La Présidence contre la République Laique!

La Présidence contre la République Laïque!

Il faut se rendre à l'évidence, cette mandature va modifier la perception que l'on a d'un État Laïque et d'une société majoritairement détournée du fait religieux.
Dès avant l'élection du Président Macron, nous avions bien senti que ce thème de campagne était édulcoré, survolé, évité. Depuis c'est une lente dégringolade et peu de français semblent en prendre la mesure.


Tout d'abord le refus du président de prendre position publiquement sur sa conception de la laïcité (1), tout en fustigeant le radicalisme laïque en petit comité, place le garant des institutions en défaut face aux citoyens. En survolant cette question primordiale, il détache l'essence même de la République Laïque en laissant libre cours à l'interprétation de chacun de ce qu'est le fondement de notre conception des consciences.


La République française n'est pas Laïque par hasard !

Nous avons fait le choix de détacher le fait religieux de nos institutions en modifiant nos rapports avec nos concitoyens, en les basant sur des rapports humains, et en se référant d'abord au droit humain plutôt qu'au droit canon.
C'est cette conception de la société et notre manière de considérer nos amis, voisins, politiques, en premier lieu par la citoyenneté et non par la confession, qui a permis d'établir un équilibre qui tend vers l'égalité.
La société est donc Laïque, quoi qu'en pense Emmanuel Macron (2). La plus importante fonction de l'État est d'éduquer ses futurs citoyens à cette Laïcité. C'est ainsi que peut se construire l'égalité entre citoyens pour cultiver la fraternité et ce quelle que soit la classe sociale, les origines géographiques ou les consciences familiales.
Or un premier basculement a été décidé par le Président en décembre dernier concernant le financement de l'école (3). Un transfert de 10 millions d'euros, sur simple décret, de l'école publique vers l'école privée, quelques jours avant la date anniversaire de la promulgation de la loi du 9 décembre 1905, a ainsi doté le privé de 17,5 millions d'euro de subventions publiques au lieu des 7,5 millions initialement prévu dans le budget de l'éducation. Il y a peu de doutes à avoir sur le caractère peu laïque de cette opération qui augmente considérablement le poids du privé au détriment du public.
Dans un deuxième temps et à l'invitation de l’Élysée, des représentants des cultes ont pu sous les ors de la République présenter leurs doléances directement au chef de l'état (4). Pire, alors même que cette conception de la politique française va à l'encontre des principes laïques de la République, le président Macron veut généraliser cette méthode de discussion avec les clergés.


La loi de 1905 n'étant pas une loi de neutralité mais bien une loi de séparation,

cette façon de procéder est incompatible avec la fonction même de garant des institutions qu'est le chef de l’État. L'État français n'a pas à se mêler de l'organisation du culte, ni à en faire la promotion, ni à accepter d'en entendre les demandes. Et à fortiori le Président de tous les français. En rendant une visibilité intégrale aux clergés, le président Macron met en péril ce pourquoi la loi de 1905 a été promulguée : la liberté de conscience de tous les citoyens. Car c'est bien l'émancipation face aux dogmes organisés qui fut le fond des discussions de cette loi, qui en préférant une identité commune à un morcellement communautaire, a permis de maintenir la France dans sa pluralité confessionnelle.
Notre pays ayant subi les années passées de terribles attaques qui ont marqué dans leur chair les citoyens français, et fragilisé les institutions en ébranlant les bases de l'équilibre des consciences, il est malvenu et dangereux de jouer ainsi aux apprentis sorciers avec les cultes et de remettre les agents de la division dogmatique sur le devant de la scène.


Il eût été plus judicieux de réaffirmer les bases de notre République.

Mais les sirènes anglo-saxonnes, jointes à une vision communautariste semblent attirer le président Macron. Le sécularisme et la prise en compte des cultes et des communautés confessionnelles et/ou culturelles est pourtant en opposition parfaite avec la constitution Française qui affirme que la France est une République Laïque (5), une et indivisible.

Dès lors il est impensable de se compter hors de la République pour des motifs religieux ou culturels, comme il est inacceptable que l'état tienne compte de ces divisions pour agir politiquement, alors même qu'il est censé maintenir l'indivisibilité de la République.
La conception bonapartiste d'Emmanuel Macron (6) de restauration des cultes et de généralisation d'un concordat ne correspond pas à la volonté de nos concitoyens pour lesquels le fait religieux n'est pas une question centrale. Et l'État, en organisant ce concordat, met en danger les consciences plurielles en assignant l'ensemble des citoyens à une acceptation de fait des conditions religieuses locales ou nationales.
Il ne peut y avoir qu'un pouvoir en France, un pouvoir donné par l'ensemble des français. Le pouvoir sur la société qu'ont les représentants religieux, renforcé par un Etat qui accepterait que les consciences soient canalisées par des prescripteurs religieux briserait à jamais la fraternité et les libertés acquises par la séparation de 1905.
Dans l'ombre, agissent déjà des organes et des groupes de pression qui cherchent à renforcer la place des croyances dans notre société, ainsi le CCIF (7) qui aujourd'hui ovationne le Président Macron, ou Coexister, soutenu par l'Observatoire de la Laïcité et qui prêche l’œcuménisme jusque dans les écoles laïques avec la bénédiction de l’Élysée (8), ou encore le très religieux parti politique Civitas qui organise son grand raout de printemps à Rungis (9). Tous et d'autres encore attendent que s'ouvrent grâce à la volonté concordataire du seul président, les portes de la libéralisation des cultes pour se répandre dans la société.


A n'en pas douter, le danger est grand de laisser l'identité républicaine et citoyenne.

Elle risque d'être diminuée au profit d'identités confessionnelles ou culturelles. L'impact d'une telle décision est incalculable en l'état,d'autant que le prochain chantier du gouvernement est le toilettage de a Constitution (10). Cette charte institutionnelle possède en son article 1 le rempart contre la fracturation concordataire en précisant que nous sommes une société laïque et indivisible. Ouvrir ce chantier, c'est ouvrir une boîte de Pandore si l'on ne prend pas la mesure du danger. Mais ne présumons pas des volontés de ce qui n'est pas dit, gardons juste un œil éclairé sur la possibilité qui sera offerte aux groupes de pression de discuter de la pertinence de cet article 1 (3).
Il convient de rappeler tout particulièrement que le droit humain dont relève l'état doit impérativement avoir raison sur le religieux. Cette simple conception des choses permet en effet d'asseoir la position d'un État garant des institutions et de la liberté de conscience. Le président Macron semble, lui, prendre le biais inverse en validant les thèses cultuelles de tout bord, fragilisant le poids de l'État face aux cultes et aux dogmes ayant cours dans notre pays (11).
Il devient impératif d'informer sur le champs de la laïcité en France, non seulement du texte, mais aussi sur les effets positifs de la sécularisation à la française, et de son pouvoir d’indivisibilité des citoyens français


Association Esprit Laïque



Esprit Laïque est une association apolitique, citoyenne, pluraliste, de défense de la loi de 1905, de la laïcité et des valeurs démocratiques et républicaines.



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contact mail : esprit.laique.asso@gmail.com

 

références

(1) http://www.lejdd.fr/politique/laicite-en-fait-le-d...

(2) http://www.mezetulle.fr/les-propos-sur-la-laicite-attribues-au-president-macron-sont-mal-ficeles/

(3)https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidT...

(4)https://www.la-croix.com/Religion/Laicite/Emmanuel...

(5)https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexteArticle....

(6)https://www.napoleon.org/histoire-des-2-empires/ar...

(7)http://www.islamophobie.net/articles/2018/03/13/le...

(8)http://www.lemonde.fr/societe/article/2018/02/23/d...

(9)http://www.civitas-institut.com/2018/03/05/civitas...

(10)https://www.huffingtonpost.fr/2018/03/07/reforme-c...

(11)http://www.liberation.fr/debats/2018/03/11/pour-ma...

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