N.Cadène, A. Arif et les petites filles voilées

N.Cadène, A. Arif et les petites filles voilées

Suite à l'émotion qui s'est manifestée devant l'utilisation publicitaire d'une petite fille recouverte d'un voile, Nicolas Cadène, rapporteur de l'Observatoire de la Laïcité a trouvé pertinent apparemment d'apporter son concours.
Pour exprimer son indignation devant cette sexualisation de l'enfance ?
Pour apporter son soutien humaniste et sa protection à ces fillettes qu'on prive de vent dans les cheveux, de soleil sur la peau ?
Pour dire son refus de toute essentialisation des enfants, d'assignation à un sexe, de séparation symbolique, de banalisation de la restriction de liberté pour les filles ?
Pour expliquer que, oui, effectivement, il conviendrait d'aborder ce sujet sérieusement et mener une réflexion sur les libertés religieuses quand l'intérêt supérieur de l'enfant est en cause ?

Que nenni.
Mr Cadène vient doctement nous expliquer que ceci n'est pas contraire à la laïcité française.....
On se pince.
La logique de Mr Cadène, tout d'abord est étrange ! Les mouvements de protestation de grande ampleur sont en général causés par des faits qui ne relèvent pas directement du judiciaire, il s'agit de simple logique et cela tombe sous le sens : si la loi s'applique déjà sans aucun doute possible, on ne manifeste pas, on porte plainte et c'est réglé.
Quand on s'indigne, qu'on proteste, qu'on pétitionne, c'est que précisément la situation nécessite que l'attention des élus, des médias soit attirée sur un dysfonctionnement, une ambiguïté, un vide juridique ou tout du moins une absence de jurisprudence claire eu égard au caractère récent du phénomène.
Personne donc ici, à aucun moment, n'a émis l'idée que cette publicité était contraire au droit positif en l'état, l'insinuer pour décrédibiliser les protestataires est malhonnête.
Mais l'idée qu'il est urgent que cela change. Voilà le message envoyé.
C'est la même indignation populaire qui ne s'est pas gênée pour s'exprimer en 2017 contre les "emplois familiaux" des élus. Qui était pourtant légale, elle aussi, et pourtant choquait. Le principe et la beauté de la loi républicaine, c'est qu'elle évolue et se construit au fur et à mesure que la société avance et tend à plus d'humanisme et de liberté, à la différence de la loi divine.

Le hors-sujet ensuite. En première approche, le voile dans l'espace public ne relève pas plus de la laïcité que le burkini et donc pas non plus de nos lois laïques..
Donc quand immédiatement Mr Cadène nous assène un « une croix, un kippa ce serait pareil » on est tout à fait hors-sujet.
Il demeure que, non, Mr Cadène, ce ne serait pas « pareil », même si l'affichage trop ostentatoire de signes religieux quels qu'ils soient, n'est pas non plus dans l'esprit et la culture de notre pays.
Vous ne pouvez ignorer que ce symbole a une signification ambigüe, ambiguïté largement instrumentalisée par les obscurantistes à l'attaque.
Présenté comme religieux pour bénéficier de toute la tolérance à l'expression religieuse en France et en Occident de façon générale, alors que de fait il relève d'une pratique intégriste de la religion. Et véhiculant par ailleurs, derrière cet écran de fumée, des valeurs et des objectifs beaucoup plus prosaïques et temporels : sexisme, discrimination, contrôle du corps et de la sexualité féminine, conception de la société totalement patriarcale et misogyne, faisant reposer la morale des relations femmes-hommes sur les épaules des femmes uniquement.
Et que dire de l'abjection que représente dans ces conditions sa présence sur la chevelure d'une fillette prépubère !
Vous ne pouvez ignorer non plus que sa présence massive est toujours liée dans les sociétés qui le préconisent à une restriction du statut et de la dignité de la femme, et des libertés en général, et que de ce fait la réflexion à son sujet ne peut être restreinte au domaine religieux, et est légitime.

Par contre il est un point essentiel que vous auriez pu développer et qui, lui, relève de la laïcité à condition qu'on en ait une vision plus élevée que la vôtre, purement juridique et donc souvent chicaneuse, procédurière et si souvent assimilée à la liberté religieuse que vous en oubliez le sens profond et la dimension émancipatrice du principe.
C'est que la liberté de conscience n'a de sens que si effectivement sa construction chez l'enfant se fait librement, et sans subir d'endoctrinement excessif.
Habituez une petite fille à porter une prison de tissu, tous les jours, dites-lui que c'est normal et indispensable, qu'elle ira en enfer si elle ne le porte pas (parcourir les réseaux permet de se rendre compte qu'on est exactement dans ce cas de figure sans exagération aucune), et on croit volontiers qu'à 18 ans les chances sont fortes pour qu'elle revendique de le porter "librement". L'aliénation a ses techniques...
La logique laïque, émancipatrice, voudrait donc,oui, que des marqueurs aussi contraires à l'égalité ne soient pas autorisés pour les mineurs, mais cela bien sûr M.Cadène ne le dira pas. Le législateur doit se pencher sur la question, d'autant que la jurisprudence a déjà commencé par ailleurs à évoquer aussi "l'intérêt supérieur de l'enfant" comme primant sur d'autres considérations.

Maintenant l'intervention incongrue de Mr Cadène est-elle si étonnante ? Pas tant que cela, elle s'harmonise en effet parfaitement avec les agissement de son compère avocat, cautionné par l'Observatoire et qui l'a accompagné dans sa tournée de conférences autour de la laïcité, Asif Arif. Asif Arif, représentant des Ahmadis, courant musulman minoritaire, n'hésite pas dans ses émissions religieuses à laisser dire qu'il est important de voiler les fillettes très tôt car sinon, plus tard et à l'âge où le discernement se construit, elles se "rebellent" et ne veulent plus....
Ca ne s'invente pas...
Libre choix on vous dit !

A.H pour Esprit Laïque

Association Esprit Laïque, défense de la laïcité et combat contre tous les obscurantismes.
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