Entrisme à Sciences Po Aix : La thèse de Nabil Ennasri

 

Entrisme à Sciences Po Aix : La thèse de Nabil Ennasri, par Sarah Cattan

L’affaire commence ainsi. M’arrivent entre les mains des documents. Divers. Faisant tous référence à une thèse qui sera soutenue le 20 novembre à l’IEP d’Aix en Provence. Des lettres à la Maire de la ville. Le plan de la dite thèse.

Y a donc des courageux, des obstinés, l’Association Esprit Laïque, l’Association Laïcité 06, le Collectif Citoyen contre les Intégrismes, y a aussi des lanceurs d’alerte et puis y a des mecs comme toi que je ne connais pas et qui signes Un citoyen anonyme et très soucieux des valeurs de notre république : vous décidez tous d’écrire à Madame le Maire d’Aix en Provence. Vous avez des choses à lui dire. Des choses de la plus haute importance. Alors merci à toi et à toi et à toi et à toi  que je ne connais pas. Merci d’avoir, en préambule, rappelé dans vos courriers comment le sieur Tarik Ramadan avait, lui, obtenu sa thèse de doctorat : fallait en effet commencer par là, pour un solide argumentaire.

L’ayant moi-même maintes fois évoquée, la farce grotesque qui fit de ce charlatan un docteur, je vais encore y revenir. Oui tu as raison, si Frère Tariq a joui un temps de la notoriété qui fut la sienne, c’est qu’il usa à cet effet de moyens peu orthodoxes. Ce qu’il présenta comme un travail universitaire était un panégyrique de son grand-père Hassan El Banna, créateur du mouvement fondamentaliste – et interdit comme terroriste dans plusieurs pays – des Frères Musulmans.

Celui qui se présente comme professeur de philosophie et d’islamologie à l’université de Fribourg est contesté par tous les universitaires qui l’ont côtoyé ou lu : Ramadan se prévaut aujourd’hui d’enseigner à Oxford. Il oublie simplement de préciser que sa chaire universitaire est financée intégralement par le Qatar, souligne Alain Chouet, ancien chef du Service de Renseignement de Sécurité à la DGSE. Charles Genequand, spécialiste du monde arabe à l’université de Genève, a refusé sa thèse portant sur le Réformisme islamique et Hassan Al-Banna parce qu’il tentait de faire passer son grand-père pour un Gandhi musulman, et Ahmed Benani, politologue à l’Université de Lausanne, explique lui aussi l’imposture Ramadan : Aucun chercheur, qu’il s’agisse d’Olivier Roy, de Gilles Kepel, de Rachid Benzine, de feu Mohammed Arkoun ou d’Abdelwahab Meddeb ne l’a jamais pris au sérieux.

Bref, tout le monde la sait aujourd’hui, la fable, rendue possible par une certaine complaisance universitaire et des compromissions indiscutables.

Dans ta lettre, tu dis, toi, que plus de rigueur, de courage et d’intégrité intellectuelle auraient considérablement freiné l’ascension imméritée de Mr Ramadan, et tu mets légitimement en cause toutes les voix qui se sont tues à l’époque.

Et puis, en toute cohérence, tu interroges. Tu interroges sur ce que tu appelles un événement. Je salue là ton sens de l’ironie. Un événement donc  qui aura lieu à Sciences Po Aix le 20 novembre prochain et qui a l’avantage de  présenter de troublantes similitudes avec celui évoqué plus haut. La soutenance de thèse de Nabil Ennasri, que tu qualifies à raison de doctorant émule de Mr Ramadan. Disciple du prédicateur dont l’objectif était d’islamiser la modernité, et puis tout bonnement la France, Nabil Ennasri, formé au Centre Théologique des Frères Musulmans de Château-Chinon, une Madrassa pour jeune musulmans contrôlée par l’UOIF, est avant tout le fervent défenseur d’un islam radical et politique. Il est encore l’un des critiques les plus acerbes de l’Etat français. Il prêche un communautarisme musulman à la limite du séditieux puisqu’il vous explique que les Musulmans de France doivent se préparer à la guerre civile organisée contre eux : On a été colonisé parce qu’on est colonisable. Là, on se fait marcher dessus, on se fait mépriser parce qu’on est méprisable, et qu’il va falloir commencer à traduire cette colère, cette indignation dans la rue, et s’engager réellement sur le terrain, et en s’engageant dans des associations.

Willy le Devin fut un des premiers journalistes à dévoiler la face cachée de ce jeune doctorant et évoquait dès 2013 dans Libération[1] ses positions très Qatar friendly.

Dans Nos très chers émirs, Christian Chesnot et Georges Malbrunot racontent que même le Qatar n’en veut plus : à preuve, l’ambassade, qui a voulu s’écarter de tout ce qui était proche des Frères Musulmans, car ce n’était pas bon pour l’image du pays, a dégagé le chercheur Nabil Ennasri, proche des Frères Musulmans. Il n’est plus dans les petits papiers de l’ambassade. Il n’a pas été invité cette année au Doha Forum, et son Observatoire n’est plus financé par l’émirat, qui le juge trop sulfureux.

Ce doctorant que même le Qatar commence à trouver un peu trop sulfureux, mais pas Sciences-Po Aix-en-Provence, il a écrit et partagé avec ses quelques 50.000 followers un texte à la mémoire d’Abdelaziz Rantissi sur sa page Facebook. Vous savez, Rantissi, le commanditaire de l’attentat qui visa en 2003 l’Université hébraïque de Jérusalem, tuant notamment celui auquel Le Monde consacra son éditorial : L’étudiant Gritz. Nabil Ennasri, il conclut le portrait dithyrambique du tueur par la formule par Que Dieu l’ait en miséricorde, loue son courage et son abnégation avant d’écrire : Nous ne l’oublierons jamais. Nabil Ennasri, il fit ce jour-là l’apologie du chef du Hamas, donc du terrorisme islamiste qui faucha David et huit autres étudiants et enseignants : la charte du mouvement de résistance islamique Hamas appelle au meurtre de juifs sans distinction aucune, les accusant d’être à l’origine de tous les maux du monde et de toutes les guerres.

Nabil Ennasri, au titre de président du Collectif des Musulmans de France, publia encore le 28 mars 2012 sur le site communautaire ajib.fr un article sur l’affaire Merah, juste après que le RAID eut neutralisé le terroriste. Ce spécialiste du Qatar qui prétend de surcroît représenter les musulmans de France évoque d’emblée une accumulation de zones d’ombres et s’interroge sur le  discours officiel qu’on nous aurait servi à l’occasion : vous l’aurez compris, Nabil Ennasri, fin connaisseur de la rhétorique complotiste, se lance là dans un discours conspirationniste et désigne l’assassin comme le coupable idéal fabriqué de toutes pièces, remettant en cause la responsabilité de celui qui avait lui-même filmé ses crimes. Il estima à l’époque que la classe politique avait surréagi, rejoignant Marwan Muhammad qui jugeait alors urgent de passer à autre chose.

Nabil Ennasri, c’est celui qui trouve que les plateaux de télévision invitent trop souvent des personnes dont la légitimité est inexistante, et cite à l’appui Hassan Chalgoumi et ses liens de soumission avec le CRIF.

Nabil Ennasri, c’est un pro des propos à connotation complotiste[2]. Il a par exemple soutenu les Journées de Retrait de l’Ecole initiées par Farida Belghoul et largement relayées par Alain Soral et Dieudonné.

Nabil Ennasri, c’est encore celui qui, invité à un symposium à la gloire d’Erdogan, nous chante les mérites de ce pays démocratique qui doit servir de modèle.

Voilà donc celui qui va soutenir lundi sa thèse au sein de Sciences Po Aix en Provence. Dans ta lettre à Maryse Joissains-Masini, maire de la ville, tu pointes, mon nouvel ami, des points éminemment discutables. Un sujet politico-religieux centré sur le Qatar et sur le Cheick Qaradawi, chef spirituel de la Confrérie des Frères Musulmans, cet obscurantiste antisémite notoire,  qui, outre qu’il est lui aussi l’un des maîtres à penser de Tariq Ramadan, bénéficie bien sûr du soutien du Qatar.

Son sujet de thèse porte sur la diplomatie religieuse du cheikh Qaradawi au Qatar. Le cheikh Qaradawi est à la fois le mentor spirituel de l’UOIF, le président du CEFR (Conseil Européen pour la Fatwa et la Recherche) et l’organisateur de la collecte au profit du Hamas dans de nombreux pays européens, et notamment en France par le CBSP. Il est aussi l’auteur de fatwas autorisant les attentats-suicides. Il a commis un ouvrage, Le licite et l’illicite en islam, qualifié d’interprétation rétrograde du Coran, de base idéologique de l’islam politique, et de la réislamisation du monde musulman et des communautés musulmanes d’Europe.

Qaradawi, c’est aussi un antisémite notoire. Ses appels à la haine et ses liens avec la banque du terrorisme Al-Taqwa l’ont fait interdit de séjour aux Etats-Unis. Ses liens avec l’organisation des Frères musulmans lui ont valu la déchéance de la nationalité égyptienne. Condamné à mort en Egypte et sous mandat Interpol jusqu’en septembre 2016 : voilà celui que Gilles Kepel décrit comme un des plus influents prédicateurs sunnites contemporains et Xavier Ternisien comme le chef de l’islam sunnite mondial. Au Qatar où il vit depuis 1962, il anime une émission célèbre sur la chaîne Al-Jazira, Ash-Sharia wal Hayat. La charia et la vie.

En octobre 2004, plus de 2500 intellectuels musulmans en provenance de 23 pays signent une lettre ouverte adressée aux Nations Unies afin de sensibiliser la communauté internationale au sujet de l’incitation à la violence pour motifs religieux. Al-Qaradawi est cité dans ce document comme faisant partie des cheikhs de la mort. Intervenant sur la chaîne Al Jazeera le 30 janvier 2009, al-Qaradawi avait tenu ces propos : Tout au long de l’histoire, Allah a imposé aux Juifs des personnes qui les puniraient de leur corruption. Le dernier châtiment a été administré par Hitler. Avec tout ce qu’il leur a fait – et bien que les juifs aient exagéré les faits -, il a réussi à les remettre à leur place. C’était un châtiment divin. Si Allah veut, la prochaine fois, ce sera par la main des croyants. 

Tu dénonces donc un mélange indiscutable des genres, un conflit d’intérêt, le doctorant ayant été notoirement appointé par le Qatar dont il défend depuis de nombreuses années les intérêts. Tu dénonces encore le choix du Directeur de thèse, François Burgat, dont l’objectivité peut légitimement être mise en cause, et encore le choix des membres d’un jury complaisamment choisi.

François Burgat, le Directeur de thèse, il eut des positionnements plus que complaisants, apportant son soutien aux thèses de Tariq Ramadan et Qaradawi. Burgat fait partie de ces intellectuels français particulièrement complaisants envers l’islamisme, qui regardent d’un œil plutôt tendre un mouvement comme le FIS […] Pour ceux-là, tout mouvement révolutionnaire capable de susciter une internationale qui mettra fin à la politique colonialiste en Israël, à la politique impérialiste américaine ou aux régimes corrompus dans le monde arabo-musulman, est bon à prendre. Même s’il s’agit par ailleurs d’un mouvement liberticide, oppressif, expansionniste et totalitaire[3].

Geisser Vincent, examinateur – membre du jury, il est connu pour ses prises de position polémiques en faveur de l’islam radical et en 2010, Mohamed Sifaoui le qualifie d’idiot utile, écrivant à son propos : Il vilipende toute critique à l’égard de l’intégrisme -même lorsqu’elle émane de musulmans- en essayant de lui donner une connotation systématiquement raciste.

Tu conclus que L’ensemble de ces éléments laisse à penser que cette thèse ne présente pas les caractéristiques d’un réel travail universitaire et que la soutenance relèvera plutôt de la mascarade visant à donner une caution universitaire et un titre de « docteur en Sciences Humaines » à un personnage trouble.

Tu parles de caution ouvrant bien des portes et qui lui permettra de répandre une idéologie rétrograde hostile à la République et moi qui dénonce incessamment l’entrisme, je te rejoins. Je signe avec toi.

Cette soutenance de thèse, redisons-le tous, entache la réputation universitaire de la Ville. Ne fut-ce que le recul temporel dérisoire pour un tel travail[4] laisse à penser que cette thèse ne présente pas les caractéristiques d’un réel travail universitaire et que sa soutenance relèvera plutôt de l’apologie d’un théocrate totalitaire et d’une mascarade visant à donner une caution universitaire factice permettant de développer l’influence de l’islam radical en Europe.

Tu vas plus loin, t’es courageux, je l’ai dit : tu ajoutes que la réputation de l’Institut de Sciences Politiques d’Aix-en Provence est déjà fortement entachée, le positionnement idéologique de nombre de ses enseignants étant notoirement proche des milieux indigénistes, racialistes, communautaristes et antioccidentaux. A l’appui de tes affirmations, tu listes des sujets de thèses et des noms de doctorants qui attestent de ce que toi tu qualifies de dérive et moi de scandale : Entrez, je le redis, welcome, ne donnez plus seulement des conférences, venez enseigner nos étudiants et leur tourner la tête. On est en France. On est à Aix. Faites donc.

Toi et moi, on sait que ne relève pas des compétences de ton destinataire une action immédiate qui empêcherait quoi que ce soit et donc lundi, impunément, Nabil Ennasri sera désigné docteur par des complices des traitres. Mais au moins toi, lecteur, tu le sauras et tu le diras. Toi, élu, toi qui parles dans un média, tu ne pourras pas dire je ne savais pas : tu les sais aujourd’hui les pratiques admises au sein d’établissements universitaires qui ouvrent grands les bras à l’entrisme religieux et politique.

Tu sais. Relayeras-tu tout ça. Rejoindras-tu ceux qui s’opposent à ce dévoiement insidieux. Il te manque un brin de courage ? Inspire-toi des victoires obtenues à force d’acharnement : regarde, il a été interdit le colloque – ils appellent ça ainsi – qui devait se tenir à Lyon, grâce au travail d’associations laïques qui ont réussi à prouver que tout ça était de fait une réunion politique d’islamistes notoires.

Mon nouvel ami, je signe ta lettre. Je refuse d’être la complice de ces dérives qui se multiplient à cause du silence de nos élus. Ce silence d’autant plus éloquent tant elles divergent, leurs paroles, leurs promesses, et leur inaction, eux qui te chantent à loisir qu’ils se battent pour que soient préservés les principes républicains, socle de notre pays.

 

[1] 26 avril 2013
[2] Ramzi Abbas, IkhwanInfo, 21 mars 2017.
[3] Frère Tariq. Caroline Fourest.
[4] Période d’étude 2003-2013.

Sarah Cattan

http://www.tribunejuive.info/islamisme/entrisme-a-sciences-po-aix-la-these-de-nabil-ennasri-par-sarah-cattan

Date de dernière mise à jour : 08/12/2017

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