plus « faire de main courante »[1].
 
Il se défend de tout discours radical ou d’incitation à la haine en prétendant que ses textes et son engagement artistique se résumeraient à la provocation et à l’agitation d’idées autour de deux conceptions qui s’opposent entre une laïcité souple, proche des fondateurs de la loi de 1905, dont il se dit l’héritier, et une laïcité dévoyée par les « laïcards » incarnés selon lui par des figures politiques comme Manuel Valls et des intellectuels comme Caroline Fourest.
 
Le rappeur crie à la laïcité dévoyée par des « idéologues » appartenant à la «facho-sphère », sa chanson Dont Laïk associant l’engagement laïque de Caroline Fourest à celui de Pierre Casse directeur de publication du très droitier journal Valeurs Actuelles, ou encore à celui de Nadine Morano ou de Jean-François Copé, accusés les uns et les autres d’empêcher les femmes musulmanes de porter le voile, ou de manière générale les musulmans de vivre leur foi dans l’espace public ou privé « Ta barbe rebeu dans ce pays, c’est Don’t Laik », « Ton voile ma sœur c’est Dont’ Laïk », « ma foi négga dans ce pays c’est DontLaïk » .
 
Si Médine n’est certes pas le responsable des attentats islamistes sanglants que vit la France depuis le début de l’année 2015, pourtant, la chanson Dont Laïk est sortie quelques jours avant les assassinats de Charlie Hebdo ou de l’Hyper Cacher et portent en elle les données de la radicalisation ambiante qui déchirent notre pays, orchestrée par des leaders islamistes, pour lesquels il est un relais sans pareil de leur discours auprès de la jeunesse arabo-musulmane sommée de se révolter contre le pouvoir qui lui ferait vivre un racisme institutionnel en l’empêchant de vivre sa foi musulmane. « Nous sommes les épouvantails de la République ; les élites sont les prosélytes des propagandistes ultra laïcs » (chanson Dont’Laïk).
 
Bien qu’il se défende d’une quelconque proximité idéologique, dans un déni grossier des nombreuses pages publiques existant sur les réseaux sociaux en attestant, le rappeur a été l’invité du Havre De Savoir durant les années 2012, 2013, 2014. Cette association proche des Frères musulmans organise chaque année un rassemblement au Havre, avec des invités très controversés tels que Tarik Ramadan, ou le prédicateur islamiste Hassan Iquioussen connu pour ses dérapages homophobes et antisémites .
 
Médine, c’est aussi le supporter de Kémi Séba, militant du suprémacisme noir aux propos antisémites, ou encore l’ami de Dieudonné, qui prend la pose fièrement en faisant des quenelles antisémites.
 
Le concert de Médine au Bataclan : une injure à la mémoire des morts
 
Le Bataclan n’est pas n’importe quelle salle de concert, il est presque redondant de le rappeler, c’est celle où le 13 novembre 2015, 90 personnes sont mortes sous les balles des terroristes islamistes lors du concert des Eagles Metal of The Death[2], investis d’une mission de djihad, à savoir une guerre sainte contre les mécréants.
Moins de trois ans après ces assassinats terribles et idéologiques, car punitifs des laïques, voir Médine s’installer à l’affiche du Bataclan, alors que le chanteur, joue sournoisement sur les concepts de djihad et cultive les ambiguïtés malsaines entre salafisme et prétendu soufisme (pour lequel le djihad est un concept spirituel et non guerrier de révolution intérieure et de combat contre soi-même) tout en appelant à la charia (condamnation à mort) contre les « Laïcards », sonne comme un crachat sur les morts et les tombes.
 
Si le Bataclan n’est pas n’importe quelle salle de concert, il faut donc ajouter que Médine n’est pas n’importe quel rappeur.
Bien qu’il se défende de prêcher la haine, en prétendant œuvrer pour le vivre ensemble, ses textes et ses engagements sont dénués d’ambiguïté, et portent la haine de ceux qui défendent la laïcité ou le droit à libre critique des radicalismes religieux, quels qu’ils soient.
 
Le procès en « facho-sphère » est une arme que l’on brandit contre ceux qui luttent pour empêcher que la liberté artistique soit utilisée à des fins de propagation de la haine
Alors que les propos du chanteur sont sans équivoque et ses accointances avec des leaders islamistes, antisémites ou suprémacistes incontestables, c’est au procès en « facho-sphère » et en extrême droitisation de ceux qui souhaitent que Médine aille chanter ailleurs qu’au Bataclan, auquel nous assistons de manière fort cynique.
 
Marqués du stigmate de « l’extrême droite », les militants laïques et républicains sont invités à se taire et à ranger leur peine ou leur colère au vestiaire, sous peine de se voir collés au front l’étiquette indigne du « fasciste », du « néo-laïque », ce raciste dans son for intérieur, qui se déguiserait en combattant de la laïcité pour mieux afficher sa haine des musulmans.
Ne nous trompons pas, ce procès indigne, c’est le procès des républicains authentiques et celui de la cohésion nationale, à laquelle aspirent les démocrates universalistes soucieux d’une France où la majorité des citoyens – indépendamment de leur origine, de leur ethnie, de leur couleur de peau ou de leur religion, serait unie dans une communauté de destin autour des valeurs communes et supérieures que sont l’égalité, la liberté et la fraternité, et non autour d’intérêts communautaires, religieux ou ethniques.
 
L’association #Réseau1905 appelle à la vigilance républicaine : la lutte contre les discours de haine dissimulés dans une prétendue liberté artistique ne peut être partagée qu’avec d’authentiques républicains et non pas avec des identitaires
La mémoire des victimes du 13 novembre 2015 impose un devoir de vigilance accrue quant à la programmation des spectacles qui se tiennent au Bataclan. Nous le disons, les prêcheurs de haine, quels qu’ils soient, n’ont pas leur place dans un lieu de carnage terroriste.
 
Notre association appelle à la déprogrammation de Médine au Bataclan, qui peut bien chanter ailleurs, dans une salle moins chargée émotionnellement, et où ses propos de fort mauvais goût sur la France, la laïcité, et les « mécréants » seraient peut être moins susceptibles — ce dont nous doutons cependant — de ne pas constituer des coups de poignards supplémentaires sur les plaies vives.
 
Toutefois, dans ce combat, nous n’entendons pas nous tromper d’alliés, cet engagement ne peut être partagé qu’avec les authentiques républicains de tous bords politiques, et ne saurait être mené aux côtés de l’extrême droite et des identitaires, qui instrumentalisent la demande légitime d’annulation d’un concert au nom d’une guerre de civilisation à mener sur le sol national vis à vis de l’ensemble de nos compatriotes musulmans.
 
C’est avec consternation que notre association a constaté que des pages Facebook qui appellaient à l’annulation du concert de Médine au Bataclan partageaient les points de vue et analyses du groupe d’extrême droite Génération Identitaires ou encore les sombres analyses de Grand Remplacement de Renaud Camus. Ces mouvements et personnalités de l’extrême droite, sous couvert d’appeler à l’annulation du spectacle de Médine au Bataclan, considèrent que l’annulation de ce concert est la première étape avant la possibilité de faire annuler la construction des mosquées en France[3] ou encore une « réémigration » d’une partie des citoyens français d’origine étrangère vers le pays d’origine de leurs ancêtres. Ainsi, ils mènent une guerre idéologique contre ce qu’ils pensent être l’influence arabo-musulmane en France et en Europe. Le spectacle de Médine dès lors n’est que l’outil d’une promotion de la politique de haine raciale, qu’ils poursuivent au nom d’une supposée « identité chrétienne » française et européenne, menacée par les migrations en général, et la présence de personnes d’origine arabo-musulmane sur le territoire national en particulier[4].
 
C’est avec réprobation que notre association constate que de nombreux commentaires figurant sur les réseaux sociaux appelant à l’annulation du concert de Médine, sont nourris d’un ressentiment et d’un discours xénophobe, et non pas d’une démarche de respect de la mémoire des victimes du Bataclan, à laquelle la présence d’un rappeur flirtant avec les discours islamistes, antisémites, suprémacistes et homophobes, porte évidemment atteinte.
C’est pourquoi, dans les semaines qui suivront, #Réseau1905 entend continuer avec détermination son engagement pour l’annulation d’un concert de la haine au Bataclan les 19 et 20 octobre. Notre association se tiendra aux côtés des authentiques républicains qui oeuvrent pour une vision de la laïcité fédératrice et non aux côtés de ceux qui pensent pouvoir lutter contre la haine en propageant la haine.
 
Rejoignez nous !
[1]Dans une vidéo youtube Linda Murr Nehme , commente le texte de Dont Laik et cite le coran 5 , verset 3 qui évoque la crucifixion de ceux qui critiquent le Coran ou la Charia. Elle rappelle que la « fatwa » est une condamnation à mort. https://www.youtube.com/watch?v=PQfTaxeojdA
[2]Comble du cynisme, le groupe Eagle Metal of Death a lui été déprogrammé, car son concert risquait de troubler l’ordre public.
[4] Communiqué n°45 du Conseil national de la résistance européenne fondé par Renaud Camus en date du 19 août 2018 https://www.cnre.eu/communiques/19-08-2018
Reseau 1905

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